‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 10 sur 262 · LITRE 1T. S · texte numérisé non relu

LITRE 1T. S

de force que je devais leur donner; il est vrai que je les ai rassemblées trop tard, mais la Constitution ne désigne pas le temps auqud je devais les rassembler; il est vrai que des camps de réserve auraient pu les soutenir, mais la Gon^tution ne m^oblige pas à former des camps de réserve ; il est vrai que lorsque les généraux s'avançaient en vainqueurs sur le territoire ennemi, je leur ai ordonné de s'anéter. mais la G)nstitution ne me piescrit pas de remporter des victoires, elle me défend même les conquêtes... Il est vrai que mes ministres ont continuellentent trompé FAssemblée nationale sur le nombre, la disposition des troupes et leurs a[^rovisionnements, . . . mais la Constitution ne (ait dépendre leur nomination que de ma volonté , et nulle part elle n'ordonne que j'accorde ma confiance aux patriotes et que je chasse les contre-révolutionnaires ; il est vrai que F Assemblée nationale a rendu des décrets utiles et que j'ai refusé de les sanctionner, mais j'en a^'ais le droit... Il est vrai enfin que le despotisme va remettre entre mes mains son sceptre de fer, que je vous en écraserai , que vous allez ramper, que je vous punirai d'avoir eu l'insolence de vouloir être libres; mais j'ai fait tout ce que la Constitution me prescrit, il n'est émané de moi aucun acte que la Constitution condamne. Il n'est donc pas permis de douter de ma fidélité pour elle et de mon zèle pour sa défense. »

De frénétiques applaudissements interrompent l'orateur.

Reprenant aussitôt sa terrible hypothèse, il dicte la réponse que la nation serait en droit de faire, si son roi lui tenait un pareil langage :

« 0 roi, qui avez cru sans doute, avec le tyran Lysandre, que la vérité ne valait pas mieux que le mensonge, et qu'il fallait amuser les hommes par des serments, comme on amuse les enfants avec des osselets ; qui n'avez feint d'aimer la loi que pour conserver la puissance qui vous servirait à la braver, la Constitution que pour qu'elle ne vous précipitât pas du trône où vous aviez besoin de rester pour la détruire, la nation que pour assurer le succès de vos perfidies en lui inspirant de la confiance; pouvez-vous nous abuser aujourd'hui par d'hypocrites protestations?.. • Non, non, homme que la générosité des Français n'a pu émouvoir, homme que le seul amour du despotisme a pu rendre sensible, vous n'avez pas rempli le vœu de la Constitution ! vous n'êtes plus rien pour cette Constitution que vous avez indignement violée, pour ce peuple que vous avez si lâchement trahi. »

De formidables acclamations retentissent à plusieurs reprises et empêchent longtemps Yergniaud de reprendre la parole. L'orateur achève enfin son discours en déclarant qu'il croit encore à la réconciliation de ceux qui sont dans Rome et de ceux qui sont sur le mont Aventin ; il propose de déclarer la patrie en danger, de rendre les ministres responsables de tous les périls intérieurs et extérieurs, d'adresser au roi un message ferme, digne, énergique, mais sans récriminations intempestives, non pas un manifeste de guerre, mais un appel à l'union.

L'Assemblée entière avait été pour ainsi dire subjuguée par la toute-puissante parole du grand orateur girondin. L'impression et l'envoi de son discours aux départements

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