LA TABLE DANS L*ÉVANGILE
11 y a peu de livres aussi courts que les Évangiles; il n’en n’existe néanmoins aucun d’aussi complet : car ils sont infinis, inépuisables pour le penseur. Ils ont suscité des milliers de commentaires. L’Église y trouve ses dogmes* sa morale, sa liturgie. Tous les âges, toutes les conditions, toutes les positions y puisent des préceptes et des conseils, des modèles et des consolations. Le maître et le serviteur, le prêtre et le fidèle s’en inspirent. La simplicité s’y complaît, la sublimité s’y
perd .
Préceptes et conseils d’hygiène, préceptes et conseils
de table, les Évangiles fournissent tout. Citons-les sur ces matières.
Jésus-Christ eut pour précurseur, saint Jean-Baptiste, dont il avait été prédit qu’il serait grand devant lu Seigneur, et ne boirait ni vin ni liqueur enivrante. Jésus-Christ signala l’habitude qu’avait son précurseur de ne point manger de pain et de ne point boire de vin ; il l’a proclamé le plus grand prophète, le plus grand d’entre les enfants des hommes. Les Évangiles cons tatent que saint Jean- Baptiste ne vivait que de miel sauvage et de sauterelles.
Né dans une crèche, Jésus-Christ fut obligé de passer son enfance en Égypte ; il revint dans la Judée et y vécut toujours, sons un climat assez doux, dans une contrée on les ablutions, nécessaires à la santé, faisaient partie de la législation, où la religion était attentive à prévenir et à guérir toutes les maladies, où l’hospitalité était non- seulement un usage, mais un devoir et un honneur.
Jésus-Christ était regardé comme le fils d’un charpentier; charpentier lui-même, il vécut du travail de ses mains. Les renards ont leurs tanières et les oiseaux du ciel leurs nids, mais le Fils de l’homme n’eut pas où poser sa tête. 11 ne fut jamais malade, car la maladie est le fruit du péché. Ainsi, douceur de climat, exercices manuels, frugalité d’état., sobriété de pays, tout concourt à nous montrer Jésus-Christ comme le type de la vie active.
Quand Jésus-Christ préluda à sa mission, il avait trente ans. Il se retira donc dans un désert, et il passa quarante jours et quarante nuits sans boire ni manger; après il eut faim.
Voilà le modèle de la vie contemplative. Cette abstinence continuelle de quarante jours et de quarante nuits n’est point impossible, puisque des saints, de conditions très-diverses et à dés époques différentes, l’ont pratiquée ; mais elle doit être considérée comme leder-
nier effort de la faiblesse humaine, puisqu'il n'y a qu'un très-petit nombre de chrétiens qui soient parvenus à ce degré d'austérité sans en être incommodés ni exténués.
Beaucoup de saints, notamment saint Jean Chrysostome et saint Bernard, se sont repentis d’avoir traité leur corps avec trop de barbarie et d'avoir ruiné leur santé pour longtemps. C’est qu’ils n’avaient pas assez gradué leurs mortifications, et ils ont commis cette imprudence à une époque où le corps n’est pas suffisamment formé ni assez fort pour supporter des excès de jeûne, moins dangereux à la vérité que des excès de gourmandise et de débauche, mais néanmoins nuisibles à l’économie de la vie physique.
Préparé par ' un jeûne dont les Anges seuls avaient été les témoins, Jésus-Christ choisit la table pour manifester sa mission avec éclat. Saint Jean n’a pas parlé du jeûne du désert comme les trois autres Évangélistes, mais il raconte ainsi le premier festin où se trouva Jésus-Christ :
« 11 se fit des noces à Cana en Galilée, et la mère de Jésus y était.
« Jésus fut aussi convié aux noces avec ses disciples.
« Et le vin venant à manquer, la mère de Jésus lui dit : Ils n’ont pas de vin.
« Et Jésus lui dit : Femme, qu’y a-t-il de commun entre vous et moi? Mon heure n’est pas encore venue.
« Sa mère dit à ceux qui servaient : Faites tout ce qu’il vous dira.
« Or, il y avait là six urnes de pierre pour la purification, selon l’usage des Juifs, contenant chacune deux
ou trois mesures.
« Jésus leur dit : Emplissez d’eau ces .urnes. Et ils les emplirent jusqu’au bord.
« Et Jésus leur dit : Puisez maintenant, et portez-en au maître d’hôtel ; et ils lui en portèrent.
« Sitôt que le maître d’hôtel eut goûté l’eau changée
en vin, et ne sachant d’où il venait ( mais ceux qui avaient puisé l’eau le savaient ), il appela l’époux,
« Et lui dit : Tout homme sert d’abord le bon vin, et après qu’on a beaucoup bu, celui qui vaut moins : mais vous, vous avez gardé le bon vin jusqu’ici.
« Ce fut là le premier des signes opérés par Jésus, et il l’opéra à Cana en Galilée : et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. »
Toutes les autres solennités de, la vie, Jésus-Christ daigna les honorer de sa présence.
