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DES SEIGNEURS

Plus le sort des paysans s'améliorait, plus les comtes , les nobles , les abbés et les autres seigneurs , seuls propriétaires du sol, voyaient augmenter leurs revenus; mais leur indépendance et leur puissance s'accrurent surtout lorsque la maison des ducs de Zaehringen vint à s'éteindre. La dignité de bailli impérial cessa dès lors d'être héréditaire, et fut conférée par l'empereur tantôt à un comte, tantôt à un autre. Les seigneurs n'eurent plus à craindre de recevoir la loi d'un de leurs pairs. Chacun d'eux travaillait à s'élever au premier rang , ou pouvait espérer dy parvenir à son tour.

Beaucoup de maisons illustres, éteintes aujourd'hui, florissaienL à cette époque dans l'Helvétie et les contrées voisines. Les comtes de Savoie

avaient des domaines étendus , des fiefs et des droits de différente nature dans le Valais et le pays de Vaud. L'évêque de Lausanne exerçait dans ce dernier pays une espèce de souveraineté. La domination des comtes de Neuchâtel s'étendait sur des pays tant romands qu'allemands , situés dans le bassin du lac de Bienne , de la Thièle et, de l'Aar. Les comtes de Kybourg , maîtres de toute la contrée comprise entre Zurich et le lac de Constance, et auxquels on doit la fondation des villes de Diessenhofen 1 et de Winterthour, ne reconnaissaient pas dans toute rHelvélie de maison plus puissante que la leur. On vit néanmoins s'élever à coté d'eux, dans l'Argovie , la famille des comtes de Habsbourg , lesquels possédaient dès long-temps en toute propriété des terres considérables dans le voisinage de l'ancienne ville de Vindonissa. Us étaient devenus avoués de la riche abbaye de Seckingen, sur la rive droite du Rhin, qui avait des propriétés considérables dans le pays de Glaris. Ils avaient acquis plus tard, à titre de fief, le comté de Rore, dans l'Argovie, qui avait primitivement appartenu à une ancienne

' Petite ville sur le Rhin, dans le canton de Thurgavn;-

famille noble bourguignonne. Il s'étendait jus* qu'a Mouri, où, deux siècles auparavant, l'épouse d'un des comtes de Habsbourg ou d'AUembourg, comme on les appelait alors, avait fondé une abbaye de bénédictins. A l'extinction de la maison des comtes de Rore, ses domaines avaient passé aux comtes de Lentzbourg, de qui descendaient aussi les comtes de Bade , et dont les grands biens ajoutèrent à l'illustration et à la puissance de la maison de Habsbourg.

Les comtes de Rapperschwyl, dans l'Helvétie orientale, près des frontières de la Rhétie, fondèrent sur les bords du lac de Zurich la ville qui a pris et conservé leur nom. L'éclat de cette maison long -temps illustre, était éclipsé par celle des comtes de Toggenbourg. Un château bâti sur un rocher, non loin du couvent de Fischingen, était le berceau de cette opulente famille ; ce fut du haut d'une fenêtre de ce château que le comte Henri de Toggenbourg , égar? par la jalousie, précipita son épouse, la belle comtesse Ida , dont il avait vu l'anneau nuptial au doigt d'un de ses serviteurs. Un corbeau avait dérobé cette anneau par l'ouverture d'une fenêtre et l'avait ensuite laissé tomber. L'infortuné serviteur s'était innocemment paré de cet

Ornement que le hasard lui avait fait découvrir. La providence veillait sur les jours d'Ida. Dans sa chute, elle put se retenir aux broussailles qui tapissaient les rochers suspendus au-dessus du précipice. Son innocence fut reconnue; mais fuyant le barbare époux , elle consacra le reste de 'sa vie à la retraite, renfermée dans une cellule à Fischingen. Son prétendu complice, attaché par Tordre du comte Henri à la queue d'un cheval fougueux, avait péri du plus affreux supplice.

On pourrait encore nommer un grand nombre de familles de comtes et de barons alors fort puissans , tels que les comtes de Werdenberg et de Sargans , ceux de Mont fort , de Sax , de Vax , de Raezuns , dans la Rhétie , et autres seigneurs tant de L'Heàvélie allemande que de L'Helvétie bourguignonne ; mais qui pourrait prendre intérêt à des noms qui ne réveiHent plus aujourd'hui d'autres souvenirs que celui de guerres obscures, d'actes de tyrannie et de violence dont la tradition se conserve encore près des ruines de ces châteaux jadis si redoutés?

Plusieurs de ces familles anciennes et puissantes s'éteignirent de bonne heure et disparurent sans retour de la scène du monde. Rien

n'y contribua plus que les croisades , qui furent entreprises a l ^époque où nous sommes arrivés, et l'opinion qui se répandit alors dans tous les pays» de l'Europe, que la religion et l'honneur ordonnaient aux chrétiens de prendre les armes et d'aller a Jérusalem arracher le saint sépulcre des mains des infidèles. Des pèlerins armés accouraient chaque année en troupes innombrables dans la TerrerSain te, portant une croix cousue sur leurs vêtemens , comme signe de leur pieuse destination. Tout le monde se croisa, vieillards, jeunes gens , enfans , princes, rois, empereurs. On: vk jusqu'à des princesses et des religieuses a la suite de l'armée des croisés* De tant de milliers d'homnies partis pour L'Orient , un petit nombre seulement revinrent, dans leur patrie; lai plupart ^ périment' en. routei, au trouvèrent la mort dans les* combats, ou succombèrent à la nière , aux maladies ou aux rigueurs de la capëwité; Ces' pertes portaient surtout le deuil parmi) ki noblesse. ■ ■ .

' NéanmbiBS ces, mêmes croisades, si fatales à la caste dominatrice ^ «tournèrent à; l'avantage du peuple; serf' ûWeam pannes :et de Ja bourgeoisie des villes. Le» seigneurs traitèrent leurs paysans avec plus d'humanité, pour le» retenir chez

eux et les empêcher d'aller chercher l'indépendance sous les étendards de la croix. Ils leur accordèrent plus de liberté et leur concédèrent divers droits, afin de pouvoir employer leurs bras dans les guerres intérieures. Les bourgeois des villes s'enrichirent en travaillant a l'armement, a l'équipement et à l'approvisionnement en tout genre des armées qui partaient sans cesse pour la Palestine. Le commerce prit une extension nouvelle : une route fut ouverte aux marchandises par la Hongrie jusque dans la Grèce, et par l'Italie et la Méditerranée jusqu'en Egypte et dans le Levant. Bàle, en particulier, s*enrichit en devenant l'entrepôt des vins de Chypre, comme Zurich dut sa prospérité aux manufactures de soieries qui commençaient alors a s'y établir.

A mesure que les cités nouvelles faisaient des progrès vers la richesse, les citoyens travaillaient avec plus d'ardeur à étendre leurs droits , et agrandissaient leur territoire par des achats avantageux. Les villes s'affranchissaient successivement des droits de souveraineté que les abbés , les évèques et les monastères avaient long* temps fait peser sur elles. Elles se mettaient sous la protection de l'empire germanique, afin de

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