Rapport de Jardin, note XIV, à la fin de ce volume
bandonner le palais ; ils demandent seulement qu*on les laisse tranquilles à leur poste. Les chefs éprouvent le désir qui, dans de pareilles circonstances, anime tous les hommes de cœur, celui d'épargner le sang de leurs soldats. A quoi leur servirait de risquer la vie de ces braves éprouvés? Avec un millier d*hommes, peuvent-ils raisonnablement espérer de réduire la rébellion? Ils n'ont évidemment aucune instruction secrète, car Louis XVI est allé se remettre entre les mains de llAssemblée, et sa conduite serait par trop absurde s'il avait ménagé une trahison dont il eût pu devenir la première victime. D'ailleurs, il a quitté précipitamment son palais, sans laisser aucun ordre, persuadé qu'il allait y rentrer dans quelques heures. Une seule consigne a pu être raisonnablement donnée, et l'a été, en effet, par le maréchal de Mailly au capitaine Durler : « Ne vous laissez pas forcer. » Si maintenant nos regards se portent du côté du Carrousel et des cours qui viennent d'être envahies, que voyons-nous? Une tourbe sans nom, sans chef, grossissant à chaque minute ; car, depuis qu'on sait que les premiers arrivés ont pu pénétrer sans coup férir dans le Carrousel, et même dans les cours intérieures, les plus lents sont les plus pressés et les plus lâches deviennent les plus hardis. Cette foule s'agite, se démène, pousse des acclamations confuses ; mais qui peut stipuler pour
elle et se porter garant de ses volontés mobiles et multiples? D'ailleurs, n'a-t-elle pas dans ses rangs et ces vétérans des émeutes parisiennes, qui, à diverses reprises, ont ensanglanté les pavés de la capitale, les appartements de Versailles, et ces bandits cosmopolites qui.