LIVRE VII. Î
département s'excuse de ne pouvoir s'éloigner en ce moment. Pétion s'esquive, descend le grand escalier et, sans donner une parole d'encouragement à la garde nationale, inspecte les jardins et les cours, se dirige tout doucement vers l'Assemblée, espérant se faire réclamer par un décret. Comme les représentants sont trop peu nombreux pour rien décider, il se voit obligé, par convenance, de retourner vers le Château; mais il.se garde bien de remonter dans les appartements, et reste sur la terrs^sse, attendant avec anxiété l'heure de la délivrance.
Abandonnons Pétion à ses rêveries et parcourons la ville. La nuit est splendide, et son calme magnifique fait un étrange contraste avec le trouble des âmes. Dans tous les quartiers , les habitants, sur le pas de leurs portes, s'entretiennent des événements du jour, de l'insurrection annoncée à heure fixe, delà déchéance que l'Assemblée^ a refusé même de mettre en discussion. Les opinions sont naturellement très-di visées, on discute avec la plus vive animation, mais personne ne bouge.
Au faubourg Saint-Antoine l'agitation est plus forte que dans le reste de la ville , mais il est impossible de prévoir encore si elle aboutira à un mouvement insurrectionnel. La grande rue est tout entière illuminée, les groupes sont nombreux , surtout vis-à-vis des Enfants- Trouvés , où la section des Quinze-Vingts tient séance. Les agitateurs y tonnent contre l'Assemblée nationale^
qui a affecté de ne pas se préoccuper du délai fatal qu'ils ont daigné lui impartir avant de s'insurger. Des individus, se prétendant délégués par diverses sections, viennent promettre aide et assistance h leurs frères des Quinze- Vingts * ; ils sont naturellement accueillis avec enthousiasme.
Osselin, Tun des municipaux révolutionnaires, se présente au. nom du conseil général; comme il parle assez vaguement du maintien de la tranquillité publique et du respect de la loi, on sent qu*il ne prétend point condamner l'insurrection projetée ; on le laisse donc discourir, mais on ne l'écoute pas 2.
4 . Le procès-verbal des Quinze-Vingts, en date du 9 août [Histoire parlementaire, de Bûchez et Roux, t. XVI, p. 407), donne les noms de treize sections dont les délégués vinrent faire acte d'adhésion à ses arrêtés; mais en consultant les procès-verbaux de ces sections, nous avons pu constater que pour plusieurs le fait est faux. Aucune trace de ces adhésions ne se trouve notamment dans les procès-verbaux de TÂrsenal, de Popincourt et de Montreuil, dont les registres étaient tenus très-régulièrement. Diverses sections envoyèrent des émissaires au faubourg Saint-Antoine, les unes pour savoir ce qui se passait, les autres même pour prêcher la concorde et la paix. Ces conseils ayant été fort mal accueillis, quelques-uns de ces émissaires, outre-passant étrangement leurs pouvoirs, modifièrent tout à fait leur langage pour complaire aux amis de Santerre, et revinrent ensuite reporter à leurs commettants les paroles belliqueuses qu'ils avaient reçues en échange de leurs harangues pacifiques. (Voir le rapport Blondel que l'on trouve à la page 366 du 4*' volume de la 2* série de la Revue rétrospective, et le procès-verbal de la section de la Fontaine-de-Grenelle, que nous donnons à la fin de ce volume, note VIII.}
2. Voir dans le Journal des Débals et Décrets, p. U2, et dans le Logographe, p. 12, supplément au t. XXVI, le rapport qu'Osselin fit à la barre de l'Assemblée nationale.