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loire d’un grand conseil national , sa coni position , ses droits , ses devoirs avaient été inscrits dans la loi promulguée au nom de Jéhovah ; si celte loi, «]ui n’a pas dédaigné les plus minutieux détails de la vie quotidienne des individus , n’avait pas omis de statuer sur les premières conditions de la vie des peuples, l’histoire des trois premiers siècles d’Israël ne serait pas signalée par tant de désastres; la loi civile cl religieuse , dépourvue de la sanction et de l’appui du droit politique, n’aurait pas subi d’aussi fréquentes infractions; enfin, le peuple, fatigué par tant de vicissitudes et d’infortunes , n’aurait pas cherché aux vices de sa constitution politique un remède plus funeste encore dans l’établissement d’une royauté sans contre-poids, qui revêtit bientôt tons les caractères du despotisme asiatique.
La royauté. — Motifs cl circonstances de son établissement. — Discours de
Samuel. — Sa politique. — Saul et David. — Despotisme des rois. —
Pétition des dix tribus. — Leur séparation.
Samuel, le dernier des juges, devait l’autorité à son influence religieuse plutôt qu’à scs services militaires. .Elevé dans le tabernacle auprès du grand prêtre Héli , il avait acquis une liante réputation de piété et passait pour être favorisé des communications directes de l’Eternel. C’est à ce litre qu’il fut proclamé chef de la nation. Si, pendant son gouvernement, les Israélites remportèrent des avantages sur leurs ennemis, il y contribua par ses holocaustes et par ses prières, bien plus que par ses exploits personnels. Samuel était donc un homme distingue par sa sainteté , mais non un guerrier. Cependant il n’était pas non plus , comme l’ont cru à tort plusieurs écrivains 1 ,
* Entre autres Volncy , dans son ouvrage intitulé Samuel inventeur t lu sacre des rois.
LE PEUPLE HEBREU
revêtu de la grande sacrifîcature. Le sacerdoce ne sortit jamais de la famille d’Aaron, à laquelle Samuel n'appartenait pas. 11 n’était pas même membre de la tribu de Lévi, puisqu’il ne participa aux fonctions du culte qu’en qualité de naziréen *. Ces faits jettent une grande lumière sur les circonstances de l’établissement de la royauté , circonstances qui ont été l’objet des appréciations les plus opposées.
Après avoir vieilli dans l’exercice du pouvoir , Samuel s’adjoignit scs deux fils. Ceux-ci ne suivirent point son exemple ; ils cherchaient des gains déshonnêtes, recevaient des présents et s’éloignaient de la justice. « C’est pourquoi » tous les anciens d’Israël s’assemblèrent et vinrent vers * Samuel à Rama, et lui dirent : Tu es devenu vieux et tes » fils ne suivent point tes voies; maintenant établis sur « nous un roi pour nous juger, comme en ont toutes les » nations *. » C’est ainsi que l’Écriture rapporte le vœu populaire d’où sortit la royauté. Ce n’était point là un fait absolument nouveau dans l’histoire hébraïque. Déjà nous avons vu les Israélites offrir la couronne à Gédéon , qui l’avait refusée , et les anciens de Sichem élever sur le trône son fils Abimélech. Ces antécédents révèlent l’immense besoin d’unité, de fixité dans le pouvoir, qui tourmentait une société exposée, par le défaut d’institutions politiques régulières, aux désastres des invasions étrangères et des discordes intestines, et la résistance qu’opposaient au vœu général les pins rigides sectateurs de lu loi. Ceux-ci voyaient dans Jéhovah le véritable roi d’Israël, et dans l’établissement d’une monarchie héréditaire un abandon de cette céleste royauté. Il est probable que celte
1 Le naziréen élait celui qui se vouait volontairement au culte , a perpétuité ou pour un temps , sans entrer pour cela dans le corps sacerdotal. — Nombres, ch. vi.