« Il entra dans la maison de Simon dont la belle-mère avait une grosse fièvre. Ses apôtres le prièrent pour elle. S’approchant d’elle, il commanda à la fièvre et la fièvre la quitta : et se levant aussitôt, elle les servait. »
« 11 vit un homme nommé Matthieu, assis à un bureau de péage, et il lui dit : Suivez-moi, et se levant, il le suivit. Or, il arriva que Jésus étant à table dans la maison de cet homme, des publicains et des pécheurs vinrent s’y asseoir avec Jésus et ses disciples. »
Même faveur le jour de la vocation des douze Apôtres : « Etant monté sur une montagne, dit saint Marc, il appela à lui ceux que lui-même voulut : et ils vinrent à lui. Il en choisit douze pour être avec lui, et pour les envoyer prêcher; et il leur donna le pouvoir de guérir les infirmités et de chasser les démons : Simon, à qui il donna le nom de Pierre ; Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère; et André, et Philippe, et Barthélemy, et Matthieu, et Thomas, et Jacques, fils d’Alphée, etTliaddée, et Simon le Cananéen, et Judas Iscariote, qui le trahit. Ils vinrent à la maison, et la foule s’y assembla, de sorte qu’ils ne pouvaient pas même manger. »
Jésus-Christ voulut que la conversion fût aussi une fête. La parabole de l’Enfant Prodigue qui pourrait être envisagée de diverses façons, en est une preuve. Écoutons saint Luc : « Jésus dit : Un homme avait deux fils. Et le plus jeune dit à son père : donnez-moi la portion de votre bien qui doit me revenir. Et le père leur fit le
partage de son bien, et peu de jours après, le plus jeune des fils, ayant rassemblé tout ce qu’il avait, partit pour une région étrangère et lointaine, et il dissipa son bien dans une vie d’excès et de débauche. Après qu’il eut tout consommé, il y eut une grande famine dans ce pays, et il commença à sentir le besoin. S’en allant donc, il se mit au service d’un habitant de ce pays ; et celui-ci l’envoya à sa maison des champs pour garder les pourceaux. Et il désirait remplir son ventre des siliques que mangeaient les pourceaux; et personne ne lui en donnait. Rentrant alors en lui-mème, il dit : Combien de mercenaires dans la maison de mon père ont du pain en abondance, et moi ici je meurs de faim! Je me lèverai, et j’irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous : je ne suis plus digne d’ètre appelé votre fds : faites-moi comme l’un de vos mercenaires. Et se levant, il vint vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit, et louché de compassion, il accourut et se jeta à son cou, et le baisa. Et le fds lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre vous; je ne suis plus digne d’ètre appelé votre fds. Et le père dit à ses serviteurs : Apportez vite sa robe première, et revêtez-l’en, et mettez-lui un anneau au doigt et une chaussure aux pieds; et amenez le veau gras, et tuez-le, et mangeons, et réjouissonsnous : car mon fds que voilà était mort, et il revit ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à manger et* à se réjouir. Or, le fds aîné était dans les champs : et comme il revenait et approchait de la maison, il entendit le bruit de la symphonie et de la danse. Et appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c’était : lequel lui dit : Votre frère est revenu, et votre père a tué le veau gras, parce qu’il l’a recouvré sain. Et s’étant courroucé, il ne voulait point entrer. Le père donc étant sorti, commença à le prier. Mais répondant à son père, il lui dit : Voilà que je vous sers depuis tant d’années : je n’ai manqué à aucun de vos
commandements, et jamais vous ne m’avez donné un chevreau pour nie réjouir en le mangeant avec mes amis. Mais lorsque ce fils, qui a dévoré son bien avec des courtisanes j est revenu, vous avez tué pour lui le veau gras. Le père lui dit : Mon fils, vous êtes, vous, toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à vous. Mais il fallait faire un festin et se réjouir, parce que votre frère était mort, et il revit ; il était perdu et il est retrouvé. »
Après sa résurrection, Jésus-Christ ne se fit reconnaître qu’à table aux deux disciples qui l’avaient accompagné à Emmaüs. C’est encore pendant que les onze apôtres étaient à table et s’entretenaient de sa résurrection, que Jésus-Clirist apparut au milieu d’eux, leur montra ses pieds et ses mains, et leur prouva qu’il avait triomphé de la mort, comme il l’avait prédit plusieurs fois avant sa Passion.
Ainsi, repas de famille, repas de corps, repas de noces, de guérison ou de deuil, repas de vocation ou de conversion, tout se trouve dans l’Évangile ; il ne manque plus que le dîner champêtre, la collation des masses.
