‹ Histoire de la souveraineté; ou, Tableau des institutions et des doctrines politiques comparéesChapitre 9 sur 41 · LA G R KO K · texte numérisé non relu

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mer rabaissement de la caste patricienne cl d’opérer une fusion plus intime entre les éléments multiples qui composaient les classes inférieures. De même que la Grèce était fractionnée en un grand nombre de cités, chacune de ces communautés renfermait elle-même une grande variété d’ordres, de tribus, de gentes , de phratries ou clans, de confréries religieuses, de divisions fondées sur l’origine, l’habitation ou la profession, et imparfaitement unies entre elles. La politique des tyrans tendit à briser toutes ces associations qui , par leur force de cohésion , pouvaient lui opposer de dangereux obstacles , en même temps qu’à abattre tout ce qui dépassait le niveau d’une commune médiocrité. On connaît l’avis symbolique que Périandre, tyran de Corinthe, donnait à Thrasybule, tyran de Milet, en abattant de sa baguette les épis les plus élevés. Détruire les associations formées entre ses sujets, réduire ceux-ci à n’être que des individualités timides et impuissantes, était encore un autre principe de ce Périandre, qui avait composé un code des tyrans dont Aristote nous a conservé les principales maximes, dignes du Prince de Machiavel.

Mais les tyrans , en croyant travailler pour eux-mêmes, ne faisaient que préparer la voie à la démocratie ou à une aristocratie différente des anciennes oligarchies nobiliaires. Aucune des dynasties qu’ils fondèrent ne put se maintenir longtemps. La plus durable fut celle des descendants d’Or- Ihagoras à Sicyonc^ qui régna cent ans. La plupart des tyrans ne conservèrent même pas le pouvoir pendant toute leur vie. Les uns furent renversés, les autres périrent violemment. C’est alors , en effet , que se développa dans l’âme des Grecs le plus vif de leurs sentiments politiques, la haine des tyrans, la plus permanente de leurg opinions, celle de l’illégimilé du pouvoir d’un seul.

•A quelle cause faut-il attribuer le développement de ce

sentiment ? est-ce aux excès des tyrans ou à une disposition particulière du caractère grec? A l’une et à l’autre, et plus encore à 1a situation de la société à cette époque, et aux conditions particulières qu’elle créait à l’exercice du pouvoir d’un seul. L’établissement des tyrans n’avait pas été le résultat naturel ni le but du mouvement qui agitait la société , et dont l’objet réel était de renverser des oligarchies exclusives au profil de la classe déshéritée du pouvoir. Les tyrans servirent ce mouvement et en profilèrent dans leur intérêt personnel ; mais par là ils se plaçaient en dehors de sa véritable tendance. La facilité avec laquelle s’était partout écroulée la royauté héroïque prouve que le sentiment général avait cessé d’èlre favorable à la concentration de tous les pouvoirs sur une seule tète. Les ambitieux qui s’efforcèrent de restaurer à leur profit celte royauté, dépourvue du prestige de l’antiquité de la race et de la croyance à la divinité de son origine, tentaient une entreprise impossible. Elle put réussir un moment, parce qu’elle servait, dans une certaine mesure, le grand mouvement social. Mais les tyrans devaient bientôt éprouver ce qui arrive à tout gouvernement qui n’est pas en harmonie réelle avec les besoins et les tendances de son époque. L’esprit public devait se détourner d’eux, et ne leur laisser d’autre moyen de se soutenir que la violence ou une cauteleuse habileté. C’est en vain que plusieurs de ces usurpateurs s’efforcèrent d’abord de gouverner avec douceur et conformément aux coutumes anciennes. Tout leur tournait à mal, et l’opposition soit des membres des anciennes oligarchies, soit de quelques mécontents des autres classes, les contraignait à faire usage de la force. Une fois entrés dans cette voie, s’arrêter leur devenait impossible. La haine et le ressentiment accrus par un premier recours à la violence appelaient un redoublement de rigueurs. Faiblir c’était , de la part du despote , préparer sa chute; abdiquer même

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lui devenait impossible; car c’eût été se livrer aux vengeances, à moins qu’il ne fit avec le peuple un accord qui lui permît de s’abriter sous un caractère sacré , en s’attachant en qualité de prêtre au temple de quelque divinité *. C’est ainsi que la tonsure et le cloître protégeaient, au moyen âge , les princes déposés. Entraîné sur une pente fatale, le tyran devenait, pour ainsi dire malgré lui , oppresseur et cruel. 11 fallait qu’il eût une citadelle , des gardes , des impôts pour les entretenir. 11 était amené à fomenter des divisions entre ses sujets , à organiser partout l’espionnage et la délation. Les exactions, les supplices venaient ensuite. Les inquiétudes , les craintes continuelles altéraient son caractère. Les écrivains grecs et romains s’accordent à représenter le tyran comme en proie à une furie intérieure qui , par les tortures de son âme , vengeait la société opprimée. 11 achevait de se dégrader en cherchant dans la débauche une distraction à scs anxiétés.