1 Rois , I , ch. vui , v. 1-5.
HISTOIRE DK LA SOU V KR A I \ KT K.
opinion était puissamment soutenue par les lévites et les sacrificateurs et par le grand prêtre, interprète naturel des ordres div ins. Tels étaient sans doute les sentiments de Samuel, qui, élevé au pouvoir par l'influence religieuse, devait voir dans rétablissement d’une royauté militaire un coup terrible porté à cette influence. Le vieux magistrat entendit avec une douleur profonde la proposition des anciens. a Ce n’est point moi que vous rejetez, leur dit-il » au nom et par l’ordre de Jéhovah ; c’est l’Étemel que » vous repoussez pour qu’il ne règue plus sur vous. » Cependant il finit par céder à la volonté générale , mais seulement après avoir protesté et avoir déclaré au peuple comment le roi qu'il demandait le traiterait un jour. C’est alors qu’il adressa aux anciens rassemblés ce discours si célèbre et tant de fois commenté par les champions de la république et de la royauté : « Voici quelle sera la con- » duite du roi qui régnera sur vous il prendra vos fils » et les mettra sur ses chariots et parmi ses gens de che- » val et les fera courir devant lui. il les établira chefs de » milliers d’hommes et de cinquantaines, et les emploiera •n pour faire son labourage , sa moisson , pour fabriquer » ses instruments de guerre et l’attirail de ses chariots. — r> Il prendra aussi vos filles pour en faire des parfumeuses, » des cuisinières et des boulangères. — Il prendra encore » vos champs, vos vignes et les terres où sont vos bons » oliviers, et il les donnera à scs serviteurs. — 11 dimera » ce que vous aurez semé et ce que vous aurez vendangé, » et il le donnera à ses eunuques et à ses serviteurs. — 11 v prendra vos serviteurs et vos servantes, et l’élite de vos » jeunes gens , cl vos ânes , et il les emploiera à ses ou- » vrages. — Il diiuern vos troupeaux et vois serez ses escla- » ves. — En ce jour-là, vous crierez à cause du roi que vous
' Unis, I , (Ti. vin. v. I 1-20,
LE PEUPLE HÉBREU
» vous serez choisi, mais l’Éternel ne vous exaucera point.
« Mais le peuple ne voulut point acquiescer au discours » de Samuel , et tous répondirent : Non , mais il y aura un ” roi sur nous. — Nous serons comme toutes les nations, ■* et notre roi nous jugera; il marchera à notre tête, et il ■» conduira nos guerres. »
Ce n’est pas sans étonnement que l’on voit le peuple s’abstenir de choisir lui-méme son roi , et confier ce choix il un magistrat hostile à rétablissement de la royauté , qui devait le dépouiller du pouvoir. N’était-il pas à craindre que celui-ci ne posât la couronne sur le front d’un homme sans importance et sans mérite , insuffisant dans la paix et dans la guerre , et qu’il ne cherchât ainsi soit à dégoûter le peuple de la royauté, soit à conserver une influence toute-puissante sur un prince qui serait sa créature? La conduite des Hébreux dans cette circonstance est donc une nouvelle preuve du défaut d’intelligence politique qui éclate dans toute leur histoire.
Samuel dut obéir à la volonté énergique et persévérante du peuple. II choisit pour roi non un personnage distingué par sa naissance, scs talents et ses exploits militaires, mais un jeune homme dont tout le mérite consistait dans sa haute taille et sa beauté. Tel fut Saiil , le premier roi d'Israël. Complètement inconnu de la nation , il appartenait à l’une des moindres familles de la tribu de Ueujamin la plus faible de toutes depuis la funeste guerre civile qui l’avait presque anéantie. Un hasard providentiel parait avoir seul présidé au choix du prophète. Saiil allait consulter à prix d’argent Samuel, le voyant, pour retrouver les ànesses égarées de son père, lorsqu’à la place d’un oracle acheté il obtint le don d’une couronne*. Samuel, frappé d’une inspiration soudaine, reconnaît dans le jeune homme
1 Rois, I, ch. ix, v. il.
1 Ruis, I , ch. ix , v. ”-*9.
HISTOIRK DE LA SOUVERAINETÉ, le futur roi d’Israël. Il le conduit dans sa maison , et lui donne à sa table la place d’honneur. Le lendemain il répand sur la tète de Saiil une fiole d’huile, lui annonce que l’Eternel l’a oint pour être le conducteur de son peuple, et lui trace la conduite qu’il doit tenir jusqu’au moment de sa proclamation devant l’assemblée du peuple. Cette onction, faite dans le secret et par un homme qui n'avait aucun caractère sacerdotal , est le plus ancien précédent sur lequel on ait fondé plus tard l’institution du sacre des rois.
