‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 164 sur 262 · LIVRE VIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIL

(c DoDDez-moi la main, lui dit-il, soyez sûr que vous tenez celle d'un honnête homme et non d'un assassin. Malgré tous vos torts, je réponds de la sûreté de vos jours, je vais vous conduire à l'Assemblée nationale; mais, pour votre femme, elle n'entrera pas ; c'est elle qui a fait le malheur des Français ! »

Le procureur-général-syndic voit q\i'il faut au plus tôt mettre fin à un état de choses qui, en se prolongeant, ne peut que s'aggraver. Il obtient donc de la députation parlementaire l'autorisation de laisser franchir les degrés de l'escalier par une partie des gardes nationaux qui accompagnent le roi. Il parvient à dégager ainsi les premières marches; il y monte, et, de là, s'adressant à la foule qui rugit autour de lui :

« De par la loi, peuple français, peuple libre, crie-t-il, TAssemblée nationale a rendu un décret par lequel elle appelle dans son sein le roi, le prince royal, la reine, la fille du roi, la sœur du roi, la famille entière du roi; vous devez, aux termes de la loi et de la liberté, ne point vous opposer à son passage. »

« Nous attestons que ce décret existe, » ajoute un député.

La foule paraît ébranl^; Rœderer en profite pour faire ouvrir un passage à Louis XVI et à la reine. Ils peuvent pénétrer sur la terrasse et la traverser au milieu d'une foule frémissante, à peine contenue par les gardes nationaux, qui ont réussi à former la haie. Ils franchissent la porte du passage des Feuillants ; là,* ils sont entourés par d'autres gardes nationaux faisant partie de la garde de l'Assemblée. Un d'eux, qui marchait à côté

du roi, lui dit : a Sire, n'ayez pas peur, nous sommes de bonnes gens, mais nous ne voulons point qu'on nous trahisse davantage ; soyez un bon citoyen, sire, et n'oubliez pas de chasser vos calotins du Château. »

Mais, à mesure que l'on approche de la salle, la marche du cortège royal devient difficile, périlleuse. Les gardes nationaux ne peuvent légalement franchir le seuil de la salle des séances, ils ne peuvent pas non plus reculer et livrer passage aux personnes royales qu'ils viennent d'accompagner. L'entrée est trop étroite et trop encombrée, des cris de détresse se font entendre de toutes parts*; il faut que Rœderer déploie des efforts inouïs pour pénétrer jusqu'à la barre. Il adjure les replrésentants d'enfreindre un instant leur règlement et d'autoriser l'entrée de quelques gardes nationaux. Mais cette demande est accueillie par les refus obstinés de la Montagne, qui feint de n'y voir que le résultat d'une conspiration, que le prélude d'ime invasion à main armée de la salle de l'Assemblée. Cambon s'écrie : « Monsieur Rœderer, nous vous rendons responsable de tout attentat qui se pourrait commettre sur les représentants du peuple. »

Au lieu de répondre, Rœderer suppose accordée l'autorisation qu'il vient de demander, et fait entrer cinq à six gardes nationaux sans armes. Grâce à leur concours, le passage est débarrassé; un grenadier enlève dans ses bras le prince royal, traverse la foule et va poser l'enfant sur le bureau même des secrétaires; la

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