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de la sociélé comme de sa chose , et faire des faibles les instruments de ses passions et les jouets de ses caprices. A cette erreur de Calliclès , Platon oppose une erreur plus grande encore, celle de Pénalité absolue. On discerne même dans une des comparaisons qu’il emploie la funeste théorie de la proportionnalité des droits aux besoins il ne se montre dans ses autres ouvrages que trop conséquent aces faux principes, lorsqu'il conclut à l’abolition de la propriété et de la famille.
La doctrine de Calliclès est reproduite dans le premier livre de la République, où Platon met dans la bouche du sophiste Thrasymaque le plus impudent élojje de l’injustice. L’homme juste, dit Thrasymaque, a toujours le dessous partout où il se trouve en concurrence avec l’injuste. C’est surtout dans le domaine de la politique que ce contraste devient saillant , quand on considère la tyrannie qui ne met point en œuvre la fraude et la violence pour s’emparer peu à peu et en détail du bien d’autrui, mais qui, ne respectant ni le sacré ni le profane, envahit d’un seul coup les fortunes des particuliers et celle de l’État. Les voleurs ordinaires, lorsqu’on les prend sur le fait, sont punis du dernier supplice : on les accable des reproches les plus odieux. Mais un tyran qui s'est rendu maître de la personne et des biens de ses sujets, au lieu de ces noms détestés, ne reçoit que des éloges. Il est regardé comme un homme heureux par ceux qu’il a réduits en esclavage , par ceux-là même qui connaissent ses forfaits ; car si l’on blâme l’injustice , ce n’est pas qu’on craigne de la commettre, c’est qu’on craint de la souffrir. Thrasymaque va plus loin : il soutient que la justice n’a d’autre
1 (ioryias , p. 309, traduction de VI. Cousin. — Cependant, vers la liu de sa vie, Platon parait avoir renoncé à celle doelrinc de l’égalité absolue. Dans le sisième livre des Lois, il proclame que la véritable égalité est l'égalité proportionnelle, celle qui mesure les honneurs au mérite.
source que le droit du plus fort , qu’une fois un pouvoir établi , ses ordres sont la seule mesure du juste et de l’injuste. Dans chaque Etat, dit-il, les dépositaires du pouvoir font des lois pour leur propre avantage, le peuple des lois populaires , le monarque des lois monarchiques ; ils déclarent que la justice consiste pour les gouvernés dans l’observation de ces lois, et punissent ceux qui les transgressent. Il n’y a point d’autre principe du bien moral que ces lois positives. La justice est donc l’avantage de celui qui a l’autorité en main , et par conséquent du plus fort. Objecte-t-on à Thrasymaque queles gouvernants peuvent se tromper sur leurs propres intérêts et donner des ordres funestes à eux-mêmes , le sophiste répond que celui qui gouverne ne peut se tromper comme tel , que ce qu’il commande est toujours ce qui lui est le plus avantageux , par cela seul que telle est sa volonté. Ainsi Thrasymaque affirme nettement l’absolutisme et l’infaillibilité du pouvoir, que Hobbes devait vingt siècles plus tard ériger en rigoureuse théorie. A l’apologie de l’injustice , Platon répond en demandant à Thrasymaque si un Etat , une armée, une troupe de brigands, de voleurs, ou toute autre société de cette nature pourrait réussir dans ses entreprises injustes , en supposant que les membres qui la composent violassent entre eiix toutes les lois de la justice. Le sophiste est obligé de reconnaître l’impossibilité du succès. Platon en conclut que la justice seule est une source de bon ordre, de concorde et de force, et que l’injustice ne peut engendrer parmi les hommes que les haines , les dissensions et l’impuissance. A la doctrine de l’absolutisme, le philosophe oppose l’exemple de la médecine, de l’art du pilote, dans lesquels le commandement n’est exercé qu’en faveur de ceux qui y sont soumis. Il en conclut que tout pouvoir est établi dans l’intérêt des gouvernés et non dans , celui des gouvernants, qu’ainsila véritable notion du pou-