Une telle conduite inspirerait la haine et l’indignation dans un État de quelque étendue. Mais que l’on se figure à quel degré ces sentiments devaient atteindre lorsqu’elle avait pour théâtre les étroites murailles d’une cité, d’une seule ville, où, suivant l’expression de Montesquieu, tout ce qu’il y a d’odieux devient plus odieux encore. Entre le tyran et les citoyens il n’y avait point cette distance qui, dans une grande monarchie, dérobe le prince aux yeux de scs sujets et les sujets aux atteintes directes du prince. Le tyran était sans cesse sous les regards de tous , et chacun se sentait sous sa main. Ce n’était pas un homme personnellement inconnu à la masse des gouvernés, grandi par l’éloignement, et entouré de l’auréole d’une majesté héréditaire. Chacun le connaissait , chacun se souvenait

1 C'est ce que fit Mœanilrius, successeur de Polycrale à Samos. Hérodote, III, 142, 143.

d’avoir été sou égal , et la haine s’envenimait de tous les

ressentiments de l’orgueil blessé et de l’envie.

Un tel gouvernement ne pouvait être durable. 11 était condamné à finir par la révolte ou par l’assassinat. Si son fondateur, à force d'habileté , le maintenait jusqu’à la fin de sa vie, il le transmettait à un fils qui, élevé au milieu de la flatterie et de la corruption, livré aux passions de la jeunesse, ne savait que se rendre plus odieux, sans avoir les talents nécessaires pour se défendre. Aussi fort peu de dynasties tyranniques comptèrent-elles plus de deux générations.

Ces considérations nous expliquent la haine unanime des Grecs contre la tyrannie. Ils étaient profondément convaincus, et cela par expérience , que nul individu ne pouvait être sans danger affranchi du frein des lois. On comprend dès lors pourquoi, à leurs yeux, un tyran était un être placé eu dehors de tout droit divin et humain, pourquoi son immolation était considérée comme l’acte le plus vertueux et le plus méritoire, comment l’horreur des tyrans et l’admiration vouée à leurs meurtriers devinrent un lieu commun de rhétorique , enfin comment Timoléon , l’un des caractères les plus purs de la Grèce , assista, la tête voilée, au meurtre d’un frère chéri, devenu le tyran de sa patrie:

Le vi* siècle et le commencement du v* virent la chute des tyrans et l’établissement général du gouvernement républicain. Cette révolution fut favorisée dans plusieurs cités par l’intervention des Spartiates , qui avaient déjà conquis une grande influence sur la Grèce, et qui, après avoir restreint chez eux le pouvoir de leurs rois, se montrèrent partout hostiles à l’absolutisme d’un seul. Alors se généralisèrent dans les cités grecques deux formes nouvelles de gouvernement : l’aristocratie de richesse, le gouvernement des censitaires, la limocratie, pour em-

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ployer l’expression grecque , et la démocratie , ou gouvernement de la majeure partie des hommes libres. L’histoire détaillée de cette révolution nous est inconnue; nous savons seulement qu’elle ne s'accomplit pas sans résistance de la part des débris des anciennes oligarchies patriciennes , ni sans qu’il s’élevât au milieu de ces luttes quelques tyrannies éphémères. Un monument de ces dissensions civiles nous a été conservé dans les fragments du poète Théognis , qui vivait entre 570 et 490 , et qui fut victime des révolutions de Mégare , sa patrie. 11 appartenait à une oligarchie nobiliaire qui fut renversée par les riches des classes inférieures et par la population rustique, auparavant sujette et dégradée. Théognis , banni , dépouillé de ses biens , exhale son ressentiment avec une énergie qui peint bien la violence des passions politiques de cet âge reculé. Il espère qu’un jour il lui sera permis de boire le sang de ses ennemis. Ses vers élégiaques expriment surtout le mépris et la haine éprouvés par la noblesse de race contre les enrichis et les parvenus. Il déplore l’humiliation et les amertumes qui accablent la pauvreté , l’ascendant immérité que les richesses confèrent même au plus indigne des hommes. C’est ainsi , dit-il, que la race vile s’est élevée au-dessus de la noble lignée, que les mauvais riches ont pris la place des bons et des vertueux La révolution à laquelle Théognis fait allusion ne fut donc pas faite contre la propriété , mais contre la noblesse et au profit de la fortune. Cependant la démagogie eut aussi son jour à Mégare. La basse classe se souleva contre les riches. On en bannit quelques-uns en confisquant leurs biens. Les pauvres s’introduisirent dans les maisons des autres et leur imposèrent une hospitalité forcée. La gratuité du crédit , cette question réputée moderne, figura au nombre des griefs des révoltés. On 1 Théognis, édit. Welcker, v. 500-560, 816-830.

