‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 173 sur 262 · LIVRE VIIL · texte numérisé non relu

LIVRE VIIL

nouvelles députations ne viennent débaucher leurs hommes; car les Marseillais, en se retirant, ont réussi à entraîner quelques soldats, qu'ils emmènent bras dessus bras dessous, et qu'ils désarment entre deux embrassements.

Le général de Boissieu ^ veut parler à la foule qui se presse sous le vestibule; mais d'afireux hurlements Tempéchent d'être entendu. Les assaillants se rapprochent insensiblement de la barrière qui vient de leur être opposée, et paraissent décidés à la forcer. Ils prodiguent des insultes aux sentinelles qui se trouvent au bas de l'escalier. Bientôt ces insultes se traduisent en gestes très-significatifs^. Les sentinelles s'aperçoivent qu'on veut les surprendre, et qu'elles n'ont pas un moment à perdre pour se dégager. Soudain retentit un coup de pistolet.

Fut-il ou non tiré du milieu de la foule? Les officiers suisses commandèrent^ils aux sentinelles, comme ils en avaient incontestablement le droit, de faire usage de

4 . Nous donnons, à la fin de ce volume, note XVI, des notices biographiques sur les généraux de Boissieu et de Menou , qui commandaient aux Tuileries le 40 août, ainsi que sur M. de Wietinghoff, qui commandait avec eux le 20 juin.

2. Dans sa Relatiœi du iO août, imprimée en Angleterre, Peltier raconte que des individus armés de longs crocs de mariniers cherchaient à prendre les soldats suisses par leurs fourniments, à les attirer à eux pour pouvoir les désarmer, et qu'ils réussirent pour plusieurs. Quoique Peltier ne soit pas toujours très-croyable, cela nous parait vraisemblable et tout à fait dans les habitudes des gens de rivière , qui , on ne sait pourquoi , étaient toujours en grand nombre dans les émeutes de cette époque.

leurs armes? Nul ne le sait , nul ne le pourrait dire.

Toujours est-il que les soldais placés sur les premières marches de Tescalier abaissent leurs fusils et font feu sur les assaillants. Ceux-ci ne songent pas à riposter, et s*enfuient en désordre.

Au bruit des coups de feu qui retentissent sous le péristyle, et dont ils ne peuvent connaître la cause ou les résultats, les auteurs ou les victimes, les Suisses postés dans les appartements se précipitent ters les fenêtres et font une décharge. Les émeutiers se dispersent dans toutes les directions. Quelques-uns sont tellement épouvantés qu'ils courent jusque dans les quartiers les plus éloignés répandre le bruit qu'on égorge les patriotes aux Tuileries, et qu'un nombre immense de citoyens viennent de tomber victimes de la pius infâme trahison.

Les Suisses, pour dégager les abords du palais, descendent dans les cours, s'emparent de deux des canons qu'ils avaient eux-mêmes abandonnés, et que les insurgés n'ont pas eu le temps de retirer. Le Carrousel se trouve en un instant balayi. Les canonniers de l'insurrection se mettent à l'abri derrière le rentrant des maisons du Carrousel *, et essayent de riposter. Les Suisses, incommodés par le feu qu'ils reçoivent à découvert, sont obligés de se retirer dans le Château, d'où ils font, de temps en temps, quelques sorties, pour empêcher les assaillants d'approcher de nouveau. La «fusillade se prolonge sans que l'on se fasse grand mal de part

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