FIN DU LIVRE TROISIÈME ET DERNIER
Le major Boucherœder assure, dans un ouvrage imprimé à Hanau, en 1795, intitulé l'Art des Signaux , que cet art remonte jusqu’au temps où l’on voulut construire la tour de Babel, élevée l'an du monde 1756, et que l'Écriture sainte nous apprend que cette tour avoit principalement pour objet d'établir un point central de communication par signaux, entre les différentes contrées habitées par les hommes. | |
Il croit aussi que l’on se servit de colonnes de feu et de fumée pour conduire les Israëlites dans le désert, lors de leur sortie d'Égypte, l'an du monde 2454.
Cette anecdote sur la destination de la tour de Babel, est un trait de lumière pour expliquer la confusion des langues : il n'est pas
surprenant que les peuples n'aient pas pu s'entendre factlement à des distances éloignées , lorsque l’art télégraphique étoit encore dans son enfance.
VAR LLARARIRGCALR ES DO VILA LAPBLLRE D AI VIIS LEAALN SARL LS LAS VAR TE
Os trouve dans les /nstitutions militaires de V'égèce, qui vivoit au cinquième siècle, un télégraphe auquel un auteur françois moderne s’est plu à supposer les conditions nécessaires pour exprimer toutes les idées. Végèce dit qu’on faisoit usage quelquefois dans les Gaules de longues pièces de bois placées sur Îles tours des villes'et des châteaux, pour connoître ce qui se passoit dans des lieux éloignés : « Aliquanti in castellorum, aut urbium « turribus, appendunt trabes quibus, aliquan- « do erectis , aliquando depositis , indicant « quæ geruntur. » (Vécèce, Lib. 1, n° 50.) Végèce n’en dit pas davantage : l’auteur de
V'Etat de la Gaule au cinquième siècle a paraphrasé ce passage, pour faire de ces pièces de bois un telégraphe semblable à celui dont on se sert en France. Il a conséquemment ajouté au texte : « On construisoit une ma- « chine formée de longues pièces de bois, mo- « biles en tous sens, et susceptibles de diffé- « rentes configurations ; ces branches se lè- « vent et se baissent ; elles agissent isolées ou « conjointement; elles se joignent ou se sé- « parent; et dans chacune de ces positions , « elles contiennent un sens dont la significa- «tion n’est connue que de ceux qui sont in1u tiés à ce langage.
« Ce doit être une espèce de merveille que « de voir ces bras de bois se mouvoir dans les «airs, pour y tracer , comme sur une toile, « des caractères intelligibles. » (*)
Pour faire ce roman , l’auteur de l'État de la Gaule a été chercher dans Cassiodore , qui vivoit près d'un siècle après Végèce, une des-
(*) Etat de la Gaule au cinquième siècle, t. 1”, p. 26r et 262.
cription où il n'etoit question que du talent d'un pantomime dont le nom même y est exprimé. |
« Pantomimo igitur cui a multifaria imita- « tione nomen est, quum primum in scenam « plausibus invitatus advenerit. Assistunt con- « soni chori diversis organis eruditi : tunc illa « sensuum manus oCulis canorum carmen ex- « ponit, et per signa composita , quasi quibus- «dam ltteris edocet intuentis aspectum : in « illaque legentur apices rerum ; et non scri- «bendo facit, quod scriptura declaravit. »
(Gassionore , Lib. 1v, epist. 51.)
Et pour pouvoir faire l'application: de ce passage , l’auteur de la Gaule au cinquième siècle n'en a cité que les quatre dernières lignes. Ces poutres haussées ou baissées n’apprenoient que des avis prévus, et servoient à faire ce que faisoient les flambeaux pendant la nuit. Depuis Végèce, l’histoire n’en fait aucune mention.
Voici une réfutation anonyme de l’assertion mensongère faite par l’auteur de l’État des
Gaules au cinquième siècle. (Journal de Paris, 11 août 1813.)
A M. le rédacteur.
Paris, le 25 juillet 1813.