Nous pouvons en mentionner deux :
« Or, Jésus s’était retiré à l’écart dans un lieu désert, près de Bethsaïde. Ce qu’ayant su, le peuple le suivit, et il les reçut, et il leur parlait du royaume de Dieu/ Ayant pitié d’eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans pasteur, il commença à leur donner beaucoup d’enseignements, et il guérissait ceux qui avaient besoin d’ètre guéris. Sur le soir, les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : Renvoyez le peuple, afin que, s’en allant dans les villages et les hameaux d’alentour, ils y trouvent un abri et achètent de quoi manger : car ici nous sommes en un lieu désert, et déjà l’heure est avancée. Mais il leur dit : 11 n’est pas nécessaire qu’ils aillent; donnez-leur vous-mêmes à manger. Ils lui répondirent: Irons-nous donc acheter pour deux cents deniers (envi-
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ron 160 francs) de pains, afin de leur donnera manger? Il leur dit : Combien de pains avez-vous? Allez et voyez. Et ayant regardé, ils répondirent : Nous n’avons quecinq pains et deuxpoissons.il leur dit : Apportez-les-moiici.»
Suivant saint Jean, au lieu d’ètre prévenu par ses apôtres, comme le racontent saint Matthieu, saint Marc et saint Luc, ce serait Jésus qui aurait dit à Philippe : «Où achèterons-nous des pains pour que ceux-ci mangent ? 11 disait cela pour le tenter, car il savait ce qu’il devait faire. Philippe lui répondit : Ce qu’on aurait de pains pour deux cents deniers ne subirait pas pour que chacun en reçût quelque peu. Un de ses disciples, André, frère de Simon Pierre, lui dit : 11 y a ici un jeune homme qui a cinq pains d’orge et deux poissons : mais qu’est-ce que cela pour tant de gens?
« 11 y avait beaucoup d’herbe en ce lieu. Jésus dit : Faites-les asseoir par troupes de cinquante. Et ils s’assirent en divers groupes sur l’herbe verte, en groupes de cent et de cent cinquante. Et Jésus, ayant pris les cinq paies et les deux poissons, leva les yeux au ciel, les bénit; il rompit les pains et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuassent au peuple. Il partagea entre tous les deux poissons pareillement, autant qu’ils en voulurent.
« Et tous mangèrent et furent rassasiés. Il dit à ses disciples : Recueillez ce qui reste, pour qu’il ne se perde pas. Ils le recueillirent donc, et remplirent des fragments restés des cinq pains d’orge et des poissons douze corbeilles pleines. Or le nombre de ceux qui mangèrent fut de cinq mille lipinmes, sans les femmes et les enfants.
« Une autre fois, Jésus vint le long de la mer de Galilée, et, montant sur une montagne, il s’y assit. Lors de grandes troupes s’approchèrent de lui, ayant avec elles des muets, des aveugles, des boiteux, des infirmes et beaucoup d’autres malades; et iis les déposèrent à ses pieds, et il les guérit. De sorte que la multitude était
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dans l'admiration, voyant les muets parler, les boiteux marcher, les aveugles voir ; et elle glorifiait le Dieu d’Israël. Cependant Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit : J'ai pitié de celte foule, car il y a déjà trois jours qu’ils restent près de moi, et ils n'ont pas de quoi manger. Et si je les renvoie dans leurs maisons, ils tomberont en défaillance en chemin, car plusieurs d'entre eux sont venus de loin. Et ses disciples lui dirent : Où donc trouverons-nous dansle désert assez de pains pour rassasier une si grande foule ? Jésus leur dit : Combien de pains avez-vous? Ils lui dirent : Sept. Et il commanda à la multitude de s'asseoir par terre, et prenant les pains, ayant rendu grâces, il les rompit et les donna à ses disciples pour les distribuer, et ils les distribuèrent. Ils avaient en outre quelques petits poissons ; il les bénit aussi et commanda de les distribuer. Et tous mangèrent et furent rassasiés, et de ce qui resta de fragments, ils remportèrent sept corbeilles pleines. Or, ceux qui mangèrent étaient au nombre de quatre mille hommes, sans les petits enfants et les femmes. »
Jésus avait daigné assister aux repas qui signalent les grandes époques de la vie ; il fut aussi attentif à sanctifier et consacrer l’hospitalité de toutes les conditions.
Saint Matthieu et saint Marc nous montrent Jésus comme l’un des hôtes de Simon le lépreux.
Saint Luc nous dit : « lin Pharisien le pria de manger avec lui; et, étant entré dans la maison du Pharisien, il se mit à table. » Saint Luc cite plus loin un autre Pharisien qui invita pareillement Jésus à manger avec lui,
et chez qui Jésus entra et se mit à table. Plus loin saint Luc ajoute : « Il arriva qu’un jour de sabbat, Jésus entra dans la maison d’un chef des Pharisiens pour y manger le pain; et ils l’observaient. »
Jésus acceptait donc volontiers l’hospitalité; il sut aussi prévenir l’invitation. Voici le témoignage de saint Luc : c< Jésus étant entré dans Jéricho, traversait la ville lorsque voilà qu’un homme, nommé Zachée, chef des publicains, et fort riche, cherchait à le voir, désirant le connaître; et il ne le pouvait, à cause de la foule, parce 4 qu’il était très-petit. Courant donc devant, il monta sur un sycomore pour le voir, parce qu’il devait passer par là. Arrivé en cet endroit, Jésus leva le3 yeux, et Payant vu, lui dit : Zachée, descendez vite ; car il faut qu’aujourd’hui je séjourne dans votre maison. Et il se hâta de descendre, et le reçut avec joie. Ce que voyant, ils murmuraient tous, disant : Il est descendu chez un homme pécheur. Mais Zachée, debout devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne aux pauvres la moitié de mes biens, et si j’ai fait tort à quelqu’un en quoi que ce soit, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Cette maison a reçu aujourd’hui le salut, parce que celui-ci est aussi enfant d’Abraham. Car le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui avait péri. »
Jésus ne repoussa ni le zèle ni la commisération des femmes. La belle-mère de Simon et Marthe eurent le bonheur de le recevoir et de le servir. Marie-Madeleine et Marie, mère de Jacques le Mineur, et la mère des fils de Zébédée, et Salomé,lui rendirent tous les offices possibles, et le suivirent dans ses pérégrinations. Il y eut encore Jeanne, femme de Chuza, procurateur d’Hérode, et Suzanne, et plusieurs autres femmes, qui l’assistèrent de leurs biens. Elles se trouvèrent toutes au pied de la Croix pour le consoler de la trahison de Judas, de la fuite de dix apôtres et de la lâcheté des disciples.
