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CHAPITRE IV

Son.

LE parti qu'on peut tirer du son, pour les communications télégraphiques, n’a pas été oublié dans la sinthématographie, puisqu'on y propose d'employer le canon, les tambours, les trompettes et les cloches; on n'a cependant pas donné à l’explication de ce moyen tout le développement dont il est susceptible.

Nous avons déjà fait mention des sigaaux de voix employés du temps de

.… César , et de ceux de ce roi de Perse qui

communiquoit de Suze à Athènes par la voix des sentinelles qu il avoit placées de distance en distance ; il n'employoit pour franchir. cet espace que quarante -huit heures ; Diodore de Sicile assure même que les dépêches parcouroient en un jour trente Journées de distance.

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Scheventer en 1636, et Kircher en 1550, ont fait des traités sur les signes auriculaires (*). Ils vouloient parler avec des instruments de musique, en traduisant en notes des lettres de l’alphabet :

on voit maintenant sur les murs de Paris une affiche qui annonce un cours pour apprendre à parler avec le violon.

On trouve dans le septième volume de la collection des Voyages de Bernouilli à Berlin, la description d’un instrument formé de cinq cloches, pouvant exprimer tous les signes de l'alphabet.

Les résultats obtenus par la voix des sentinelles du roi de Perse sont fort exagérés, et ceux indiqués par Scheventer ne peuvent être que très rarement utiles ; mais sil étoit vrai qu'Alexandre eût trouvé le moyen de se faire entendre, par toute son armée, à quatre lieues de distance, il ne nous resteroit qu’à re-

(”) Voyez art. Magna consoni et dissoni et musurgta universalis.

chercher le procédé qu'il a empléyé. On prétend qu’il se servoit d'un instrument auquel on a donné le nom de tuba-stentorophoniqua. Edgervort assure que la figure en a été conservée au Vatican. (*)

Le chevalier de Morland , qui a fait des expériences de ce genre, na pas attint cette perfection ; mais il a inventé des trompettes parlantes, qui donnent au son beaucoup d'intensité. Il en présenta une en 1670 au roi d'Angleterre, de deux pieds deux pouces de long; elle avoit onze pouces de diamètre à l’un des bouts, et deux pouces et demi à l'autre.

Le roi encouragea cet essai, et Morland fit faire une trompette d’airain de quatre pieds et demi de long, douze pouces de diamètre à l’un des bouts, et de deux pouces à l’autre; et afin de pouvoir plus commodément ouvrir et fermer la bouche, sans perdre aucune partie du souffle,

(*) Voyez Transaction Iris academia, vol. vi.

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il plaça au petit bout du tube un appareil destiné à se prêter à tous les mouvements de la bouche, et à l'emboiter de manière à ne pas laisser sortir la voix latéralement. Le roi et la famille royale entendirent très bien, mot pour mot, les paroles qu’on leur adressa d’un lieu situé à un mille et demi anglois, quoique le vent füt contraire. Une troisième et une quatrième trompette en cuivre eurent encore plus de succès; le roi les envoya au château de Deale, dont le gouverneur écrivit au ministre qu’on entendoit la plus grosse en mer, à trois milles anglois du rivage. ( Planche X.)

Les essais de Morland n'ont pas été faits avec une grande précision. Ils lui ont fourni cependant quelques données qui peuvent être utiles à ceux qui feront de nouvelles recherches de ce geure. I assure avoir constaté qu'il est nécessaire que le petit bout de la trompette soit ajusté exactement à l'orifice de la bou-

che, pour empêcher la déperdition du son | 5

qui a lieu lorsque cette ouverture n’est pas parfaitement emboîtée.

Les tuyaux doivent être élargis par degré, et le son augmente en avançant vers l'extrémité du tube.

I] seroit intéressant de connoître jusqu'à quelle longueur cette progression se fait sentir ; dans quelles espèces et dans quelles formes de tuyaux ke son se prolonge le plus; si le poli ou la rugosité des parois intérieures des tubes influe sur la propagation du son. |

Dom Gantey a fait, en x782, quelques essais sur cet objet avec les tuyaux qui conduisent l’eau de la pompe de Chaillot, et il assure qu'avec trois cents tuyaux de mille toises chacun, on feroit passer, en cinquante minutes , les dépêches à cent cmquante. lieues.

Dom Gantey fit paroitre, en 1783, un Prospectus imprimé à Philadelphie, dans lequel on voit qu'il avoit proposé à l'Académie des Sciences deux moyens absolument nouveaux « pour faire parvenir

DE LA TÉLÉGKAPHIE. 67 « une dépêche avec la plus grande célé- « rité. En se servant du premier, dit-il, « on pourra donner un signal à plus de « cent lieues en moins d’une minute, et « ce signal aura le double avantage d’être « prompt et secret, puisqu'il pourra par- « tir d’un endroit fermé, secret et clos, « et parvenir à un heu semblable, sans « qu'on puisse s'en apercevoir dans l'in+ « tervalle : il aura lieu bien plus la nuit « que le jour, eten toute saison , et pourra « se donner et se renouveler à toute heure, « en tout temps, et sans. une nouvelle « dépense; enfin, il pourra se porter à « trente lieues en quelques secondes, « sans stations intermédiaires ; et :l « n'est question ni d'électricité, ni d’ai- « mant. | « Avec le second moyen, dit Gantey.

