CONCLUSION
L'énouérarion des télégraphes anciens et modernes que nous venons de développer, n'est pas à beaucoup près complète : nous n'avons fait mention que de ceux qui ont eu quelque publicité, et sur la longue liste de machines à signaux, qui ont successivement passé sous nos yeux, nous n'avons remarqué aucune amélioration importante. Toutes, à l’exception du télégraphe françois, ont été frappées en naissant d’une stérilité dont on a lieu d’être étonné; car enfin un télégraphe n’est pas un œuvre si étonnant, pour qu'on ait mis tant de temps à l’enfanter ; et ceux qui, depuis plus de trente ans, se sont occupés à perfectionner ou à remplacer le télégraphe françois, possédoient les talents nécessaires pour y
DE LA TÉLÉGRAPHIE. 109 réussir ; mais un télégraphe paroît une chose si facile à composer que peu de personnes ont fait une étude sérieuse de ce travail. Il est si naturel de croire par analogie , que le moyen de correspondre un moment d'une station avec un autre étant trouvé, l'on peut, en répétant le même procédé, de station à station, étendre à volonté l’espace qui doit être franchi avec des signaux! Personne ne se doute que l’état de l'atmosphère et la nature des lieux font naître dans l’exéeution des obstacles imprévus , qui nécessitent des changements dans les moyens d'exécution , et des notions nouvelles ; ces notions ne sont données que par l’expérience. C'est à son secours que les auteurs du télégraphe françois doivent le succès qu'ils ont obtenu. On a dù remarquer la longueur du temps qui s’est écoulé depuis leurs premières expériences jusqu'au moment où la ligne de Lille a donné ses premiers résultats. La pre-
200 HISTOIRE mière époque jusqu’à l'expérience faite.
par les commissaires de la Convention, a été remplie par des essais souvent renouvelés, qui ont forcé les auteurs du télégraphe de se livrer à beaucoup de travaux différents, et à faire des sacrifices pécuniaires très considérables. Mais il est étonnant combien la seconde époque, qui est celle de l'établissement et de l’organisation de la ligne de Paris à Lille, a. été difficile à remplir; combien d’activité, de fatigues, de ressources il a fallu employer pour aplanir les obstacles imprévus qui se reproduisoient sans cesse dans un travail inconnu jusqu'alors, et combien de craintes et d’inquiétudes leur a fait éprouver l'incertitude où ils étoient de réussir : la mort planoit alors sur toutes les têtes !
Parmi ceux qui ont entrepris d'établir des télégraphes, aucuns ne se sont trouvés dans de pareilles circonstances ; personne n'a fait un apprentissage aussi pé-
DE LA TÉLÉGRAPHIE. 201 nible ; et c’est parce qu'on a dédaigné d'apprendre des choses qu'on croyoit trop faciles, que les tentatives faites jusqu’à présent ont été mfructueuses.