‹ Histoire de la télégraphieChapitre 6 sur 38 · LA | HISTOIRE · texte numérisé non relu

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seroit exprimé par les onze chiffres suivants : IIOTIOO1O10. (*)

Le lecteur doit éprouver de limpatience en voyant le tableau des efforts infructueux faits pour produire un bon télégraphe ; la cause du peu de succès de ces tentatives, est qu'elles n’ont pas eu pour bases des expériences faites avec Soin.

Celui qui, jusqu’au temps où il a vécu, a approché le .plus près des vrais principes de l’art télégraphique, est le célèbre Robert Hooke ; il substitua aux drapeaux et aux pavillons, les formes des corps opaques isolés dans l'atmosphère. On trouve dans un de ses discours qui fut lu, en 1684 , à la Société Royale de Londres, des remarques sur la manière de placer les stations; sur le plus ou moins de lu- .

mière qui éclaire les machines, suivant leurs différentes positions; et sur la direction du rayon visuel, qui sont le ré-

(*) Mémoire de ? Académie des Sciences , an. 1741.

sultat d'observations faites par un physicien habile. Mais la machine dont :il voulut se servir, et la manière d'appliquer ses signaux aux idées, étoient très défectueuses : des planches peintes en noir , élevées au milieu d’un châssis, formoient ses signaux ( Planche PT; elles exprimoient les lettres de l'alphabet et quelques unes des phrases nécessaires pour diriger les stationnaires dans l’exécution de leurs manœuvres.

Le hissement successif de ses figures, qu'il faut attacher, hausser, baisser, détacher chaque fois qu’on change delettres, est fort long et fort incommode, et il paroît que Hooke n’avoit pas encore réfléchi à l'application des signes, puisqu'il ne s'étoit pas élevé au-dessus du système alphabétique.

Il avoit voulu employer à peu près les mêmes moyens pour un télégraphe de nuit, mais on ne connoît pas de quelle manière 1l s'en servoit. Derham, éditeur des ouvrages posthumes de Hooke, dans

lesquels se trouve le discours sur la télégraphie, fait observer que ce n'est pas la faute de l'éditeur, si l’on trouve de l'obscurité ou quelque chose d’inintelligible dans les explications de Hooke. Le manuscrit de l’auteur avoit des feuilles déchirées , et des pages d’une écriture illisible. C'est surtout pour le télégraphe de nuit que ces lacunes se font sentir : « Si « on travaille de nuit, dit Hooke, on « supplée aux caractères de bois par des « flambeaux ou de forts lampions dis- «posés dans un certain ordre, et qui, « suivant qu'on les fait paroître et dis- « paroître, représentent l’un des carac- « tères convenus. De cette manière on « peut figurer toutes les lettres possibles, « très clairement et sans équivoques. »

L'auteur n'avoit probablement pas fait d'expériences avec son télégraphe de nuit :

la planche gravée jointe à son discours indique à peu près l’ordre dans lequel il avoit le projet de placer les flambeaux et les lampions ( Planche VIT ); cette mé-

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thode seroit impraticable , les feux se confondroient ensemble, et ne formeroient aucune figure distincte, à moins qu’ils ne fussent à une distance considérable les uns des autres, ce qui seroit impossible dans son système.

Le marquis de Worcester, qui vivoit avant Hooke, et qui avoit aussi une 1magination très féconde, prétendit avoir découvert cent machines nouvelles, et il demanda, sous le règne de Charles 11, une somme d'argent pour les publier: elle lui fut refusée. On a dit que le télégraphe et la pompe à feu faisoient partie de ces machines ; mais il ne nous est rien resté du résultat de ses recherches. (*)

. Des Anglois voulurent, en 1747, employer l'électricité pour établir des communications télégraphiques.

Le docteur Watson, assisté de Folkes, Cavendish, Berwis, Graham, Birch,

(*) Voyez Curiosités de la Littérature, traduction de Bertin, p. 58.