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rendit un décret ordonnant aux riches prêteurs de restituer les intérêts qu’ils avaient reçus de leurs débiteurs Un tel décret , qui fut probablement plus d’une fois porté dans les dissensions des cités grecques , avait un nom spécial ( palintokia ). Après plusieurs révolutions, qui amenèrent tantôt le rappel des nobles exilés , tantôt le triomphe désordonné de la multitude, l’ordre se rétablit, et Mégare resta soumise à une démocratie tempérée. Des scènes analogues se produisirent sans doute dans un grand nombre d’autres cités. Mais elles n’ont pas eu, à notre connaissance , d’historiens pour les retracer, ni de poëtes pour les chanter ou les maudire. Les troubles de la patrie de Théognis nous font voir que déjà, six siècles avant l’èrc chrétienne , il y avait une noblesse exclusive , une bourgeoisie enrichie et ambitieuse , une multitude misérable, envieuse et violente ; que la guerre des classes et les questions de propriété et de crédit étaient déjà une source féconde de révolutions et de désastres.

Le système de» cités. — Les diverses classes de la population. — Organisation du gouvernement. — Râle de la religion. — Ordre de succession des diverses formes politiques. — Les législateurs grecs.

Au commencement du v* siècle avant J.-C. , la Grèce a achevé scs grandes évolutions politiques, celles qui, résultant d’un mouvement général de la société hellénique , se manifestèrent presque simultanément dans la plupart des cités. Les institutions sont assises, les idées fixées, les sentiments populaires bien caractérisés. Ils ne changeront plus jusqu’au moment de la conquête macédonienne.

1 IMutanh., Quasi, yrœc. , cap. xvm.

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C’est ici le lieu d’exposer rapidement cette situation générale de la Grèce pendant la période brillante de son histoire. Cet exposé doit embrasser trois objets principaux : l’étendue, les conditions d’existence de l’État, tel que les Grecs le comprirent; — l’organisation sociale, les rapports des diverses classes de la population ; — enfin la constitution politique, les principes sur lesquels reposa la souveraineté , l’organisation des divers pouvoirs auxquels en fut confié l’exercice. Ce dernier objet, bien qu’il constitue le but essentiel de nos recherches, ne peut être isolé des deux premiers. Comment comprendre en effet le gouvernement intérieur d’une société politique sans tenir compte de l’étendue de son territoire , du nombre de ses membres , et des principales relations civiles qui existent entre eux?

On le sait , la cité , c’est-à-dire une ville presque toujours fortifiée, assise au milieu d’un territoire suffisant à la nourriture de ses habitants, tel fut aux yeux des Grecs le type de la société politique. Habiter des villages non fortifiés épars dans les campagnes leur semblait un état social inférieur et méprisable, un indice de barbarie. Thucydide présume que telle avait été la condition générale de la Grèce avant la fondation des cités héroïques ' , et cette condition resta celle des Étoliens, des Locriens Ozoles, et des Acarnanes, qui , toujours armés et livrés à un brigandage réciproque, demeurèrent étrangers à la civilisation du reste de la Grèce. La plupart des cités s’étaient formées par la réunion de plusieurs villages voisins , et retenaient encore dans la disposition de leurs quartiers une trace de cette origine. Sparte, qui, par exception, ne s’entoura pas de murailles, confiante dans les difficultés naturelles de ses frontières et la discipline de ses citoyens, conserva

* Thucydide , liv. I , ch. v.

toujours distinctes les cinq bourgades dont elle fut primitivement formée. La réunion de plusieurs villages en une cité constituait aux yeux des Grecs un indice de progrès social. Mais ils étaient loin d’éprouver le même sentiment à l’égard de la réunion de plusieurs cités en un seul Etat, soumis à un gouvernement unitaire et centralisé, sous lequel chacune d’elles eût été administrée non comme un toutdistinct , mais comme partie dépendante d’un plus vaste ensemble. Un tel système semblait aux Grecs absolument inconciliable avec la liberté , et réalisable seulement sous le despotisme des monarchies asiatiques.