« Je crois pouvoir me flatter de faire par- « venir l'avis le plus détaillé et l’instruc- « tion la plus longue à cent lieues dans « une demm-heure. »

Ces deux nouvelles découvertes furent

soumises à l'examen de l’Académie des Sciences, et MM. de Condorcet et de Milly, commissaires nommés pour les examiner ; insérèrent dans leur Rapport du 15 juin 1782, sur la première découverte, que le moyen présenté leur avoit paru praticable, mgénieux et nouveau; « qu'il n’avoit aucune analogie avec les « moyens Connus , et qu'on pourroit don- « ner, par Ce môyen, un signal à trente « lieues en quelques secondes, sans sta- « tions intermédiaires; que l'appareil ne « seroit ni cher, ni incommode; qu'ils « avoient mis au bas du Mémoire de dom « Gantey les raisons de leur opinion sur « la possibilité de ce moyen, dont l’auteur « vouloit garder le secret. » Ce secret a été en effet enfermé sous un cachet, sous lequel il est encore dans les archives de l'Académie des Sciences.

Les mêmes commissaires furent nom-

. més pour faire un Rapport sur le second

moyen; mais Gantey les pria d'en suspendre l'examen jusqu'à ce qu'il se fût

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procuré l'argent nécessaire pour faire des expériences en leur présence. Il ouvrit une souscription qui fut insuffisante pour subvenir aux frais que devoit occasionner l'épreuve qu’il vouloit faire, et le Rapport n’a pas eu lieu. Mais Gantey a exposé ce second moyen : « Îl consiste, « dit-il encore, à propager la voix secrè- « tement à une grande distance. Un son « se fait entendre beaucoup plus aisément « lorsqu'il est resserré et retenu dans un « espace étroit, et l'on sait qu'en parlant « à l'embouchure d’un tuyau, quoique « très long, on se fait entendre très dis- « tinctement à l’autre bout; que le son « même de la voix se trouve augmenté « par les répercussions qui se font aux « parois d'un tuyau. Cet effet une fois « reconnu, jusqu'à quel point, jusqu’à « quelle distance peut-il avoir lieu? et « peut-il se porter dans des tuyaux con- « tinus et toujours prolongés? C'est ce « que personne n'avoit cherché à appro- « fondir : on n’a pu jusqu’à ce moment

« s'assurer que d'une longueur de quatre « centstoises, qui est celle d’un destuyaux .« de la pompe de Chaillot; mais on peut « conclure de l'effet qui en résultoit que « le son pourroit s'étendre à une distance « beaucoup plus grande. J'ai fait une «autre expérience dans un tuyau de « cent dix pieds avec une montre; on « entendoit à lautre bout le bruit du « balancier beaucoup plus fort et plus « distinctement que si la montre eût tou- « ché l'oreille. Le même phénomène se « reproduiseit dans les sinuosités d’un «cor de chasse qui faisoit dix tours.

«On pourroïit établir un courant d'air «. dans les tuyaux : le son trouveroit moins « de résistance dans une colonne d’air en- « traînée vers la même direction, et il « recevroit une double impulsion qui «;contribuersit à le porter à une plus « grande distance. Supposons qu'à l'em- « bouchure d’une suite de tuyaux formant « la longueur d’une lieue, un homme, « en articulant quelques mots ; puisse être

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« entendu distinctement à l'autre extré- « mité par un second, qui feroit passer « les paroles par un autre tuyau de la « même longueur à un troisième, et ainsi « de suite , le son, ne mettant guère qu'une « seconde pour parcourir quatre-vingts « toises, fera trois cents lieues dans une « heure. » ( Note 4.)

M. Biot s'est occupé de quelques ur unies des recherches que Gantey se proposoit de faire. Il a lu à l'Académie des Sciences un Mémoire qui contient le récit de plusieurs belles expériences sur la propagatron du son à travers les corps selides et à travers l'air dans des tuyaux très allongés : il y fait connoître que la propagation du son est plus rapide à travers les corps opaques qu'à travers l'air, -et 1l apprécie Ja différence de cette vitesse avec une sagacité et une précision qui prouvent combien nos moderges physiciens mettent de soin et d’exactitude dans leurs obser- vations : « En faisant l'examen de cette « différence, j'eus l'occasion , dit-il, d’ob-

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« server plusieurs phénomènes dignes de « remarque, relativement à la faculté « avec laquelle les sons, même les plus « foibles , se soutiennent et se propagent « dans les tuyaux à une distance où l’on « s'imagineroit difficilement qu'ils pus- « sent être sensibles.

« Dans les premières expériences, à « la distance de 197 mètres, on s’enten- « doit si bien de l’un à l’autre bout par « le tuyau, que cela devint incommode.

« La simple conversation à 2 mètres de « lorifice étoit parfaitement entendue ; « une autre tentative, faite à 395 mè- « tres , ne réussit pas aussi bien ; 1l fallut « crier bien haut; et à une troisième ex- « périence faite à 951 mètres, on enten- « doit à peine la voix, en parlant avec « toute la force possible. Le sôn d’un « timbre et celui d’un marteau ne s’en- «-tendoient plus par l'air; le son seul, « propagé à travers le métal, paroissoit « sensiblement transmis. | « L’extrême facilité avec laquelle on

PR Cas

? 0 ° DE LA TÉLÉCRAPHIE, 73

s'étoit entendu d’abord de 200 mètres, rendoit cet affoiblissement inexplicable. Pour savoir si le son s'affoiblis.

soit dans une proportion aussi forte, j'essayai de détruire ou d’affoiblir les causes du bruit étrangères et voisines, qui pouvoient couvrir le son, et je choisis les heures de la nuit les plus calmes , pour faire de nouvelles expériences : on entendit alors non seulement Îles deux sons du marteau et du timbre, mais la voix même la plus basse , de manière à distinguer parfaitement les paroles pendant une conversation Sulvie. »

M. Biot voulut déterminer ensuite le

ton auquel la voix cessoit d'être sensible , et 1l ne put y parvenir : « Lies mots

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