Monsieur, votre intention n’est pas de propager l'erreur; c'est pourquoi j'espère que vous voudrez bien publier cette lettre, qui réparera une erreur échappée à l’un de vos collaborateurs , le 20 de ce mois. Il a dit, en parlant de l’ouvrage de M. Fournel, État des Gaules au cinquième siècle : « Les lecteurs « qui n’ont qu’une idée superficielle de l’état « de la Gaule au cinquième siècle , seront sur- « pris d'apprendre que nos ancêtres étoient « aussi avancés que nous dans la civilisation, « et qu’ils connoissoient la plupart des décou- « vertes dont nous tirons vanité. Nous n'en « citerons qu'un exemple rapporté par Four- « nel. »
Dans l'exemple cité, cet écrivain dit : « Sur le haut des tours d’un château, d’une ville, ou sur toute autre éminence, les Gaulois construisent une machine formée de longues pièces
de bois, mobiles en tous sens, etc. » Monsieur votre collaborateur reconnoît dans cette traduction ou paraphrase d’un texte de Végèce (Lib. ur, c. 5), qu'il rapporte plus bas, une espèce de télégraphe; ce qui est exact.
Mais il auroit dû faire observer que Végèce n’a pas écrit une seule fois dans ce cinquième chapitre , le mot Gall. Rien ne donne même à soupconner quil ait voulu parler des Gaulois dans le passage cité , qui commence même par le-mot aliquanti, qui est des plus vagues. C’est par erreur encore, qu'à la suite du texte de Végèce, on en cite un de Cassiodore (Lib. 1v, epist. 51), comme ayant rapport aux signaux des anciens. Si l’on eût rapporte le passage entier , les lecteurs auroient vu qu'il n’y étoit question que des talents du pantomime, dont le nom même y est exprimé...
« Pantomimo igitur cui multifaria imitatione « nomen est, cum primum in scenam plausi- « bus invitatus advenerit. Assistunt consoni « chori diversis organis eruditi : tunc 1lla sen- « sauum manus oculis canorum Carmen expo- « nit, et per signa composita, quasi quibus-
NOTES. 211 « dam hitteris edocet intuentis aspectum : in « illaque leguntur apices rerum ; et nou scri- « bendo facit quod scriptura declaravit. »
J'ai l'honneur d’être, etc.
RP AAA LR
VOA LR L/R V'LR AR VLRIR ARR LAVE 0/8
NOTE 2 bis.
Lxs observations extraites de l’exposé des opérations faites en 1787, pour la jonction des observatoires de Paris et Greenwich, par MM. Cassini, Méchain et Legendre, peuvent servir à faire connoître quel parti on pourroit tirer pour la télégraphie des feux de Chine et du Bengale.
Page à, il est dit : « Quoique cette partie de la Manche, appelée vulgairement le Pas de Calais, soit infiniment resserrée , et ne sépare les côtes de France et d'Angleterre que par un intervalle d'environ dix-huit mille toises, dans l’endroit le plus étroit du canal; néanmoins comme les deux côtes, après s’être
extrêmement rapprochées, deviennent ensuite très divergentes, 1l n'est pas aussi facile qu’on le pense d'abord, .de les joindre ensemble par des triangles qui offrent en même temps et de longs côtés et de grands angles.
L’éloignement des objets, et plus encore les brouillards et les vapeurs que la mer élève entre eux, augmentent considérablement les difficultés de cette liaison. La méthode proposée par les Anglois, de se servir de feux, que leur éclat et leur force rendent visibles à des distances considérables, obvioit en grande partie à ces inconvénients : il fut donc convenu qu'à certains jours, et à certaines heures fixées, nous allumerions des feux en différents endroits de la côte de France, et que le géné- | ral Roy, prenant différentes stations sur la côte d'Angleterre , observeroit les angles entre nos feux. Pareils signaux devoient être donnés sur la côte de Douvres , et de notre côté nous devions, sur celle de France, observer les angles respectifs. Les commissaires anglois avoient eu l'attention d'apporter avec eux la quantité de boîtes à feux, et tout l'appareil
nécessaire pour cette correspondance de signaux, même des réverbères, dont on verra que nous fimes usage avec grand succès. »
Pages 4 et suivantes : « J'établis au Blancnez, dans la chambre basse du corps de garde, tout l’attirail de mes feux, et mes instruments. Après avoir bien considéré à l'extérieur l'emplacement le plus favorable pour faire les signaux au général Roy, je fis élever à deux pieds de l’angle sud de la petite écurie, un mât de six pieds de hauteur sur lequel devoit brüler la boîte à feu ; au-dessous étoit attachée, par un collet, une lanterne à réverbère mobile, et tournant de tous côtés, pour être dirigée sur différents points de la côte d'Angleterre et de la nôtre. La position du mât étoit telle qu'il püt ètre apercu du général Roy, dans ses diverses stations , ainsi que de MM. Méchain et Blagden, d’autant que nous avions des signaux respectifs à nous donner, et que nos feux devoient ètre allumés, les uns après les autres, à des intervalles de temps déterminés.