Cependant les cités grecques ne restèrent pas complètement isolées les unes des autres, et s’unirent souvent pour former des associations plus étendues. Mais jamais elles n’entendirent perdre leur individualité, leur autonomie intérieure. Dans ces conditions, elles ne pouvaient former que des ligues, des confédérations, ou bien se soumettre par des traités à l’hégémonie d’une cité plus puissante. Les deux grands systèmes politiques formés par les alliés de Sparte et d’Athènes se rapportent à ce dernier genre d’union ; les ligues ou confédérations des cités thessaliennes , béotiennes et achéennes sont des exemples du premier. Mais ces confédérations elles-mêmes n’étaient pas conformes au véritable génie de la Grèce , et ne se maintinrent qu’autant qu’une cité centrale et plus puissante put faire respecter par la force le lien fédéral. Lorsque les douze cités ioniennes de l’Asie Mineure furent menacées de la conquête par le roi de Lydie, Thaïes de Milet leur proposa de former une confédération , de nommer un sénat central et des magistrats fédéraux chargés de diriger la politique extérieure et la résistance à l’étranger. Mais cette proposition, digne de la haute sagesse de son auteur, choquait la passion de l’autonomie , et fut repoussée ; les cités divisées ne firent qu’une faible résis-

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lance , et l’Ionie dut se soumettre à Crésus. La ligue tbessalienne , qui aurait pu former un ensemble redoutable, n’eut guère qu’une existence nominale. Elle n’eut de réalité que lorsqu’un homme puissant, devenu tyran de l’une des cités , s’emparait de la dignité de Tage ou président de la confédération, et obligeait les autres membres à exécuter leurs obligations. La ligue béotienne ue dut son maintien qu’à la prépondérance de Thèbes sur les autres cités. C’est cette ligue qui paraît avoir eu l’organisation la plus parfaite; mais cette organisation nous est peu connue. Nous savons seulement qu’elle comprenait quatre sénats ou assemblées électives délibérant sur les intérêts généraux de l’association, et onze magistrats exécutifs , appelés Béotarques , dont deux étaient nommés par la ville de Thèbes. Malgré la perfection relative de ce système fédératif, plusieurs des cités qui y étaient soumises essayèrent de s’y soustraire, et ne furent contendes ou réprimées que par les forces supérieures des Tbébains. Les Grecs considéraient le lien fédéral comme purement volontaire, comme n’impliquant aucune obligation morale , et pouvant toujours être brisé par la volonté de chacune des cités contractantes. Cette opinion parut bien lorsque Platée se sépara de la ligue béotienne pour entrer dans l’alliance d’Athènes, quelque temps avant l’invasion des Perses. Les Thébains prétendaient châtier cette cité comme rebelle et violatrice des lois de la ligue béotienne. Athènes prit sa défense , et avant de combattre , on s’en remit à l’arbitrage des Corinthiens. Ceux-ci décidèrent que Platée était dans son droit , et n’avait fait qu’user de l’autonomie propre à toute cité grecque'. .Ainsi, il n’y eut

1 Hérodote, VI, 108. — Ce principe cessa d’étre respecté pendant le» fureurs de la guerre dn Péloponnèse. Alors chaque parti considéra comme un crime inexpiable le passage d’une ville à l'alliance du parti contraire , ou même In simple neutralité. Dans la cinquième année de

pas dans la Grèce de confédération fortement organisée et constituant une nationalité distincte. Tandis que dans les gouvernements fédératifs modernes chaque partie est subordonnée à l’ensemble, chez les Grecs l’ensemble fut toujours subordonné aux parties. La cité, libre, indépendante, n’entretenant avec ses voisins que les rapports du droit des gens , tel fut l’idéal obstinément poursuivi par l’esprit grec , le centre de gravité politique vers lequel une invincible attraction le ramenait.

