II I S T O I H E DE LA TABLE
de vin : « Qui de nous, je vous prie, peut vivre sans potage? » Et il se mit à vanter l’abondance qui régnait autrefois dans les tavernes où il allait lui-même chercher du vin.
Les chercheurs de dîners étaient flétris du nom de parasites. Juvénal nous fait connaître tous les déboires auxquels ils étaient exposés, et les avanies qui les attendaient. Mais ils se piquaient de courage. Ils devinrent à la fin des personnages. Athénée en parle diverse- ‘ ment ; Plaute ne peut s’en passer daus ses pièces, et les affuble toujours d’un rôle plus ou moins comique. Aussi fait-il dire à Tun de ces parasites : et Je garde et j’exerce ipon antique et vénérable métier de gloutonnerie ; je le cultive avec grand soin. De tous mes ancêtres, il n’en est pas un seul qui ait rempli son ventre autrement que par l’industrie des parasites. Mon père, mon aïeul, mon bisaïeul, mon trisaïeul, mon quadrisaïeul ont toujours mangé, comme les rats, le pain d’autrui, et nul ne les a surpassés en voracité. » Lucien se moqua de tout, mais flatta le parasite. 11 prouva que le métier de parasite % est un art , avec tant d’éloquence, tant d’esprit, tant de dialectique, qu’eu le lisant, on est tenté de suivre ses préceptes.
C’est sérieux I Tout en bafouant Jes parasites, Juvénal nous donne la carte d'un dîner frugal qui ne manque pas de mérite. Horace décrit trois menus : l’un, d’un gourmet qui entend à merveille le choix de la volaille, du gibier, des fruits; l’autre, est celui du bourgeois; tout y abonde, mais il y manque la bonne compagnie ; l’amphitryon est réduit à faire lui-mème l’éloge de tout ce qu’il sert ; le dernier est le type d’un repas sans cérémonie ; il y a peu, mais le bon goût y domine. Martial a pareillement fait l’histoire de deux festins; il a consacré tout le treizième livre de ses Ëpigrammes au dénombremen{ des mets et des boissons que comporte la table. Virgile a composé un poëtne sur les entremets.
Mais Virgile a aussi fait les Géor gigues , Ce n’est pas
seulement Columelle et Palladius qui ont exalté l’agriculture pour augmenter les plaisirs de la table. C’est aussi Caton le Censeur qui a composé un ouvrage où il prouve que, depuis la soupe aux choux jusqu’aux gâteaux, il n’était étranger à aucun détail d’un festin. Varron, le plus savant des Romains, s’est complu à traiter de l’économie rustique. Pline n’avait probablement pris la plume que pour les savants ; à la fin, il est entraîné par le goût de son siècle, et il sacrifie tout à la table. Son Histoire du monde n’est plus que le tableau de toutes les jouissances humaines, et à la vue de toutes les ressources qu’il rencontre, soit pour la félicité, soit pour le soulagement de l’humanité, il ne peut s’empêcher parfois de saluer par-ci, par-là, une Providence dont il aurait bien voulu se passer. De là cette remarque de Walckenaër : « Le goût pour la vie rurale et les soins qu’elle exige, afin d’en retirer tous les avantages et toutes les jouissances qu’elle peut procurer, était général chez les Romains. Le poëme le plus parfait qu’ils nous aient laissé est un poëme sur l’ agriculture ; le meilleur traité scientifique dont on leur soit redevable, est un traité sur l’agriculture. Sabinus Tyro dédia à Mécène, dont la table est une imitation modérée de celle de Lucullus, le livre qu’il avait composé sur les.jardins potagers. »
Avec tous ces éléments, il est temps d’essayer de reconstituer une table qui ne soit pas, comme dans la satire de Pétrone, la fantaisie d’un écrivain, la folie d’un parvenu, mais un repas public où chacun fournira son plat. Peut-être comprendrons-nous au dessert pourquoi Varron a compté deux cent quatre-vingt-huit opinions philosophiques sur le souverain bien.
I! i ST01H K DE LA TABLE