Bientôt Samuel convoque l’assemblée générale du peuple à Mitspa, en présence de l’Eterncl , c’est-à-dire de l’arche d’alliance, et du souverain pontife. Il reproche aux Israélites la faute qu'ils ont commise en rijelant Jéhovah pour demander un roi, et leur annonce que leur vœu va être exaucé par la désignation du monarque. On ignore si celle désignation fut faite par la voie du sort ou par l’oracle du grand prêtre. Quoi qu’il en soit , l’indication tomba d’abord sur la tribu de Benjamin , puis sur la famille de Matri, enfin sur Saiil fils de Kis. Il est évident que cette cérémonie n’était destinée qu’à revêtir de la sanction religieuse le choix précédemment arrêté par Samuel. La présentation du nouvel élu fut accueillie par les cris de vive le roi. Aussitôt Samuel proclama devant le peuple la loi fondamentale du royaume, et l’écrivit dans un livre qui fut déposé devant l’Elernel. Qu’était-ce que cette loi? Faut-il y voir une constitution politique, réglant les droits et les devoirs respectifs du prince et du peuple, ou bien s’agit-il seulement des passages du Deutéronome relatifs à la royauté 1 ? La première hypothèse est la plus probable ; malheureusement cette constitution , la plus ancienne de toutes les chartes, ne nous a pas élc conservée. Cependant Saiil ne fut pas encore définitivement institué, parce qu’une partie du peuple
1 Voir plus haut, page 37.
LE PEUPLE HKBUEU.
éleva des doutes sur sa capacité militaire. Mais bientôt il reçut le baptême de la victoire, et une nouvelle assemblée convoquée à Guilgal lui confirma la dignité royale au milieu des réjouissances publiques. Samuel se présenta pour la dernière fois devant elle , afin de résigner la dignité de juge, u J’ai obéi à votre parole, dit-il, et j’ai établi un roi » sur vous. J’ai marché à votre tète depuis mes jeunes an- » nées, et me voici tout blanc de vieillesse. Que celui * d’entre vous qui croit avoir à se plaindre de moi le dise, r et je lui ferai réparation. » Tout le peuple rendit hommage àsajusliceet il son intégrité. Alors le vieux prophète, reprenant la parole, rappela aux Hébreux tous les bienfaits de Dieu et toutes leurs infidélités, revint encore sur la faute qu’ils avaient commise en demandant un roi, et finit en leur recommandant de demeurer fidèles à l’Eternel s’ils ne voulaient éprouver de nouveau de terribles châtiments.
Telle fut la scène qui, chez les Hébreux, mit fin à la république et inaugura la royauté. Quels sont les principes et les doctrines politiques qui résultent des circonstances de cette grande révolution? 11 est peu de questions qui aient donné lieu à d’aussi nombreuses controverses, et c’est pour j uslificr nos appréciations que nous avons cru devoir exposer avec quelque étendue des événements quiont défrayé pendant près de trois siècles les discussions des écrivains politiques modernes. Quelque obscurité que des commentateurs intéressés se soient efforcés de jeter sur ce sujet, le texte parfaitement clair de l’Kcriture autorise à affirmer ces trois grands faits : que l’institution de la royauté fut un acte de la volonté et de la souveraineté nationale; qu’elle fut considérée par les plus rigides observateurs de la loi comme contraire à l’esprit général de la législation de Moïse, et presque comme un crime contre Jéhovah ; qu’elle eut lieu contre le gré et malgré les efforts du juge Samuel,
HISTOIRE l)E LA SOUVERAINETE.
qui était la personnification la plus élevée de l’influence prophétique et religieuse, et que les Hébreux regardent comme un des plus grands hommes qui aient présidé il leurs destinées. Elle avait été envisagée du même œil et repoussée par Gédéon , le plus illustre des juges guerriers.
Les motifs qui poussèrent le peuple à exiger un changement de gouvernement ressortent avec évidence de son histoire antérieure et des termes mêmes qu’il employa poulie demander à son chef. Fatiguée d’un état de choses qui livrait sa direction et sa défense au hasard de l’apparition d’un homme supérieur, la nation voulut se donnerun gouvernement fixe et stable, qui pût veiller assidûment à son administration et à sn sécurité extérieure. Elle se voyait entourée de peuples soumis à des royautés presque toujours absolues et se senlnit à leur égard, sous le rapport de l’unité politique et de la force militaire, dans des conditions d’infériorité. Elle demanda donc un roi pour la juger et la défendre. Voilà les véritables raisons de sa détermination. La mauvaise conduite des fils de Samuel n’eu fut que la cause occasionnelle ou même le prétexte. Samuel ne s’y laissa pas tromper, car il répondit aux anciens : « Ce n’est pas moi que vous rejetez, c’est Jéhovah. » En d’autres termes , vous voulez au gouvernement de Dieu substituer un gouvernement purement humain. Mais si la nation fit acte de souveraineté en modifiant, malgré l’opposition de son chef, son organisation politique , il est à remarquer qu’elle n’accomplit pas elle -même ce changement et qu’elle laissa à ce chef le soin de l’exécuter. Elle imposa au représentant de l’influence religieuse l'institution de la monarchie , et lui abandonna le choix du monarque, il y eut comme une transaction entre les deux principes en présence, la souveraineté uationalo et la théocratie. Le premier revendiqua la détermination de la forme générale du gouvernement ; le second en obtint l’organisation et
l< K PEUPLE HÉBREU, l'application. Mais, comme il n'est pas donné ù l'Iionunc d’abdiquer sincèrement sous une pression extérieure son pouvoir et ses convictions, il devait arriver que le représentant du gouvernement religieux s’efforcerait de conserver la plus grande part d'autorité et d’influence, et d’amoiudrirle gouvernement civil et militaire qu’il était chargé d'instituer, par la médiocrité et le peu d’importance personnelle de l'homme qu’il en investirait.