Plusieurs écrivains ont attribué au conseil des amphictyons de Delphes le caractère d’une diète nationale, investie de la direction supérieure du grand corps hellénique et du droit de juger les différends qui s’élevaient entre les divers Étals qui le composaient. M. de Chateaubriand va jusqu’à rapporter à son influence la révolution générale qui abolit la royauté héroïque1. Rien n’est moins foridé que cette opinion, démentie par l’histoire grecque tout entière. Le conseil amphictyoniquc n’eut que des attributions purement religieuses. Il était chargé de l’administration et de la défense du temple de Delphes, et ne pouvait requérir l’action des douze peuples amphictyoniques que pour la vengeance du sacrilège commis contre ce sanctuaire révéré. Bien qu’il fût la plus importante assemblée de cette nature qui existât dans la Grèce , il était

celte guerre fatale , les Lacédémoniens et les Thébains appliquèrent cette barbare maxime à cette même Platée, coupable d’être restée fidèle & l'alliance d'Athènes au mépris de ses anciennes relations avec la ligue béotienne, interrompues pourtant depuis quatre-vingt-treize ans. Déni cents Platéens pris dans la ville après un long siège furent impitoyablement égorgés (Thucydide, liv. III, ch. 52-68). La même année, les Athéniens tinrent conduite semblable envers les Mityléniens. (Thucydide, liv. III, ch. 2-18, 35-50.)

* Essai sur les rérolulions , ch. iv. — M. de Chateaubriand a reconnu, dans une note de la deuxième édition, qu'il attribuait trop de pouvoir au conseil amphictyoniquc.

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loin de comprendre des représentants de toutes les cités, et il n’était pas unique. La Grèce propre et les colonies renfermaient plusieurs autres amphictyonies chargées , comme celles de Delphes, de veiller sur le temple d’une divinité commune à plusieurs tribus, a plusieurs villes; mais ces assemblées n’exercèrent presque jamais d’action directe sur la politique. Elles contribuèrent avec les jeux panhelléniques, avec la communauté de langue, de littérature, de religion et d’oracles , à établir entre les Grecs ce sentiment de nationalité qui les fit se distinguer des autres peuples, auxquels ils appliquaient la dénomination flétrissante de barbares. Mais ce sentiment n’empêcha point les Grecs de se livrer entre eux à des luttes sanglantes , de massacrer leurs prisonniers de guerre, de les vendre comme esclaves, de ruiner de fond en comble les cités vaincues. Un tel exemple est de nature à prouver combien la communauté d’origine , de mœurs et de langage , et le vague sentiment d’une nationalité commune sont des liens insuffisants pour maintenir l’union chez un peuple nombreux, lorsqu’ils ne sont pas corroborés par des institutions politiques sagement coordonnées, et par un pouvoir central fortement organisé.

S’il est un sujet d’étonnement et de regret , c’est de voir que l’esprit grec, si ingénieux et si progressif, placé par tant de circonstances sur la voie de la constitution d’une nationalité puissante et invincible et d’un gouvernement fédéral représentatif, n’ait pu s’élever jusqu’à ces conceptions. La Grèce comprenait qu’elle formait un seul ensemble , l'ilc de la civilisation au milieu de l’océan de la barbarie. Elle renfermait dans son sein des confédérations politiques et religieuses; elle nommait des députés pour y représenter ses diverses villes; et elle ne sut point étendre et généraliser ces institutions qui eussent assuré son salut et sa prééminence. Un esprit étroit de localité,

des rivalités et des haines inesquiues, des idées exagérées sur la souveraineté individuelle du citoyen, sur la nécessité du vote direct comme condition de la liberté politique, la retinrent toujours dans son idéal incomplet de la cité.

Quelles étaient , au sein de la cité , les diverses classes de la population , leurs rapports réciproques et leur importance relative? Ces questions ne sont point susceptibles d’une solution générale, car la condition des personnes ne fut pas identique dans toutes les villes de la Grèce. Cependant on peut ramener la population à quatre divisions principales, dont trois au moins se retrouvent toujours dans chaque État considéré isolément. Ce sont : les esclaves, les serfs de la glèbe, les sujets libres, enfin les citoyens.

Les esclaves étaient ou barbares ou Grecs d’origine. Ceux-ci étaient des prisonniers de guerre vendus, ou des descendants d’hommes libres que la misère avait contraints à se vendre , eux et leurs familles. Le nombre relatif des esclaves s’était considérablement accru depuis les temps héroïques. Tandis qu’une partie de l’ancienne classe des artisans et des mercenaires s’était élevée en richesse et en puissance , une autre plus nombreuse s’était vue ruinée par le manque de travail et par des emprunts usuraires, et était tombée dans la servitude. Tel avait été le sort des citoyens pauvres d’Athènes avant le temps de Solon, et ce législateur ne put que combattre les derniers effets d’un mouvement qui se continuait depuis des siècles. Dans les cités riches et puissantes, les classes serviles surpassèrent de beaucoup en nombre la population libre. A Athènes, la première fut au moins quadruple de la seconde. Cette proportion n’a rien qui doive surprendre, quand on observe que la population servile comprenait non -seulement les gens attachés au

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