La mauvaise foi abusa de tant de condescendance use faire tout à tous. Jésus se justifia en ces ternies : « Jean
HISTOIRE UE LA TAULE
est venu ne mangeant ni ne buvant, et ils disent : Il est possédé du démon. Le Fils de rhomnie est venu mangeant et buvant, et ils disent : C'est un homme de bonne chère et qui aime le vin, ami des pécheurs et des publicains. Mais la sagesse a été justifiée par ses enfants. » Les Pharisiens et les Scribes murmuraient disant : Celui-ci accueille les pécheurs, et mange avec eux.
Jésus, accompagné de ses disciples, s’étant assis à la table de Matthieu avec des publicains ét des pécheurs, « ce que voyant, les Pharisiens, raconte saint Matthieu, dirent à ses disciples : Pourquoi votre Maître mange-t-il avec les pécheurs et les publicains? Jésus les entendant, dit : Ceux qui sont en santé n’ont pas besoin de médecin, mais les malades. Allez et apprenez ce que signifie cette parole : Je veux la miséricorde et non le sacrifice : car je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs. Alors les disciples de Jean s’approchèrent de lui, disant : Pourquoi nous et les Pharisiens jeûnons-nous fréquemment, et que vos disciples ne jeûnent point? Jésus leur dit : Les enfants de l’époux peuvent-ils s’attrister pendant que l’époux est avec eux? Des jours viendront où l’époux leur sera enlevé, alors ils jeûneront. »
Le festin donné par Lévi à Jésus ayant scandalisé les disciples de Jean et les Pharisiens, ils n’eurent pas d’autre réponse ni d’autre explication.
Jésus n’a béni et multiplié le vin qu'une fois, et c’est aux noces de Cana, et sur les instances de sa mère qu’il opéra ce premier miracle.
Après sa résurrection, « il apparut à ses apôtres et leur dit : La paix soit avec vous : c’est moi, ne craignez
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point. Eux, pleins de trouble et de frayeur, croyaient voir un esprit. Et il leur dit : Pourquoi vous troublezvous? Voyez mes mains et mes pieds, et que c’est bien moi; touchez et voyez. Mais, comme ils ne croyaient point encore, hors d’eux-mèmes d’étonnement et de joie, il dit : Avez-vous ici quelque chose à manger? Et ils lui présentèrent un morceau de poisson grillé et un rayon de miel. Et lorsqu’il eut mangé devant eux, prenant ce qui restait, il le leur donna. »
Sauf ce rayon de miel, le poisson est le seul aliment de Jésus dont les Évangiles aient fait mention.
Nous avons vu Jésus bénir et multiplier deux fois le pain et le poisson pour la multitude qui l’avait suivi dans le désert.
Il y a deux autres circonstances où Jésus multiplie le poisson pour ses apôtres.
