‹ Histoire de la télégraphieChapitre 18 sur 38 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De l'application des signes du télégraphe

françois aux idées.

On s'est étrangement trompé en disant que la langue télégraphique étoit une langue universelle ou une spécieuse générale , amsi que Leibnitz lavoit conçue.

Ce philosophe vouloit introduire une nouvelle méthode de raisonnement fondée sur des formules semblables à celles dont on se sert dans l'algèbre, à peu près eomme on les emploie dans le calcul des probabilités : mais elles ne pouvoient être universelles que pour les règles de la logique , et elles n’eussent pas servi à désigner et à individualiser les substances, les formes et les qualités, ce qui est lobjet des langues, parce qu'il faut des signes particuliers et de convention pour chacune de ces choses. Le télégraphe n’écrit

donc que les langues déjà formées; mais sa langue devient presque universelle, en ce qu'elle indique des combinaisons de nombre au lieu de mots ; que la manière d'exprimer ces nombres est généralement connue , et qu'elle peut être appliquée aux mots qui composent tous les dictionnaires. Son but n’est point de trouver une langue aisée à apprendre sans dictionnaire (expression de Leibnitz, dans sa Lettre à M. Rémond), mais de trouver le moyen d'ex primer beaucoup de choses avec peu de signes. |

Nous avons déjà eu l'occasion de faire observer qu'il se présentoit, même pendant les plus beaux jours, un grand nombre d'effets météorologiques qui altéroient la visibilité des signes télégraphiques : ces obstacles ne permettent pas d’employer le temps à discrétion pour transmettre des dépèches. On doit donc restreindre le nombre des signaux ,.et leur donner une signification aussi étendue qu'il est possible. Le système phrasique

remplit cette condition ; mais il est rarement utile, parce qu'il se présente peu d'occasions d’en faire usage. On est forcé d’avoir recours à une méthode qui puisse.

indiquer tous les mots dont on se sert.

pour exprimer les pensées : celle qu'on a trouvée la première est de transmettre les lettres de l'alphabet; mais elle exige une si grande multiplicité : de signes, qu'elle laisseroït à peine le temps de former quelques mots.

L'emploi des nombres indiquant des mots diminue beaucoup la quantité des | signes nécessaires pour exprimer chaque mot. |

Il n'est besoin , suivant le système de la numération généralement adoptée, de n'employer que dix signes pour-exprimer toutes les combinaisons : quatre suffisent à former les 0999 premières, et on n'a guère besoin que de dix mille mots pour l'usage habituel de nos langues. Mais si au lieu de dix signes on en emploie un plus.

grand nombre pour former toutes les.

combinaisons, ilen faudra d’atitant moins pour chacune d'elles; ainsi la quantité de ceux qui composent chaque combinaison est en raison inverse du nombre des chiffres primitifs de la numération; d'où il suit que plus un télégraphe en produit, et moins 1l en emploie pour former chaque mot, et il a besoin de moins de temps pour s'exprimer.

Si l'on peutse servir de cent chiffres primitifs au lieu de dix, on fera avec deux ce qu'on ne pourroit exécuter qu'avec quatre.

- Si lon applique ces cent chiffres à un vocabulaire mêlé de phrases, on réduit expression d'un mot à moins d’un caractère.

Cependant, la quantité de signes primitifs 8e suffit pas pour diminuer autant qu’il est possible lenombre des caractères nécessaires à l'indication d’un mot ou d’une phrase; car une machine télégraphique produiroit difficilement dix mille signaux différents, ce qui seroit cependant nécessaire, si on vouloit n’appliquer

directement qu'un caractère à chaque

mot, à moins qu'elle n'eût la faculté d’en donner simultanément quatre pour exprimer à la fois chacune des combi.

naisons comprises dans 9999; et, dans cette hypothèse, on ne pourroit éviter une confusion telle qu'elle empêcherort de voir séparément et de reconnoître chaque signe. Mais, lors même qu’on parviendroit à traduire chaque combinaison par un Caractère, On n’auroit pas encore atteint ke but proposé, celui de donner le moins de signaux possible. Une transformation de valeurs dans les nombres peut fournir des formules qui diminuent la quantité des caractères , ef donner avec un seul signal beaucoup de mots ou de phrases combinés ensemble , sans que les mois et les phrases soient prévus.

La longueur du tempa nécessaire pour faire passer des transmissions télégraphiques ne provierit pas seulement du plas ou du moins de vitesse des mouvements de la machine, parce qu'ils se font simul-

tanément sur toutes les stations de la ligne télégraphique, c'est-à-dire que , pendant le temps employé par la troisième station pour donner son signal à la quatrième, la première en donne un second à la deuxième, la quatrième à la cinquième, et ainsi de suite, de manière que les signaux doivent se succéder, comme les oscillations d’un pendule, à la station extrême, lorsque la ligne est remplie de signaux. Mais les obstacles qui naissent des distractions, de l’inattention , de l'inexactitude et des fautes des agents, de l'état de l'atmosphère, de la difficulté d'apercevoir celles des stations qui sont moins bien placées que les autres, apportent des retards qui se multiplient par l'étendue d’une ligne, entravent le passage des dépêches, les empêchent souvent de parvenir promptement à leurdestination ; et il n’arrive qu’une partie dés : signaux qui eût suffi pour rendre la dépêche entière si l'on eût pu la faire plus courte. |

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