« L'établissement de M. Blagden, à l’angle
sud de la galerie haute du clocher de Notre- Dame de Calais, avoit demandé un peu plus de précaution , à cause des toits, des plombs et de la charpente, qu'il falloit garantir de toute atteinte de ces feux, dont la combustion est très vive, trés subtile, et trés difficile à éteindre. Le chandelier de cuivre qui portoit la boîte à feu étoit établi au milieu d’un grand baquet rempli d’un lit de terre glaise , et d’une couche d'eau par dessus; une grande plaque de fer-blanc étoit posée entre le feu et le clocher, pour arrêter et intercepter toute étincelle que le vent auroïit pu y porter. |
« Pareilles précautions furent prises par M. Legendre, sur la plate-forme supérieure de la tour de Dunkerque... De l'époque du 29 septembre au 18 octobre, la correspon-dance des signaux aux jours et aux heures convenus fut exécutée avec l'exactitude la plus complète , et un succès que nous n'avions pas même osé espérer. En effet il est surprenant que dans l'intervalle de près de trois semaines, dans une saison qui a été remarquable par les mauvais temps qui ont régné,
des signaux faits à jours et à heures nommés, aient presque tous réussi. Les pluies affreuses et les tourbillons de vent que nous éprouvions nous faisoient quelquefois desespérer, pendant tout le jour, de pouvoir allumer nos feux, et être aperçus des diverses stations ; mais la force et la vivacité de ces feux est telle que, même au travers la pluie et les brouillards, ils s’apercevoient encore à de grandes distances.
« Nous laissons aux commissaires anglois à fäire connoître la composition de ces feux singuliers, qu'ils tiennent des Indiens, mais qu'ils ont perfectionnés : nous ne parlerons que de leurs effets.
« Le général Roy nous avoit donné deux espèces de boîtes à feux, les ‘unes de quatre pouces carrés sur dix pouces de longueur ; les autrés rondes d’environ dix pouces de diamètre sur quatre pouces de hauteur. Celles-ci contenoient la mème matière que les autres, mais en plus grande quantité, et devoient servir pour de grandes distances. Ces boîtes étoient d’une volige extrémement mince, re-
liées avec de la ficelle ; à la surface supérieure étoit pratiqué un trou recouvert d’un papier collé, que l’on crevoit pour introduire la mèche, et mettre le feu à une poudre jaune extrémement fine, et qui s allumoit avec la promptitude de la poudre à canon, mais sans explosion. Les parois de la boîte brüloient en même temps que la matière, ce-qui étoit absolument nécessaire pour ne pas cacher le foyer de la lumière produit par une flamme très vive, mais qui ne s’élevoit guère plus que celle d’une torche, ou d'un très gros flambeau de poix. Le temps de la combustion des plus grosses boîtes u’excédoit pas deux minutes trois quarts; ni le vent ni la pluie ne pouvoit les éteindre. Du cap Blancnez, le 29 septembre, j'ai apercu, à la vue simple, le feu allumé à Dunkerque , aussi brillant que Vénus à l'horizon dans sa grande clarté. La distance est de vingt - trois mille toises. Le 6 octobre, par un temps couvert et brumeux, au travers de la pluie qui tomboit de temps en temps , M. Méchain apercut distinctement , à Ja vue simple, les feux du général Roy, allumés
NOTES. 217 près d’Oré, à la distance de quarante milles, d’où l’on peut présumer que, par des temps favorables et sur des lieux suffisamment élevés, on apercevroit ces feux à quatre-vingts milles de France. Mais ce qui paroîtra peutêtre plus extraordinaire, c'est qu'une simple lampe de quinquet, placée devant un réverbère, ait été aperçue de Montlambert à Lid, dans la lunette du quart de cercle de M. Méchain; elle paroissoit comme une étoile de la huitième grandeur; la distance des deux lieux est cependant de trente mille toises :
on peut juger par là du parti que l’on peut tirer de cette espèce de signaux dans les opérations géographiques , où ils peuvent procurer une plus grande perfection dans les points, que celle qu'on obtient de l'observation en plein jour des flèches des clochers, ou d’autres objets souvent mal distincts et dont l'apparence varie sans cesse.
