LIVRE IV
scène provoquée par Lamourette, d'une députation municipale annonçant que le conseil général du départenaent de Paris avait prononcé la suspension du maire Pétion et du procureur de la commune Manuel.
La députation officielle s'élant retirée^ quelques municipaux restent, et Osselin, l'un d'entre eux, lit une adresse signée individuellement par les amis que le maire suspendu compte dans le sein du conseil général. Cette adresse incriminait très-vivement la conduite du département, proclamait Pétion le sauveur de la patrie, et se terminait ainsi : « Si le maire est coupable, tous les magistrats, ses auxiliaires, sont ses complices et doivent être traités comme lui. »
« Oui, répètent en chœur les pétitionnaires, nous sollicitons rtionneur de partager son sort. Jugez-le, jugeznous! »
. Chabot s'écrie qu'un si beau trait de générosité ne doit pas être perdu pour l'histoire; il demande l'impression de la pièce que vient de lire Osselin. Lacroix renchérit sur Chabot et fait décréter que le pouvoir exécutif sera tenu de rendre compte, dès le lendemain, des mesures qu'il aura prises au sujet de l'arrêté départemental*.
Ainsi, par une fatalité déplorable, au moment même oii tous les nuages semblaient se dissiper, apparaissait à l'horizon le point noir d'où devait partir la tempête.
< . Journal des Débals et Décrets, n« 285, p. 1 07. Moniteur, p. 794.
Nous avons vu dans le livre précédent avec quelle persistance le département avait réclamé des différents fonctionnaires publics le compte rendu de ce qu'ils avaient (kit avant, pendant et après l'invasion des Tuileries; comment, malgré les billets confidentiels et amicaux du procureur-général-syndic adressés à Pétion, celui-ci en était venu à une hostilité ouverte vis-à-vis de l'autorité que la Constitution avait placée immédiatement au-dessus de la sienne ; enfin de quelle manière le duc de La Rochefoucauld, président du directoire, avait affronté la mauvaise humeur du trop populaire magistrat et s'était fait livrer, au nom de la loi, les rapports qu'il n'avait pu obtenir officieusement.
Pendant ce temps, les juges de paix avaient continué à recueillir les dépositions des témoins oculaires ; les divers rapports et procès -verbaux des officiers municipaux avaient été successivement arrachés à la mairie ; l'étatmajor de la garde nationale avait envoyé ce qu'il possédait de renseignements militaires. L'enquête ordonnée par le directoire du département se trouvait donc à peu près complète. Pétion avait lui-même fourni sa justification en faisant imprimer un exposé de sa conduite. Seul, le procureur de la commune. Manuel, persistait à ne pas répondre aux injonctions réitérées qui lui étaient faites. Pressé par Rœderer, il avait eu l'insolence d'écrire que, le 20 juin, il n'avait passé qu'une heure aux Tuileries,