Daval, Trembley, Ellicot, Robin, et Schort, a fait, les 14 et 18 juillet 1747, sur la Tamise, des expériences dans lesquelles on se servit pour s'entendre, d’une rive à l’autre, de la décharge de batteries électriques. Les deux observateurs étoient à deux milles anglois l’un de Yautre. L'expérience démontra que la matière électrique pouvoit parcourir un espace de quatre milles anglois en un clin d'œil.

On a donné dans le Dictionnaire encyclopédique la description d'un télégraphe qui a quelque ressemblance avec celui de Hooke : elle consiste à découper .

sur six tablettes six figures; on couvre les parties découpées d’un papier très mince et huilé; chacune de ces tablettes prend quatre positions différentes pour.

représenter quatre lettres de l'alphabet ; on expose au milieu d'un châssis percé à jour la tablette qui désigne la lettre qu’on veut indiquer, et on s’éclaire pendant la

__ DE LA TÉLÉGRAPHIE, 49 nuit par des flambeaux placés derrière.

( Planche VIII. )

Ce moyen a sur celui de Hooke lavantage de n'employer que six indicateurs au lieu de vingt-quatre.

Il rappelle les combinaisons formées par Sébastien Truckhet avec deux pavés, mi-partie en couleur par leur diagonale.

Ce savant s’'aperçut, en faisant paver :

une chapelle avec des carreaux de deux couleurs chacun, qu'il y avoit soixantequatre manières différentes de placer deux de ces carreaux en rapport l’un avec l'autre; l’un des deux peut prendre quatre situations dans chacune desquelles l’autre peut changer seize fois de position (*).

( Planche IX.)

Truchet ne pensa pas à se servir de sa découverte pour faire un télégraphe; il eût présenté un moyen plus simple que

ner

(*) Voyez l'Histoire de l'Académie des Sciences, année 1704.

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ceux décrits dans les deux paragraphes précédents.

Nous n'avons pas encore trouvé de Français parmi ceux qui se sont occupés de l’art des signaux; mais à la fin du dix-septième siècle, Amontons fit deux expériences télégraphiques, et transmit des signaux à une distance peu éloignée.

Fontenelle fait remarquer qu’en multipliant les stations on eût pu envoyer des dépêches de Paris à Rome; mais il igno- roit combien il est différent de transmettre une dépêche directement d’un lieu à un autre, ou de la faire passer par un grand. nombre de stations intermédiaires pour arriver à sa destination. Amontons n’avoit jamais fait cette expérience, et il ne nous reste aucune notion sur la machine dont il s'est servi ; nous savons seulement qu’il employoit le système alphabétique.

Marcel, commissaire de la marine à Arles, présenta au roi, en 1702,un mémoire dans lequel il annonçoit avoir

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trouvé le moyen de transmettre jour et nuit un avis imprévu à deux lieues de distance, dans l’intervalle de temps qu'il eût fallu pour l'écrire. Il annonce avoir fait plusieurs expériences à Arles, et qu'il a envoyé le dessin de sa machine au ministre du roi, parce queses facultés ne lui permettoient pas de faire faire le transport desa machine même d'Arles à Paris.

La machine et le dessin ont été perdus ; il ne nous en a pas même laissé la description ; il vouloit que sa méthode ne fût publiée que lorsqu'elle auroit été adoptée par le roi. |

Nous ignorons si c’est la manière d’Amontons que Guyot nous a transmise dans ses Récréations mathématiques. I] ne prétend pas en être l’auteur, et personne avant lui, si ce n’est Amontons, ne sétoit occupé en France de télégraphie, excepté Marcel, dont les moyens télégraphiques ont toujours été inconnus.

La description de Guyot est à peu près celle que Paulian, si l'on en croit plu-

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sieurs auteurs, a insérée dans son Dictionnaire de Physique. 1] propose de découper dans un grand chässis peint en noir , de vingt pieds carrés , une croix de quatorze pieds de long et de trois pieds de large; eet espace vide peut être-ouvert ou fermé en tout ou partie avec des trappes; louverture et la fermeture des trappes procure deux cents combinaisons diverses; les espaces vides sont traversés le jour par la lumière du soleil, et la nuit par celle des flambeaux,

Bockmann, auteur allemand dont nous avons tiré cette description, parce que nous n'avons pas trouvé cet article dans le Dictionnaire de Paulian , propose contre ce moyen beaucoup d’objections très raisonnables. Nous verrons cependant par la suite que les Anglois se sont emparés de cette idée pour faire eur premier télégraphe.

