CHAPITRE IT
Télégraphe suédois.
Le plus grand nombre de ceux qui ont voulu faire des télégraphes ont cru avoir trouvé ce qu'ils cherchoient lorsqu'ils ont pu apercevoir, à quelque distance, des
objets formés de manière à donner assez
de signes pour faire un alphabet : ils n’ont pas prévu qu'il falloit que ces signes ne fussent pas seulement visibles dans un temps et dans une situation donnés, mais qu'ils le. fussent le plus long-temps, le plus loin, et dans le plus de positions possible; que leur nombre fût en raison
. des stations qu'ils sont destinés à fran-
chir, et que dans quelque saison et quelque pays que l'on soit, l'état de l’atmosphère ne laisse pas toujours assez de temps disponible aux opérations télégraphiques , pour que ce ne soit pas une condition nécessaire à un bon télégraphe
166 | MISTOÏRE d'employer le moins de signes pour exprimer le plus d'idées possible.
M. Endelerantz, auteur du télégraphe suédois, a senti la justesse de ces observations ; il a fait un grand nombre d’expériences pour développer une idée qui n'avoit été qu'indiquée avant lui : celle des trappes dont l'élévation ou l’abaissement font paroître ou interceptent la lumière. Il a mis beaucoup d'habileté et d'instruction dans l'emploi de ce moyen à l'usage de la télégraphie. Il commença son travail en 1794, et, après avoir fait beaucoup de tentatives qui le conduisirent à esquisser des télégraphes, dont les uns ressemblejent au télégraphe françois, et les autres en étoient tout-à-fait différents, il en établit un dont la forme étoit une longue perche verticale, sur laquelle étoient fixées deux traverses égales entre elles, et mobiles sur leur axe; chacun de ces deux indicateurs pouvoit prendre les situations verticales ou horizontales, et deux positions inclinées de quarante-
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cinq degrés en haut ou en bas; ces mouvements produisoient seize figures qui suffisoient pour former l'alphabet suédois, où plusieurs lettres ont à peu près le même son. ( Planche XXVI, Fi 1g. 1.) Cette machine, quelque simple qu’elle soit, fut abandonnée parce qu'elle ne produisoit pas assez de signes. Il essaya de coucher sa perche horizontalement, et d'y attacher trois ailes (Fig 2.); après plusieurs autres modifications, il l'abandonna, et 1l fixa son choix sur une machine. à trappes composée d’un cadre, dont l’intérieur est rempli par dix volets placés à égale distance l’un de l’autre , et sur trois rangées verticales, dont celle du milieu en contient quatre; ces volets sont fixés chacun sur un axe qui tourne dans des trous pratiqués aux côtés du cadre ; ils prennent une position verticale . ou horizontale, d’après les mouvements qu’ils reçoivent par ces axes, et, eh s'ouvrant ou se fermant ainsi, ils produisent
mille vingt-quatre signaux. ( Fig. 3.)
M. Endelerantz eût pu leur faire exprimer tous les nombres possibles ; mais il craignit d'émettre dans ses signaux trop d'incertitude, parce qu'il ne falloit pas seulement, en notant les signaux, observer quel volet étoit visible, mais encore dans quel ordre il l’étoit devenu.
M. Endelerantz apporta beaucoup de soin dans l'exécution de sa machine, pour en rendre les mouvements faciles et sûrs, et prendre des mesures pour lever une partie des obstacles que la pratique de l'art télégraphique fait apercevoir; mais il ne s’éleva pas au-dessus du système alphabétique. |
Il observa qu'il étoit avantageux de mettre entre ses volets un intervalle plus | grand que leur diamètre, pour empé- . cher qu’ils ne fussent confondus ensemble; que la tendance à la confusion est - plus grande dans la direction horizon-.
tale que dans la verticale, et.qu'il faut conséquemment éloigner les volets en-
core davantage.
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Pour rendre son télégraphe de jour utile pendant la nuit, M. Endelerantz employa une lanterne de fer-blanc qui n’avoit, pour laisser passer la lumière, que deux ouvertures fondes placées aux deux côtés correspondants, et couvertes avec du mica très transparent : deux quarts de cercle en fer-blanc , adaptés aux deux côtés de la lanterne, tiennent à l'axe, de manière à être élevés sur les trous de la lanterne, et à retomber par leur propre poids, suivant qu'on veut montrer ou cacher les feux : il fixa ces lanternes à la place des volets, sur le cadre vertical, dans le même ordre entre elles que les volets; les fils qui partent de chacune d’elles se réunissent au pied de la machine, comme pour le télégraphe de jour; et il assure que ces lanternes ont été employées avec avantage et sûreté à la distance de trois milles suédois, les flammes étant d’un pouce, leur distance entre elles de sept pieds, et les télescopes grossissant soixante fois.
Les premiers essais du télégraphe suédois furent faits entre Drottningholm et Stockholm, le 30 octobre 1704, le 30 août et le 18 octobre 1795.
Trois télégraphes ont été placés, pendant le printemps de 1796, pour servir à la correspondance des deux bords d’Aland, à trois milles et un quart de distance (huit lieues de France).
Lors des essais faits en 1794, on fit ‘passer au roi, le jour de sa fête, un quatrain dont voici la traduction : « En of- « frant au roi les vœux d’un peuple dont ‘« l'amour fait la gloire, ce nouvel in- « terprète consacre à jamais son utilité. »
(Note 8.)
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