‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 13 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

 l'approche de la lutte suprême , tous les esprits étaient remplis d'hésitations et d'angoisses. Les constitutionnels craignaient de travailler au proGt des partisans de l'ancien régime. Les Girondins sentaient que l'heure de la victoire ne précéderait pour eux que de quelques minutes celle d'une lutte acharnée avec les Montagnards, aujourd'hui leurs auxiliaires, demain leurs ennemis irréconciliables. Parmi ces derniers eux-mêmes, quelquesuns ne pouvaient-ils pas pressentir déjà qu'ils seraient taxés plus tard de modérantisme, accusés de ne plus se trouver a à la hauteur des principes? »

Aussi, dans la fameuse scène à laquelle on a donné le nom de Baiser Lamourette, la Législative fut-elle de bonne foi en se livrant à un de ces élans généreux auxquels, pour l'honneur de l'humanité, ne peuvent résister des hommes émus par la même parole, en proie aux mêmes pressentiments, agités des mêmes craintes.

Au milieu de la séance du 7 juillet, l'ordre du jour appelait la discussion sur les mesures de sûreté générale. Tout à coup l'évêque constitutionnel de Lyon, Lamourette, demande à faire une motion d'ordre, et d'une voix tout à la fois grave et douce : « Au moment, ditil, où l'on propose des mesures pour sauver la patrie, il importe de couper dans sa racine le germe de tous les dangers publics, la désunion des deux grands pouvoirs de l'Etat. On a déjà plusieurs fois parlé d'union, et l'union

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ne s'est pas Caite ; cependaDt il £aut qu'elle s'opère, car les booDêies gens, diriâés d'opÎDÎOD, s'éclairant mutuellemeot par une discussion fraDche. peuvent toujours se reucoDlrer et s'entendre sur le terrain de la probité, de l'honneur, de l'amour de la patrie et de la liberté. Jurons donc de n'avoir qu'un seul esprit, qu'un seul sentiment, de nous confondre en une seule et même masse d'hommes libres, également redoutables à l'esprit d'anarchie et à l'esprit féodal; le moment où l'étranger verra que nous ne voulons qu'une chose fixe et que nous la voulons tous, sera le moment où la liberté triomphera et ou la France sera sauvée... »

D'immenses applaudissements retentissent.

« Je demande, dit en concluant l'orateur, que M. le président mette aux voix cette proposition simple : Que ceux qui abjurent et exècrent la république et les deux chambres se lèvent ! »

En proie à un indicible enthousiasme, l'Assemblée entière est debout; la gauche descend vers la droite, la droite court vers la gauche : Jaucourt s'assied auprès de Merlin, Dumas auprès de Basire, Âlbilte auprès de Ramond; Gensonné et Calvet, Genty et Chabot, les députés les plus hostiles se serrent les mains, s'embrassent. Pastoret et Gondorcet, qui le matin même avaient échangé, dans les journaux qu'ils dirigeaient, des lettres plus qu'acrimonieuses, tombent dans les bras l'un de l'autre.

a Oui, nous sommes tous frères, crient les spectateurs ; nous voulons tous la même chose, la Constitution, la liberté, l'égalité. »

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