Il arriva, raconte saint Luc, qu’étant auprès du lac de Génésaretli, et la foule se ruant sur lui pour entendre la parole de Dieu, il vit sur le bord du lac deux barques d’où les pécheurs étaient descendus, et lavaient leurs filets. « Montant dans une des barques qui étaient à Simon, il le pria de s’éloigner un peu de la terre; et s’étant assis, il enseignait le peuple de dessus la barque. Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avancez en mei', et jetez vos filets pour pêcher. Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre; mais sur votre parole, je jetterai le filet. L’ayant jeté, ils prirent une si grande quantité de poissons, que leur filet se rompait. Et ils dirent à leurs compagnons, qui étaient dans une autre barque, de venir les aider. Et ils vinrent, et remplirent les deux barques, au point qu’elles étaient près de submerger. Ce que voyant, Simon Pierre tomba aux pieds de Jésus, disant : Retirez-vous de moi, Seigneur, parce que je suis un homme pécheur. Car il était dans la stupeur, et tous ceux qui étaient avec lui, de la pèche des poissons qu’ils avaient pris, et pareillement Jacques, et Jean, fils de Zébédée, qui étaient compagnons
de Simon. Et Jésus dit à Simon : Ne craignez point ; ce seront désormais des hommes que vous prendrez. Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent. »
Apiès sa résurrection, Jésus apparut à ses disciples près de la mer de Tibériade. « 11 leur apparut ainsi, dit saint Jean. Simon Pierre et Thomas, appelé Didyme, et Nathanaël, qui était de Cana en Galilée, et les fils de Zébédée, et deux autres de ses disciples, étant ensemble, Simon Pierre leur dit : Je vais pêcher. Ils lui dirent : Nous allons avec toi. Ils sortirent et montèrent dans une barque, et cet le nuit-là ils ne prirent rien. Le matin venu, Jésus parut sur le rivage : cependant ses disciples ne le reconnurent point. Jésus leur dit : Avezvous quelque chose à manger? Ils répondirent : Non. Il leur dit : Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. Ils le jetèrent donc ; et ils ne pouvaient plus tirer, à cause de la multitude des poissons. Le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : C’est le Seigneur. Lorsque Simon Pierre entendit que c’était le Seigneur, il se ceignit avec sa tunique, car il était nu, et se jeta dans la mer. Les autres disciples vinrent dans la barque, car ils n’étaient pas loin de la terre, en tirant le filet plein de poissons. Lorsqu’ils furent descendus à terre, ils virent des charbons allumés, et un poisson dessus, et du pain. Jésus leur dit : Apportez des poissons que vous venez de prendre. Simon Pierre monta dans la barque, et tira à terre le filet plein de cent cinquante -trois grands poissons. Et quoiqu’il y en eût tant, le filet ne se rompit point. Jésus leur dit : Venez, mangez. Et Jésus vint, et prit du pain et le leur donna, et pareillement des poissons. »
Le poisson fut aussi l’occasion d’un miracle. « Étant venus àCapharnaüm, raconte saint Matthieu, ceux qui recueillaient le didraclime (impôt de 1 fr. 75 cent, pour le Temple de Jérusalem) s’approchèrent de Pierre, et lui dirent : Est-ce que votre Maître ne paye pas le didraelime ? Pierre dit : 11 le paye. Et comme il entrait dans
la maison, Jésus le prévint, disant : Que t’en semble, Simon? De qui les rois de la terre reçoivent-ils le tribut ou le cens? de leurs enfants ou des étrangers ? Pierre répondit : Des étrangers. Jésus lui dit : Donc les enfants en sont affranchis. Cependant, pour ne les point scandaliser, va à la mer et jette l’hameçon, et prends le premier poisson qui montera, et ouvre sa bouche : tu y trouveras un statère (3 fr. 50 cent.), et l’ayant pris, donne-le-leur pour moi et pour toi. »
De ses douze apôtres, Jésus en avait choisi quatre parmi des pêcheurs, comme le prouve ce témoignage de saint Matthieu : « Jésus, marchant le long de la mer de Galilée, vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et André son frère, qui jetaient leurs blets dans la mer, car il étaient pécheurs, il leur dit : Suivez-moi, et je ferai de vous des pécheurs d’hommes. Eux aussitôt, laissant leurs filets, le suivirent. Et delà s’avançant, il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, dans une barque avec leur père Zébédée, réparant leurs filets, et il les appela. Eux aussitôt, laissant leurs filets et leur père, le suivirent. »
Il arriva à Jésus-Christ, dans ses courses, de souffrir de la soif et de la faim.
« Il vint, rapporte saint Jean, dans la ville du pays de Samarie, nommée Sicliar, près des champs que donna Jacob à son fils Joseph. Il y avait là un puits, appelé le puits de Jacob. Jésus, fatigué de la route, s’assit sur le bord du puits. Il était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l’eau. Jésus lui dit : Donnez-moi à boire. Ses disciples étaient allés dans la ville acheter de quoi manger. Cette femme samaritaine lui dit : Comment, vous, qui êtes Juif, me demandezvous à boire, à moi qui suis une femme samaritaine? Car les Juifs n’ont aucun commerce avec les Samaritains. »
Un jour, en sortant de Béthanie avec les douze apôtres, dit saint Marc, « il eut faim. Et voyant de loin un
figuier qui avait des feuilles, il vint pour voir s’il n’y trouverait point quelque fruit; mais, après s’en être approché, il n’y trouva que des feuilles, car ce n’était pas le temps des figues. Et il dit au figuier : Nul désormais ne mangera de ton fruit. Et ses disciples l’entendirent. Et le lendemain matin, en passant, iis virent le figuier desséché jusqu’à la racine. Et Pierre, se ressouvenant, lui dit : Maître, voilà que le figuier que vous avez maudit a séché. »
« Un jour de sabbat, comme Jésus s’en allait le long des blés, ses disciples, ayant faim, se mirent à cueillir des épis, et les froissant dans leurs mains, ils les mangèrent. Des Pharisiens, voyant cela, lui dirent : Pourquoi vos disciples font-ils ce qu’il n’est pas permis de faire le jour du sabbat ? Il leur répondit : N’avez-vous jamais lu ce que fit David, dans le besoin qui le pressait, lorsqu’il eut faim, lui et ceux qui étaient avec lui? comment il entra dans la maison de Dieu et mangea les pains de proposition, qu’il n’était permis qu’aux prêtres de manger, et les donna à ceux qui étaient avec lui? Il leur dit encore : Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat. » — Nos gardes champêtres traiteraient cette conduite de vagabondage; mais la législation juive avait prévu les cas de nécessité. Aussi le Deutéronome contient cette loi : « Quand tu entres dans la vigne de ton prochain, il t’est permis de manger autant de grappes que tu voudras, mais non d’en emporter une seule. Si tu traverses une moisson mûre, tu peux casser les épis et les froisser dans ta main, mais non les couper à la faucille. »
Jésus emprunta à la vie matérielle beaucoup de figures et de paraboles. II dit à ses Apôtres : « Vous êtes le sel de la terre. Le sel est bon. Donc si le sel s’affadit, avec quoi l’assaisonnerez-vous? il n’est plus bon qu’à être jeté dehors et foulé aux pieds par les hommes. Ayez du sel en vous.
a Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis, et vous ai établis, pour que vous aliiez, et rapportiez du fruit, et que votre fruit demeure.
«Je suis la vraie vigne, et mou Père est le vigneron. Tout sarment qui ne porte pas de fruit en moi, il le retranchera , et celui qui porte du fruit, ill’émondera,pour qu’il porte plus de fruit. Comme le sarment ne peut porter de fruit de soi-mème, s’il ne demeure dans la vigne, ainsi vous ne le pouvez non plus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Qui demeure en moi, et moi en lui, il portera beaucoup de fruit, parce que sans moi vous ne pouvez rien faire. Celui qui ne demeure pas en moi, il sera jeté dehors comme le sarment, et il séchera, et on le ramassera pour le jeter au feu et le lîrûler.
« Je suis le pain de vie : qui vient à moi n’aura pas faim, et qui croit en moi n’aura pas soif.
« Qui mange ma chair et boit mon sang, a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment breuvage. Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. »
Jésus reconnaît les nécessités de la vie, mais il défend de s’en inquiéter. De là ces paroles : « Ne vous inquiétez
point de votre vie, comment vous mangerez. Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni ne recueillent en des greniers ; et votre Père céleste les nourrit. N’êtes-vous pas de plus de prix qu'eux? Ne vous inquiétez donc point, disant : Que mangeronsnous ? que boirons-nous ? Les Gentils s'inquiètent de ces choses, mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin. »
Le nécessaire manque-t-il parfois ? voici la récompense : <( Heureux vous qui maintenant avez faim, parce que vous serez rassasiés. Malheur à vous qui ôtes rassasiés, parce que vous aurez faim. » Ces paroles trouvent une explication suffisante dans cette parabole : « Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de byssus; et chaque jour il faisait une chère splendide. Et il y avait aussi un mendiant, nommé Lazare, lequel était couché à sa porte couvert d'ulcères, désirant se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, et personne ne lui en donnait; mais les chiens venaient lécher ses ulcères. Or, il arriva que le mendiant mourut, et il fut porté par les anges dans le sein d’ Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. Comme il était dans les tourments, levant les yeux, il vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. Et jetant un cri, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi, et envoyez Lazare, afin qu’il trempe le bout de son doigt dans l’eau pour rafraîchir ma langue, car je souffre horriblement dans cette flamme. Et Abraham lui Hit : Mon fils, souvenez-vous que, pendant votre vie, vous avez reçu les biens, et Lazare les maux pendant la sienne ; et maintenant il est consolé, et vous, vous souffrez. De plus, un grand abîme est affermi entre nous et vous, de sorte que ceux qui voudraient passer d'ici à vous, ou venir ici de là où vous êtes, ne le peuvent. »
Que l’abstinence soit volontaire, ou imposée par la religion ou les circonstances, Jésus apprend à la supporter dans ces paroles : « Lorsque vous jeûnez, ne soyez
point tristes comme les hypocrites, car ils exténuent leur visage, pour que leur jeûne apparaisse aux hommes. Je vous le dis en vérité, ils ont reçu leur récompense. Pour vous, quand vous jeûnez, parfumez votre tète et lavez votre face, afin qu’il n’apparaisse pas aux hommes que vous jeûnez, mais à votre Père préseht dans le secret; et votre Père, qui voit dans le secret, vous le rendra. »
La table joue un trop grand rôle dans la vie pour que Jésus ait manqué les occasions d’en parler.
