‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 163 sur 262 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

au moment où le cortège royal s'arrête à quelque distance de la terrasse des Feuillants^.

Le procureur-général-syndic fait observer au roi que Ton ne peut pas avancer plus loin avec la garde qui l'accompagne, la loi ayant interdit à toute force armée de franchir, sans y être appelée, le territoire réservé au corps législatif. Louis XYI, toujours esclave de la loi, fait arrêter la troupe ; les officiers municipaux , Borie et J.-J. Leroux, sont dépêchés en avant, à l'effet de prier r Assemblée de donner les ordres nécessaires 2.

L'Assemblée avait discuté cette question : enverrait-on une députation chez le roi, ou bien l'inviterait-on à venir avec sa famille dans la salle du Manège? Elle s'était refusée à prendre aucune décision, sous prétexte que « la Constitution laissait au roi la faculté de se rendre, quand il le jugerait convenable, au milieu des représentants du peuple. » On l'avertit que le roi et sa famille arrivent. Elle se décide à envoyer au-devant du cortège royal une députation de vingt-quatre membres.

Cette députation se croise avec I^roux et Bone, au bas de la terrasse; ces derniers n'en continuent pas moins leur route, et, introduits à la barre, demandent que l'escorte du roi puisse l'accompagner, ou du moins garder les abords du palais législatif. Cette prière, bien naturelle après les meurtres qui viennent d'ensanglanter le poste même des Feuillants, soulève néanmoins les plus vives

4. Voir, à la Gq du volume, note XIV, la déposition de Noël Avril, sous-lieutenant dans le bataillon des Filles-Saint-Thomas, reçue le 46 août 4792 , par les commissaires de la section de la Bibliothèque.

%, Récit de Rœderer, procès-verbal de J.-J. Leroux.

objections. Enfiû, après avoir recommandé aux inspecteurs de la salle de redoubler de vigilance, rAssemblée passe à Tordre du jour, déclarant que, hors de son enceinte, la police appartient aux corps administratifs et municipaux.

Cependant la députation des représentants était arrivée devant le roi ; celui qui la préside se contente de dire :

« Sire, l'Assemblée nationale, empressée de concourir à votre sûreté, vous offre, ainsi qu'à votre famille, un asile dans son sein^. »

Elle se range ensuite cérémonieusement autour de Louis XYI, prenant la place des membres du directoire du département, car ceux-ci ne peuvent paraître devant le corps législatif sans avoir été préalablement appelés par lui 2.

Le cortège, ainsi reformé, s'avance jusqu'au pied de la terrasse des Feuillants, remplie d'une foule effroyablement hostile. Au moment où le roi se dispose ^ gravir l'escalier, des cris furibonds se font entendre : a Vive la Nation! point de veto! A bas! à bas! » Quelques énergumènes hurlent : « Non, ils n'entreront pas à TAssemblée, ils sont cause de tous nos malheurs, il faut que cela Unisse! » Les cris redoublent lorsqu'on aperçoit la reine : « Point de femme, point de femme, nous ne voulons que le roi, le roi seul! »

Un homme se détache des groupes, descend précipitamment l'escalier et aborde Louis XVI :

4. Rœderer, Chronique de cinquante jours , p. 374 t. Récit de Dejoly.

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