‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 14 sur 262 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Brissot, qui avait précédemment obtenu la parole pour s*expli(]uer sur les dangers de la patrie, refuse de la prendre, de peur de troubler cette scène touchante. Il veut revoir son discours, « afin d'en effacer tout ce qui pourrait servir d'aliment aux passions. » On demande que le procès-verbal de la séance soit expédié aux quatre- vingt-trois départements, qu'une députation de vingtquatre membres soit envoyée au roi pour l'avertir de ce qui vient de se passer ; que toutes les autorités constituées et les corps judiciaires soient appelés pour assister à l'union des représentants de la nation.

Ces motions sont unanimement adoptées. Quelques instants après paraît le roi, accompagné de Lamourette et des députés délégués auprès de lui.

ce L'acte le pli& attendrissant pour moi, dit-il, est celui de la réunion de toutes les volontés pour le salut de la patrie. J'ai désiré depuis longtemps ce moment fortuné ; mon vœu est accompli. Je viens vous dire moi-même que la nation et le roi ne font qu'un. L'un et l'autre ont le même but. Leur réunion sauvera la France. La Gonstitution doit être le point de ralliement de tous les Français ; nous devons tous la défendre ; Ib roi leur en donnera toujours l'exemple. »

Le président répond :

c( Sire, cet instant mémorable de la réunion de toutes les autorités constituées sera un signal d'allégresse pour tous les amis de la liberté, de terreur pour tous ses ennemis. Cette union fait la force dont la nation a besoin pour combattre les tyrans conjurés contre elle; elle est un sûr garant de la victoire. »

L'enthousiasme est à son comble. Les cris de vive le roi se mêlent aux cris de vive la nation.

Louis XVI ajoute : « Je vous avoue, monsieur le président, qu'il me tardait bien que la députation arrivât pour courir à l'Assemblée. »

De nouvelles acclamations retentissent; elles se prolongent jusqu'à la levée de la séance, qui a lieu aussitôt après la sortie du monarque.

Hélas! elle fut de courte durée, l'illusion de ceux qui, dans ces accolades fiévreuses, dans ces étreintes enthousiastes, avaient entrevu une ère nouvelle de bonheur et de prospérité pour la France. Les partis ne voulurent pas ratifier le traité d'alliance conclu par leurs chefs. Les Jacobins surtout, dont les principaux meneurs, Danton, Robespierre, Collot d'Herbois, Billaud-Varennes, ne faisaient pas partie de la Législative, jetèrent les hauts cris contre ce qu'ils appelaient un replâtrage^ une réconciliation normande^ le baiser de Judas.

L'émotion, qui avait été immense au sein de l'Assemblée, qui s'était communiquée aux tribunes et répandue dans Paris avec une extrême rapidité, s'éteignit bientôt, comme un feu de paille, sous les quolibets et lés plaisanteries des journaux de toutes les couleurs.

Mais ce qui ne contribua pas peu à rallumer les passions, ce fut — coïncidence toute fortuite, mais des plus malheureuses — l'arrivée, peu de moments après la

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