Jésus recommande, avant tout, l’indifférence sur tout ce qui peut être servi. « Demeurez dans la même maison, dit-il à ses disciples, mangeant et buvant ce qui sera (levant vous. »
Les Scribes et les Pharisiens recherchant et briguant toujours la place d’honneur dans les festins, Jésus dit : « Gardez-vous des Scribes, qui aiment à être auxpremières places dans les festins. » Jésus ne proscrit pas moins les minuties en ces termes : « Malheur à vous. Scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous nettoyez les dehors de la coupe et du plat; et au-dedans vous êtes pleins de souillures et de rapines. »
Jésus pense aux convenances à maintenir aussi bien qu’aux puérilités et aux inconvenances qu’il faut éviter. Delà ce conseil : <( Lorsque vous serez convié à des noces, 11e vous asseyez pas à la première place, de peur qu’un autre plus considérable ayant été convié *ui$si, celui qui vous a conviés tous deux ne vienne, et ne vous dise : Donnez-lui cette place, et qu’alors vous ne descendiez avec confusion à la dernière place. Mais, lorsque vous serez
convié, allez vous asseoir à la dernière place, afin que quand viendra celui qui vous a convié, il vous dise : Monami, montez plus haut. Alors, vous serez honoré devant ceux qui seront à table avec vous, car quiconque s’élève sera abaissé, et qui s’abaisse sera élevé. »
La table établit entre le maître de maison et l’hôte des rapports d’intimité : Jésus les grandit, en les plaçant sous la protection de Dieu.
11 dit donc à ses Apôtres: « Qui vous reçoit me reçoit, et qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. Et quiconque vous donnera un verre d’eau en mon nom, parce que vous ôtes au Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense. Quiconque reçoit un prophète en qualité de prophète, recevra la récompense du prophète; et quiconque reçoit un juste en qualité de juste, recevra la récompense du juste. Et quiconque donnera seulement à l’un de ces plus petits un verre d’eau froide à boire parce qu’il est de mes disciples, je vous le dis en vérité, il ne perdra pas sa récompense. »
Une fois Jésus prit uu enfant, le mit près de lui et dit: « Quiconque reçoit cet enfant en mon nom me reçoit, et quiconque me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé. Car celui qui est le plus petit entre vous est le plus grand. »
Les intérêts et la place du pauvre trouvèrent leur glorification. Jésus s’adressa en ces termes à quelqu’un qui l’avait convié : « Lorsque vous donnerez à dîner ou à souper, n'appelez ni vos amis, ni vos frères, ni vos parents, ni vos voisins riches, de peur que peut-être ils ne vous convient à leur tour, et ne vous rendent ce qu’ils auront reçu de vous. Mais, lorsque vous faites un festin, appelez -y les pauvres, les débiles, les boiteux, les aveugles : et vous serez heureux de ce qu’ils n’ont rien à vous rendre, car ce vous sera rendu dans la résurrection des justes. »
Voici le sort que Jésus annonce à ceux qui auront observé ou négligé les préceptes de l’hospitalité :
<( Quand le Fils de l’homme viendra dans sa majesté, avec tous les anges, alors il s’assoira sur le trône de majesté. Et toutes les nations seront rassemblées devant lui, et il sépareralesuns d’avec les autres, comme le pasteur sépare les brebis d’avec les boucs ; et il placera les brebis à sa droite, les boucs à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : Venez, bénis de mon Père ; possédez le royaume préparé pour vous dès l’origine du monde. Car j’ai eu faim, et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif, et vous m’avez donné à boire; j’étais sans asile, et vous m’avez recueilli; nu, et vous m’avez vêtu; malade, et vous m’avez visité; eu prison, et vous êtes venusà moi. Alors les justes lui diront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu ayant faim, et que nous vous avons rassasié; ayant soif, et que nous vous avons donné à boire? quand est-ce que nous vous avons vu sans asile, et que nous vous avons recueilli ; nu, et que nous vous avons vêtu ? et quand est-ce que nous vous avons vu malade ou en prison, et que nous sommes venus à vous? Et le roi leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous l’avez fait à l’un des plus petits d’entre mes frères, vous me l’avez fait à moi. Alors à ceux aussi qui seront à sa gauche il dira : Retirez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel, préparé pour le diable et ses anges. Car j’ai eu faim, et vous ne m’avez point donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez point recueilli ; nu, et vous ne m’avez point vêtu ; malade, en prison, et vous ne m’avez point visité. Alors, eux aussi lui diront : Seigneur, quand est-ce que nous vous avons vu ayant faim, ou soif, ou sans asile, ou nu, ou malade, ou en prison, et que nous 11e vous avons point assisté ? Mais il leur répondra : En vérité, je vous le dis, chaque fois que vous ne l’avez point fait à l’un de ces plus petits, à moi aussi vous ne l’avez point fait. Et ceux-ci s’en iront à l’éternel supplice, et les justes dans la vie éternelle. » En consacrant ainsi les droits des pauvres, Jésus n’oublia pas leurs devoirs, et ne manqua pas de con-
damner les abus de l’hospitalité. C’est ce qu’atteste la parabole où le roi, ayant puni ceux qu’il avait invités aux noces de son fils et qui ne sont pas venus, dit ensuite à ses serviteurs : « Les noces sont prêtes, mais ceux qui étaient conviés n’en étaient pas dignes. Allez donc à l’issue des chemins, et tous ceux que vous trouverez, appelez-les aux noces. » Les serviteurs s’étant dispersés sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, bons et mauvais ; et la salle des noces fut remplie de convives. Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et ayant vu un homme qui n’était point vêtu de la robe nuptiale, il lui dit : « Mon ami, comment êtes-vous entré ici sans avoir la robe nuptiale ? » Et cet homme resta muet. Alors le roi dit à ses serviteurs : (c Liez-lui les pieds et les mains, et jétez-le dans les ténèbres extérieures ; là seront les pleurs et le grincement de dents. » Pour comprendre la négligence et la punition de ce pauvre, il faut se rappeler qu’en Orient les rois n’invitaient personne à manger sans envoyer d’avance les vêtements dont on devait être vêtu pour paraître en leur présence et prendre place à leur table.
