‹ Histoire de la SuisseChapitre 16 sur 44 · T)8 HISTOIRE · texte numérisé non relu

T)8 HISTOIRE

n'avoir à reconnaître d'autre supérieur que l'en* 1 pereur ou le lieutenant ou bailli impérial chargé de les gouverner en son nom. Les Soleurois se rendirent indépendans du chapitre de St.- Ours, qui, ayant puissamment contribué à la fondation de leur ville , se prévalait de ce titre pour prétendre s'immiscer dans l'administration. L'abbé du riche couvent de Tous-les-Saints se regardait comme suzerain du territoire où était bâtie Schaffouse , et y faisait exercer ses droits seigneuriaux par son avoyer ou bailli. Les bourgeois commencèrent par lui enlever le droit d'élire plus de la moitié des membres de leur conseil, et se réservèrent l'élection de la moitié restante. Plus tard, ils s'affranchirent entièrement de la domination temporelle de l'abbaye, et se mirent, comme d'autres villes, sous la protection immédiate du chef de l'empire. Bâle en usa à peu près de la même manière avec son évèque , et assura son indépendance en se constituant ville impériale. Les mêmes prérogatives avaient été concédées dès long-temps aux villes de Fribourg et de Berne par une faveur spéciale de l'empereur.

Plusieurs petites villes suivirent l'exemple des grandes , a mesure que l'occasion s'en présenta.

Elles surent habilement profiter des troubles de l'empire. Quand les rois ou les seigneurs dont elles dépendaient avaient besoin d'argent , elles leur ouvraient leur trésor ; quand l'état était menacé, leurs bras étaient à l'instant armés pour sa défense. Le citoyen, frugal et économe dans son intérieur, prodiguait son bien pour l'intérêt public. Les maisons particulières étaient d'une extrême simplicité, mais les édifices publics étaient vastes et somptueux. Les artisans rivalisaient pour la bonne qualité des produits de leurs ateliers, et pour le perfectionnement des procédés de leur industrie. La piété, la probité, l'amour du travail, régnaient dans le sein des familles ; la sagesse , la prudence et l'intégrité , dans les conseils. On eût rougi de vivre aux dépens de la fortune publique; mais fallait^- il subvenir au besoins de l'Etat , concourir à quelque établissement utile, aucun sacrifice ne coûtait au patriotisme des citoyens.

Sous un régime si propre à les faire prospérer, les villes prirent de l'accroissement , se rendirent puissantes, et acquirent des franchises importantes , des terres , le droit de lever diverses sortes d'impôt, et d'autres privilèges avantageux. Pour y réussir, elles aspiraient toutes à se

placer sous la dépendance immédiate des empereurs, et à s'affranchir de tout autre maître, de manière à pouvoir élire elles - mêmes leurs magistrats et leurs juges, et régler elles-mêmes leur administration. Elles ne croyaient pas acheter trop chèrement cet avantage en payant un tribut à l'empire. L'empereur déléguait l'exercice de sa souveraineté à un bailli impérial, chargé de juger les causes capitales devant l'assemblée du peuple. On présumait qu'étant étranger, il devait juger avec plus d'impartialité qu'un homme du pays prononçant sur le sort d'un de ses concitoyens. En cas de guerre, les villes donnaient le commandement de leurs troupes à un seigneur ou comte puissant et d'une valeur éprouvée , et lui payaient une solde. Pour augmenter leurs moyens de défense, les villes formaient souvent des ligues, soit entre elles, soit même avec les villes impériales de la Souabe et des bords du Rhin. Ainsi, après une longue période de dépendance et de servitude , on vit l'aurore de la liberté luiro sur l'Helvétie, au milieu des monastères et des châteaux-forts, et éclairer les villes de ses premiers rayons, La tyrannie , plante étrangère à nos climats , ne saurait fructifier long-temps sur le sol helvétique.

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