‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 11 sur 262 · LIVRE IV. Î · texte numérisé non relu

LIVRE IV. Î

sont votés sans la moindre opposition. Seulement Cambon laisse tomber mie phrase qui trahit les véritables intentions de la gaudie : « Je demande, dit-il, que sur Timprimé, tout ce que M. Yergniaud a dit sous forme hypothétique soit établi d'une manière affirmative ; car nous devons la vérité au peuple et toutes les suppositions de M. Yergniaud sont des vérités. > Ainsi, Textréme gauche accusait presque de Gsiiblesse celui qui venait de porter un coup mœtel à la roj-auté; elle semblait lui reprocher de n'avoir pas proclamé l'insurreclion et sonné sans le moindre retard le tocsin du 10 août.

3Iathieu Dumas remplace Yergniaud à la tribune.

Pour répondre à un tel adversaire, dans un pareil moment, il fallait réellement du courage, et les historiens qui nous ont précédé ne paraissent pas avoir assez fait ressortir le mérite de Forateur constitutionnel, essayant de raisonner devant une assemblée entraînée parla passion. Le discours de Dumas est sans doute beaucoup moins éloquent que celui de Yergniaud, mais il l'improvisa au milieu d'interruptions fréquentes, le poursuivit avec calme, l'acheva avec dignité.

Dumas s'attache à prouver que les ministres actuels ne peuvent être réputés responsables du mauvais résultat d'un plan militaire conçu par leurs prédécesseurs, que le veto opposé au camp des vingt mille n'a point arrêté l'augmentation régulière de l'armée; que le refus de

sanctionner la loi relative aux prêtres n'est pas la cause des troubles religieux ; que le roi s'est conduit à l'égard de l'émigration comme il le devait.

— Et le voyage de Varennes? crie la gauche, et le veto sur le décret contre les émigrés?

Dumas n'en persiste pas moins à déclarer que l'hypothèse de l'entente secrète du souverain constitutionnel avec les émigrés est une calomnie. Puis il aborde franchement l'éloge de La Fayette, ce héros de la liberté, qu'il n'hésite pas à comparer à Washington , « et qui , comme son frère d'armes et son modèle, est appelé peutêtre à boire jusqu'à la lie le calice de l'ingratitude populaire. » Il conclut en demandant : i*" la question préalable sur la responsabilité dont Vergniaud a voulu charger les ministres ; 2*" l'envoi d'un message au roi et d'une adresse aux Françails.

Quand Mathieu Dumas descend de la tribune, la droite applaudit. Mais la gauche fait entendre des murmures ironiques et même des éclats de rire. Les constitutionnels demandent que le discours de leur ami obtienne aussi les honneurs de l'impression. Mise aux voix, cette motion est rejetée après deux épreuves douteuses. L'Assemblée avait deux poids et deux mesures ; après avoir accordé à l'attaque la plus grande publicité, elle la refusait à la défense. Telle est souvent la justice des partis.

Lo 4 juillet, Jean Debry présenta la rédaction définitive du décret annoncé par la commission extraordinaire.

L'Assemblée se réservait le droit de déclarer la patrie en danger, et cela sans avoir besoin de la sanction

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