C’est le moment d’aborder les devoirs de l’hospitalité.
L’indifférence sur la nourriture est le premier précepte de la table, comme nous l’avons vu ; saint François de Sales le commentera plus tard.
Le miracle de Jésus aux noces de Cana, ses deux multiplications de pains et de poissons, sa bénédiction des pêches des apôtres consacrent les présents de table.
HIST01HE DE LA TABLE
Sauf cette attention, la conduite'de Idiote doit être une politesse toute passive, qui se prête à tous les égards qu’on lui témoigne, qui ferme les yeux sur toutes les déférences sur lesquelles il compte et qu’on néglige.
« Des Pharisiens et plusieurs Scribes, raconte saint Marc, s’assemblèrent près de Jésus ; et ayant vu quelques-uns de ses disciples manger avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées, ils les en blâmèrent. Car les Pharisiens et tous les Juifs ne mangent point sans s’être souvent lavé les mains, suivant en cela la tradition des anciens ; et lorsqu’ils reviennent du marché, ils ne mangent point non plus sans s’être purifiés, et ils pratiquent encore beaucoup d’autres observations traditionnelles, la purification des coupes, des vases de terre, d’airain, et des lits. Les Pharisiens donc et les Scribes l’interrogeaient : Pourquoi vos disciples ne gardent-ils point les traditions des anciens, mais mangent avec des mains impures ? »
Les ablutions n’étaient qu’un usage dont les Pharisiens se rendaient les esclaves ; il n’est point prouvé que les Apôtres les eussent refusées.
Pareille chose arriva à Jésus lorsqu’il accepta l’invitation d’un Pharisien. « Celui-ci se prit à penser en luimême, se demandant pourquoi il ne s’était point lavé avant le repas. »
Jésus ne demandait rien, mais se prêtait à l’empressement de tous ceux qui lui donnaient l’hospitalité.
(( Un jour, raconte saint Luc, il entra dans un village, et une femme,' nommée Marthe, le reçut en sa maison. Elle avait une sœur, nommée Marie, laquelle, assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. Cependant, Marthe s’occupait avec empressement de toute sorte de soins; et, s’arrêtant devant Jésus, elle lui dit : Seigneur, ne voyez-vous point que ma sœur me laisse tout faire seule? Dites-lui donc qu’elle m’aide. Le Seigneur répondant, lui dit : Marthe, Marthe, vous vous
HISTOIRE 1)E LA TABLE
inquiétez et vous troublez de beaucoup de choses. Or, une seule chose est nécessaire : Marie a choisi la meil leure part, qui ne lui sera point ôtée. »
« Un Pharisien, raconte encore saint Luc, le pria de mander avec lui : et étant entré dans la maison du Pharisien, il se mita table. Et voilà qu’une femme de la ville, qui vivait dans le péché, ayant su qu’il était à table dans la maison du Pharisien, apporta un vase d'albâtre plein de parfum : et se tenant derrière lui à ses pieds, elle commença à les arroser de ses larmes; et les essuyant avec ses cheveux, elle les baisait et les oignait de parfum. Ce que voyant, ldPharisien qui l’avait invité dit en lui-même : Si celui-ci était prophète, il saurait quelle est celle qui le touche, et que c’est une pécheresse. Alors Jésus lui dit : Simon, j’ai quelque chose à vous dire. Il répondit : Maître, dites. Et se tournant vers la femme, Jésus dit à Simon : Voyez-vous cette femme? Je suis entré dans votre maison, et vous ne m’avez point donné d’eau pour laver mes pieds ; mais elle, elle les a arrosés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. Vous ne m’avez point donné de baiser; mais elle, depuis qu’elle est entrée, elle n’a point cessé de me baiser ies pieds. Vous n’avez point versé de parfum sur ma tète ; mais elle, elle a répandu des parfums sur mes pieds. C’est pourquoi je vous dis : Beaucoup de péchés lui sont remis, parce qu’elle a beaucoup aimé. Et il dit à cette femme : Vos péchés vous sont remis. Votre foi vous a sauvée ; allez en paix. »
Elus tard, Jésus étant à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux, on lui prépara à souper. Marthe servait, et Lazare, qu’il avait ressuscité, était un de ceux qui étaient à table avec lui. Marie, sœur de Lazare, vint avec un vase d’albâtre plein de parfum de nard précieux, s’approcha, et, ayant rompu le vase, elle répandit le parfum sur la tète de Jésus, qui était à table, et elle oignit ses pieds, et les essuya avec ses cheveux. Et toute la maison fut remplie de Codeur du parfum. Ce