LIVRE VIII
n'y restait plus que quelques détachements de Suisses et •de gendarmes, un petit nombre de gardes nationaux, attachés à ia cause royale, et les canonniers qui n'avaient pu abandonner leurs pièces, mais qui étaient, comme BOUS Tavons déjà dit, fort mal disposés.
Les généraux qui commandaient au Château, MM. de Boissieu et de Menou, amsi que le colonel des Suisses, Maillardoz, reconnaissant qu'il était difficile de se main-*
lutionnaire; mais, en 1796, il fut compromis dans la conspiration de Babœuf, puis, en 4800, dans le complot de Ceraccbi contre la vie du premier consul, et transporté, à la suite de Taffaire de la machine infernale , avec un certain nombre d'anciens septembriseurs , aux lies Séchelles, puis à l'Ile d'Anjouan. Le climat pestilentiel de ces lies fit périr au milieu des plus atroces douleurs la plus grande partie de ses compagnons; mai^ft Lefranc échappa à travers mille dangers, tomba entre les mains des Anglais, resta, un an ou deux, captif sur les fameux pontons de la Tamise, et revint en France grâce à un échange de prisonniers. Pendant tout le reste de l'Empire, il fut interné et placé sous la surveillance de la haute police. En 4846, peu de temps après le retour des Bourbons, il fut impliqué dans une conspiration dite de l'épingle noire, condamné à la déportation par arrêt de la cour d'assises de la Seine et transféré, le 49 novembre suivant, au mont Saint-Michel; il fut gracié en septembre 4849. Ici nous perdons les traces de ce conspirateur émérite, qui était alors âgé de soixante ans. U est mort dans la plus complète obscurité. Toute cette biographie de Tarchitecte Lefranc pourrait être taxée de fable romanesque si nous n'avions pas entre les mains :
\^ L'histoire des individus déportés en vertu du sénatus-consulte du 46 nivôse an ix, publié par Fescourt (4849), appuyée sur les témoignages des capitaines des bâtiments de TÉtat, La Flèche et La Chiffonne, qui transportèrent les déportés aux Iles Séchelles ;
V De nombreux rapports faits, sous l'Empire, sur Lefranc et les autres déportés ;
3* Les écrous de Lefranc dans les diverses prisons de Paris et au mont Saint-Michel.
340 HISTOIRE DE Lk TERREUR.
tenir dans les cours, venaient de donner aux Suisses, aux gardes nationaux et aux gendarmes l'ordre d'abandonner la première ligne de défense et de se retirer dans les appartements.
Cet ordre est exécuté avec tant de précipitation que les Suisses n*enclouent même pas leurs canons.
Le mouvement intérieur qui vient de s'opérer est à l'instant même signalé à l'avant-garde de l'insurrection par les individus qui, depuis une heure, se tenaient à cheval sur la crête du mur entre les cours et la place du Carrousel. Les émeutiers, aussitôt qu'ils sont assurés de ne pas trouver de résistance, frappent à coups redoublés contre les portes et menacent de les enfoncer. liCS concierges du palais, cédant aux injonctions des canonniers restés seuls dans les cours, et craignant d'être égorgés par les soi-disant défenseurs qui se trouvent avec eux ou par les envahisseurs du dehors, se décident à ouvrir, tirent les verrous, lèvent les battants et se sauvent.
Les insurgés entrent, se jettent dans les bras des canonniers de la garde nationale, qui fraternisent avec eux. Aidés par ces auxiliaires improvisés, les canonniers se hâtent de faire sortir leurs pièces et les rangent en batterie contre le Château, qu'un instant auparavant ils étaient chargés de protéger. La défection de l'artillerie en détermine une autre : les gendarmes qui avaient suivi les Suisses, ressortent du vestibule, mettent leurs chapeaux au bout de leurs baïonnettes et se mêlent à la foule qui lés reçoit avec les plus vives acclamations. Bientôt, gendarmes, canonniers, Marseillais, fédérés, hommes à piques, fraternellement réunis, se groupent