JMIRIJUICE DRE THÉORIES P 0 1. 1 T I Q U RS
Les sa jj ps de la Grèce. — Hérodote résome les notions politiques de son temps. — Discussion des satrapes perses sur la meilleure forme de gouvernement.
Les théories politiques ne pouvaient naître dans la Grèce que lorsque les révolutions et l’application des diverses formes de gouvernement auraient éveillé l’attention des penseurs et fourni des matériaux à leur intelligence. Les Grecs étaient sans devanciers dans la glorieuse carrière qu’ils devaient parcourir. Ils ne possédaient point, comme les peuples modernes, dans les monuments historiques de sociétés antérieures , le tableau de formes politiques variées, propres à servir d’exemples aux esprits spéculatifs et de modèles aux promoteurs de changements. Les révolutions qui s’accomplirent parmi eux ne furent produitesque par les nouveaux besoins de la société, par les circonstances , par le développement naturel des intérêts et des intelligences. Les idées préconçues qui ont si puissamment contribué aux révolutions modernes n’y jouèrent aucun rôle. Les doctrines y naquirent du spectacle des grands événements dont la Grèce fut le théâtre , mais ne concoururent pas à les produire.
On chercherait vainement la trace de théories relatives au gouvernement des hommes dans les poëmes épiques, monuments de l’âge héroïque. Ils n’expriment que le sentiment de la nécessité de l’autorité d’un chef et l’admiration enthousiaste des grandes qualités des héros. On commence
NAISSANCE DES THÉORIES POLITIQUES. 217 à apercevoir dans Hésiode la critique des abus de cette royauté primitive , symptôme précurseur de la révolution qui devait bientôt la renverser ; mais on n’y rencontre l'indication d’aucune autre forme de gouvernement, d’aucun principe nouveau. Les plus antiques législateurs dont les traditions aient conserv é le souvenir, et qu’une chronologie hypothétique assigne aux xi* et x' siècles avant l’ère moderne, les Minos et les Rhadamanthe, les Thaïes de fiortyne et les Onomacrite de Crète, les Triptolème et les Thésée, fondèrent et régularisèrent les premières sociétés par la création d’institutions morales et religieuses. Ceux des trois siècles suivants y joignirent des lois civiles et pénales. Pendant cette période , Phidon de Corinthe s’efforcait par ses règlements sur les successions d’assurer la permanence du nombre des familles et des citoyens, sans détruire l’inégalité des biens 1 ; Philolaiis àThèbes établissait l’immutabilité du nombre des héritages * ; Dracon donnait à Athènes le premier code criminel ; Zaleucus et Charondas remplissaient une mission semblable dans les villes grecques de la Sicile et de l’Italie. Mais aucun de ces législateurs ne paraît avoir professé de théories politiques, ni modifié la forme du gouvernement de sa patrie. J’ai exposé précédemment combien est peu fondée l’opinion qui attribue la constitution de Sparte aux vues profondes de Lycurgue. Ce législateur, si l’on admet la réalité de son existence ,. régla les mœurs et l’éducation , mais non l’organisation des pouvoirs publics. Les temps antérieurs à Solon n’offrent donc aucune ébauche de politique spéculative , bien que les questions sociales préoccupassent déjà les législateurs, comme l’attestent les lois de Phidon de Corinthe et de Philolaiis. A l’inverse des temps modernes, l’étude des graves problèmes que soulèvent le progrès
1 Arislut. , Polit., liv. II, ch. m et vu.
* Ihid. , liv. H , ch. ix, § 7.
218 HISTOIRK UK LA SOI VER AINETK.
de la population et la répartition des propriétés précéda, dans la Grèce, celle des questions relatives à l'attribution et à l’exercice de la souveraineté.
Le vi* siècle avant J.-C. est l’èrede laquelle date le premier développement des idées politiques. Déjà s’étaient accomplies dans la plupart des villes de la Grèce les deux révolutions qui substituèrent au gouvernement héroïque l’oligarchie nobiliaire et à celle-ci le règne des tyrans. Athènes était en proie aux luttes de la plaine, de la côte et de la montagne. Mégare, à peine échappée au joug de Théagène , subissait les déchirements dus aux rivalités des nobles et des plébéiens, des riches et des pauvres. Un grand nombre d’autres cités étaient le théâtre de scènes analogues, dont l’histoire n’a pas conservé le souvenir. Un tel spectacle était de nature à éveiller les méditations des grandes intelligences. Les problèmes politiques se posaient d’eux-mèmes dans l’ordre des faits; le génie grec ne devait point tarder à les en dégager et à en rechercher la solution. On prétend qu'Epiménidc de Crète, le même qui vint purifier Athènes après la sédition cylonienne, écrivit, dès le commencement du n" siècle, un traité en prose sur le gouvernement de son pays A cette époque florissaient les hommes célèbres sous le titre de sages de la Grèce. Rien n’est plus confus, plus contradictoire que les récits des divers auteurs sur ces premiers représentants de la pensée philosophique. On ne s’accorde ni sur leur nombre , ni sur leurs noms , ni sur leurs maximes s.
1 Diog Laërce, p. 50. — Aristote cite une expression d'Épiménide, Polit., liv. I, ch. i, S 6.
1 Platon , et d’après lui la plupart des auteurs donnent une liste de sept sages. Hiérarque en comptait dix , Hrrmippns dix-sept. Diogène Latirce (lie de Thalh) indique plusieurs antres variations. Les seul* noms qui figurent sur toutes les listes sont ceux de Solon , Thaïes, l’iltncus et Bins de Priène. Cleobnle de I, indos, loin d’ètre universellement