CHAPITRE IIL
Application des nombres aux Signaux.
Les projets que nous venons de faire connoître prouvent que beaucoup de personnes d’un mérite distingué se sont occupées de l’art des signaux. Nous ne voyons cependant pas encore qu’il ait fait beaucoup de progrès : les machines sont mal combinées pour servir à de longues distances ; la manière d'appliquer les signaux aux idées est restée la même depuis plusieurs siècles, et n'a jamais été compatible avec la célérité qu'exige le télégraphe, à moins qu’on ne l'ait destiné à transmettre des phrases convenues.
Bergtrasser, professeur à Hanau , est, à ce que nous croyons, le premier qui ait changé cette manière en employant les caractères numériques pour l'intelli-
gence des signaux sur terre, et qui ait modifié la méthode ordinaire de numération pour en rendre l'usage plus expéditif dans les opérations télégraphiques.
Nous avons dit dans le Chapitre précédent que Bécher avoit employé l'arithmétique binaire, mais ce n’étoit qu'une conjecture.
Bergtrasser a publié, en 1784, 85,86, 87 et 88, sous le titre de Sinthématographie, plusieurs volumes sur les moyens d'écrirede loin. Il paroît qu’il s’est proposé, comme OËneas, de rendre les signaux utiles à la guerre ; et pour atteindre ce but, il emploie l'air , le feu , la fumée, des feux réfléchis sur les nuages, l'artillerie, des fusées, des explosions de poudre à canon, des flambeaux, des vases remplis d’eau, le son des cloches, des trompettes, des tambours, des instruments de musique, des cadrans , des drapeaux, des fanaux, des pavillons, et même la lune, car les expériences de Porta ne lui paroissent pas impossibles.
DE LA TÉLÉGRAPHIE. 5g
On voit qu'il n'avoit pas seulement le projet de faire un télégraphe, mais de rassembler tous les moyens qu'on avoit proposés jusqu'alors pour les joindre à ce qu'il avoit découvert lui-même, sauf à ceux qui voudroient s'en servir à les accommoder au temps et aux circonstances; mais comme chacun de ces instruments télégraphiques ne lui fournit guère qu'un ou deux signaux primitifs, il est obligé de répéter ces signes autant de fois que chaque caractère numérique exprime d'unités : c’est-à-dire de donner un signal pour le chiffre 1 , deux signaux pour le chiffre 2, trois pour le chiffre 3, etc. Pour remédier à cet inconvénient 1l a cru nécessaire de substituer à l'arithmétique vulgaire un autre système de numération qui augmente la quantité des chiffres , mais diminue celle des unités. L’arithmétique binaire et quartenaire de Weigel lui ont donné l’idée d’une formule qui lui est particulière , fondée sur la combinaison des puissances de 4 et 5,
6o HISTOIRE
qu'il nomme par cette raison tessaropentade. Supposons un mot dont la place soit marquée dans le vocabulaire au nombre 9875 ; si l'on vouloit en signaler toutes les unités par autant de coups de canon, groupés par des intervalles pour distinguer les chiffres , il seroit nécessaire de tirer vingt-neuf coups de canon; plus, de laisser trois intervalles entre 9, 8 et 7.
M. Bergtrasser transforme le nombre 9875 par la tessaropentade en celui de 2113333, lesquels, additionnés, donnent 16 unités au lieu de 29; mais il y a quatre intervalles de plus, de manière que la tessaropentade augmente la perte du temps en diminuant le nombre des unités.
Une partie de la sinthématographie contient la manière d'employer tous les moyens télégraphiques que Bergtrasser a recueillis ou imaginés, et l’autre partie est remplie de longs détails sur l’application de sa formule arithmétique, dont nous n’indiquons que le résultat, parce
DE LA TÉLÉGRAPHIE. Gr que l'explication en seroit trop longue, et que nous ne croyons pas qu’elle puisse
être d’une grande utilité pour la science des signaux.