‹ Histoire de la Table, curiosités gastronomiques de tous les temps, etcChapitre 13 sur 39 · II 1 ST 01 K K DE LA TABLE · texte numérisé non relu

II 1 ST 01 K K DE LA TABLE

examinée en maître. Écoutons : «Depuis que les aliments ont été préparés, non pour apaiser la faim, mais pour l’irriter; depuis que l’on a inventé mille assaisonnements alin d’exciter la gourmandise, ce qui était un aliment pour l’appétit est devenu un fardeau pour l’estomac surchargé. De là vient la pâleur, le tremblement des muscles imbibés de vin; puis la maigreur, creusée par l’indigestion, et pire que celle de la faim; de là cette démarche incertaine et toujours chancelante, comme dans l’ivresse; de là cette hydropisie qui gonfle toute la peau, et cette tension d’un ventre qui veut follement s’accoutumer à prendre plus qu’il ne pourrait contenir ; de là cette expansion d’une bile jaunâtre, ce visage décoloré, ce corps qui se dessèche comme s’il était en proie àladissotution, ces muscles insensibles, détendus et torpides ou palpitants et vivants sans repos. Que dirai-je de ces vertiges, de ces migraines, de ces douleurs d’yeux et d’oreilles, et de ces picotements qui tourmentent un cerveau enflammé? Parlerai-je de ces ulcères internes qui dévorent tous les conduits de nos sécrétions? Faut-il y ajouter des innombrables espèces de lièvres, qui tantôt nous terrassent par leur violence, tantôt nous minent de leur poison lent, taudis que d’autres encore jettent l’horreur dans l’âme en agitant nos membres? Est-il besoin d’énumérer cette multitude de maladies diverses, qui sont les châtiments de notre luxe ?

« La multiplicité des mets a produit la multiplicité des maladies. Voyez combien de choses mêle et fait passer dans jun seul gosier ce luxe dévastateur des terres et des mers. De toute nécessité, des substances si diverses, englouties, entassées ensemble, doivent se combattre et causer une mauvaise digestion. L’on ne doit donc pas s’étonner de voir des maladies capricieuses et variées naître de cette discorde entre les divers aliments qui, rassemblés des différentes régions de la nature, causent un engorgement nuisible. Voilà pourquoi nos maladies sont aussi diversifiées que nos aliments.

HISTOIRE l>L LA TABLE

(( Lu plus grand des médecins, le fondateur de la médecine, a dit : « que les femmes 11e deviennent point chauves, et qu’elles ne sont pas sujettes à la goutte. » Or, nous les voyons chauves et goutteuses. Les femmes n’ont point changé de nature, mais de vie. Imitant les hommes dans leurs excès, elles doivent participer à leurs infirmités. Comme eux, elles veillent ; comme eux, elles font orgie et les défient à la lutte et à l’ivrognerie; comme eux, elles rendent par la bouche les aliments empilés dans un estomac qui les repoussait, et rejettent, jusqu’à la dernière goutte, tout le vin qu’elles ont bu. Comme les hommes, elles mâchent de la neige pour soulager leurs entrailles brûlantes. Leurs vices leur ont ôté l’avantage de leur sexe; elles ont dépouillé leur nature de femmes, elles ont été condamnées aux maladies des hommes.

« Les médecins d’autrefois ne savaient pas recourir à la fréquence des aliments, ni, par le secours du vin, ranimer le pouls éteint; ils 11e savaient pas expulser un sang corrompu, ni tempérer par les bains et par les sueurs une maladie chronique ; ils 11e savaient pas, à l’aide de ligatures faites aux jambes et aux bras, rappeler aux extrémités un principe de maladie caché dans l’intérieur du corps. 11 n’était, pas nécessaire de rechercher beaucoup de secours de toute espèce, quand les dangers étaient si peu nombreux. Mais à présent, combien nos maladies se sont aggravées ! C’est le prix des plaisirs auxquels nous nous sommes abandonnés sans mesure et sans frein. Vous étonnez-vous de voir des maladies innombrables? comptez nos cuisiniers. »

L’histoire confirme toutes les plaintes de Sénèque. Vitellius mina sa santé au milieu des excès qui enlevaient presque tous ses compagnons de débauches. Un d’entre eux, nommé Vibius Crispas, étant tombé malade et empêché par cette indisposition de se trouver aux festins de Vitelüus, dit agréablement : « Je serais mort, si je n’avais été malade. » *

Septime-Sévère n’ayant plus la force de supporter les douleurs qu’il ressentait dans tous les membres et surtout aux pieds, à la place de poison qu’on lui refusait, dévora avec avidité un plat de grosse viande fort lourde qu’il ne put digérer et il étouffa d’indigestion. La gourmandise était devenue un nouveau genre de suicide.

— P. S. L’auteur a cru pouvoir se servir sans scrupule, pour cette Histoire ancienne des meilleures traductions et particulièrement de la Bibliothèque latine- française de Panckouke et de celle de M. Nisavd ; il les a regardées comme des cailles qui lui tombaient toutes rôties du ciel pour le festin qu’il vient de présenter aux lecteurs.

Page 1