« Le réverbère, à plus de vingt milles de distance, ne me paroissoit que comme uu point lumineux que le moindre mouvement faisoit disparoître.»
DA LAD ARE L'U/DLIAR LAR QAR D SLR RL /R LE RAR RS LR LL LL E RS LAS VS DD
KrrcHer, dans son livre intitulé 4rs magna lucis et umbræ, se vante de pouvoir, à l’aide d’un appareil très simple, sans peine, sans le moindre danger d’être decouvert, correspondre avec un ami à la distance de trois milles d’Itahe, ou douze mille pieds.
« C’est, dit ce jésuite, une invention extra- «ordinaire, admirable , et digne de la curio- « sité d’un roi; on peut ainsi non seulement « communiquer au loin les pensées les plus « secrètes de son cœur, mais transporter jus- « que sous les yeux d’un ami, à une distance « énorme , son profil ou sa silhouette dessi- « née sur une muraille.
« Le premier et indispensable instrument, « c'est un miroir qui ne doit pas étre de verre, « ni de cristal, et encore moins d'acier. En « effet, l'acier se rouilleroit par l'humidité, «et la surface en seroit promptement alté-
« rée, l'encre ou les autres liquides destinés « à tracer les caractères n’y prendroient pas « bien. Les miroirs de verre ont l’inconvé- « nient de produire deux réflexions qui ren- « dent, à une certaine distance , les images « confuses ; 1l faut donc se servir d’une com- « binaison de métaux formant une surface « polie, inaltérable , et sur laquelle on puisse « écrire.
« Le second instrument est an verre gros- « sissant ou lenticulaire : il seroit à désirer « qu'on püt le tailler suivant une courbe hy- « perbolique. Il doit avoir six pouces de dia- « mètre ; plus le diamètre est considérable, « et plus il reçoit et renvoie de rayons.
« Le troisième instrument est le support du « miroir et de la lentille, en forme de paral- « lélipipède, avec une rainure ou une entaille « au milieu de laquelle les verres peuvent « tourner dans différentes directions , et se « fixer au besoin : le pied de ce support est « fort court, afin qu'on puisse le poser sur « une fenêtre. |
« Un miroir concave seroït fort bon, parce
« qu'il grossiroit l’image, et la rendroit plus « nette ; mais, dit Kircher, les miroirs plans « sont plus faciles à se procurer.
« À quelle distance les images peuvent- « elles se réfléchir, et se projeter comme « l'ombre sur un mur ? Cela dépend du vo- « lume de la lumière réfléchie. Les rayons « du soleil sont ceux dont la réflexion agran- « dit, et par suite affoiblit le moins les ima- « ges; au contraire les réflexions d’une lu- « mière artificielle ne saurotent atteindre une « très grande distance, sans finir par dispa- « roître, à cause de sa dilatation et de sa di- « vergence. »
Kircher s’est assure par expérience, qu'un miroir de Cinq à six pouces projette, à la distance de cinq cents pieds, les couleurs d'une image ; en sorte qu'on pourroit lire commodément sur le mur d’une chambre les caractères tracés sur le miroir. « Mon miroir « plan, ajoute-t-il, avoit un demi-palme de « hauteur ; le diamètre de la lentille étoit le « tiers de celui du miroir ; si l’on augmente « en proportion la dimension du miroir et
NOTES. 221 de la lentille, on obtient de plus fortes images.
« Si le miroir avoit huit palmes, la réflexion des images pourroit arriver à une distance de douze mille pieds. » (On ne comprend
pas bien ici les calculs de Kircher. )
ES
« C'est une chose tout-à-fait hors de doute, s'écrie le père Kircher; c'est une invention vraiment divine! Correspondre ainsi avec un miroir à une distance de douze mille pieds, c'est un paradoxe qui semble surpasser toute croyance humaine. Je n’ai communiqué ce secret qu’à un seul homme
sur la terre, et lui seul aussi peut certifier .
la vérité du fait. | « Un inconvénient grave qui se présente,
c'est que les images des. objets s’affoiblis-
sent à mesure de l'éloignement, et que le reflet en devient imperceptible, à moins qu'on ne le fasse entrer dans une chambre
: obscure. Un autre inconvénient qui semble
irrémédiable , c’est que les images, à mesure qu'elles s’affoiblissent ,; acquièrent de la hauteur, et que des lettres, par exem-