La jeunesse de Suül, l'obscurité de su naissance et de ses antécédents géraient de nature à faire croire que de telles considérations ne furent pas étrangères au choix de Samuel , si toutefois il est permis de chercher ailleurs que dans l’inspiration divine les motifs de sa conduite. C’est là une présomption que confirme encore la suite des événements. Même après l’intronisation définitive de Saül , Samuel paraît avoir conservé une haute influence sur les affaires publiques *. On le voit iufliger au roi un blâme sévère pour avoir offert un sacrifice en son absence , lui prescrire une expédition guerrière , lui rappeler le néant d’où il l’avait tiré pour l’élever au Irène , lui reprocher amèrement ses désobéissances , même justifiées par l’amour du bien public et par l'humanité, enfin le menacer de la perle de la couronne. On connaît l’horrible histoire du roi amalécite Agag, épargné par Saül malgré l’ordre d’extermination émané du prophète, et massacré par celui-ci devant le tabernacle. Ce fut l’occasion de la rupture définitive entre Samuel et un prince qui avait à ses jeux le tort de prendre au sérieux sa royauté. Samuel s’occupa dès lors de préparer sa chute et de lui susciter un compétiteur pour l’avenir. Par l’ordre de Jéhovah , il
’ Rois, t, ch. xix, v. 20. — On a prétendu que Samuel continua de présider le grand sanhédrin. Il n’y a pas dans la Bible un seul mot de nature à faire penser que le sanhédrin existât il cette époque et que Samuel en fi\t le président.
oignit un adolescent distingué par son beau visage , sa blonde chevelure et son talent poétique et musical. C’était David , auquel cette onction promettait l’inspiration de l'Esprit divin et la couronne. Ainsi la royauté était à peine établie que dcgà sa première loi, l’hérédité, se trouvait violée, et que l’homme qui l’avait instituée préparait par la compétition du trône une cruelle guerre civile.
Personne n’ignore l’histoire de la rivalité de Saül et de David. Le fait politique Je plus saillant de ce dramatique épisode de l’histoire des Hébreux, c’est l’hostilité de la classe sacerdotale et des prophètes contre Saül , et la faveur dont ils entourèrent celui qui devait lui succéder. Abandonné par les interprètes de Jéhovah , dont les oracles restent muets pour lui, Saül est réduit à s’adresser à la pythonisse d’Endor. Désespéré de l’inutilité de ses poursuites contre son rival, il tombe dans une sombre mélancolie, qui achève de troubler sa raison déjà ébranlée par les menaces de Samuel. Enfin, vaincu à Guilboé par les Philistins, il se tue sur le champ de bataille auprès des cadavres de trois de ses fils, rachetant par cette mort héroïque ses fautes et ses crimes. Dans l’intervalle Samuel, le faiseur de rois, était mort paisiblement à Rama, sans que Saül eût cherché à venger sur lui ses malheurs.
Malgré l’hostilité sacerdotale et l’altération de l’esprit de Saül, la nation resta jusqu’à la fin fidèle à son roi. Lorsqu’il fut lombé glorieusement pour sa défense, les habitants de Jabès de Galaad se dévouèrent pour aller ravir son corps et celui de ses fils aux outrages des Philistins et leur rendre les honneurs funèbres. Le peuple manifesta sa douleur par un deuil et un jeûne général. Quelle que fut l’estime que David eût inspirée, aucun soulèvement n’avait eu lieu en sa faveur pendant la vie de Saül. Ses compagnons n’étaient point des hommes recommandables, « Tous ceux » qui étaient mal dans leurs affaires, dit l’Ecriture, qui