Le savant auteur de r Origine. de tous les Cultes présenta, en 1778, au ministère un projet de télégraphe alphabétique.

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Ce ne fut que dix ans après qu'il en fit l'essai à Ménil-Montant, pour correspondre de sa maison à celle d’un ami qu'il avoit à Bagneux.

Lorsque le télégraphe de Chappe fut présenté , en 1792, à l'Assemblée législative, Dupuis, qui en étoit membre, abandonna son travail.

” Linguet ne fut pas plus heureux auprès du gouvernement en 1783, que Dupuis ne l’avoit été en 1778. Il offrit au ministère françois, en 1783, pour sortir de la Bastille «un moyen de transmettre, aux « distances les plus éloignées , des nou- « velles de quelque espèce et de quelque « longueur qu'elles fussent, avec une ra- « pidité presque égale à l'imagination. »

Il se servoit, à ce qu'il annonce, d’un instrument très commun dans les ateliers dé menuiserie ; on ne sait pas quel il est, et comment il le faisoit agir. IL fut fait une expérience devant des commissaires nommés par un miniètre. Linguet dit que cette expérience réussit; le projet ne fut

pas adopté, il n’est resté aucune trace de son procédé. Cependant un auteur allemand a osé publier, et plusieurs autres.

ont répété après lui, que MM. Chappe avoient mis en exécution ce projet qui, disoient-ils, avoit été trouvé par Robespierre dans les papiers de Linguet, lorsqu'il fut guillotiné. Cette anecdote est évidemment controuvée, puisque le télégraphe Chappe fut présenté à lAssemblée législative en 1792; et que ce n’est qu’au mois d'octobre 1793, que Linguet fut arrêté. Il ne fit aucune réclamation pendant l’année qui s'écoula depuis la publicité qu'on donna à la nouvelle invention télégraphique, jusqu’au jour où il fut enfermé, et cependant beaucoup de personnes n’ont pas craint de s’en dire les auteurs.

M. de Courrejolles entre autres a inséré dans la Chronique universelle, « quil « prit, en février 1783, les îles turques « situées à trente lieues nord-est du Cap « François, quoiqu’elles fussent entourées

EN

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par l’escadre de l'amiral Hood. Il fut forcé d'employer tous les moyens qu’il put imaginer pour surveiller les mouvements de l'escadre : au nombre de ces moyens étoit un télégraphe placé sur la montagne la plus haute des îles; il lui servit à s'opposer aux tentatives des troupes qu’une division de l’escadre du commodore Nelson mit à terre. Le télégraphe donna des ordres partout , et par ce moyen les dispositions préparées par M. de Courrejolles réussirent si bien que les Anglois furent obligés de se rembarquer dans la journée.

« Enhardi par ce succès, l’auteur proposa au ministre de la guerre de faire manœuvrer toutes les troupes de l'armée par des signaux; mais sa demande fut oubliée.

« À l’époque où son mémoire fut remis au ministre, l'un des frères Chappe vint, dit-il, le trouver au Lycée, et lui demanda comment il donnoit ses si-

« gnaux. M. de Courrejolles lui fit part « de quelques uns de ses moyens, et il « assure qu’ils furent préférés aux autres, « puisque le télégraphe Courrejolles fut « établi sur le pavillon des Tuileries. »

Pour entendre la fin de ce récit, il faut savoir qu'il fut établi déux machines télégraphiques différentes : l’une placée sur le Louvre, et l’autre sur le pavillon du milieu des Tuileries. Ce dernier , que M. de Courrejolles prétend ressembler au sien, avoit été inventé par Monge; on ne s’en est jamais servi; et M. de Courrejolles a acquis assez de gloire aux îles turques pour qu'il ait besoin de revendiquer la paternité d'un enfant mort en naissant.

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