‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 183 sur 262 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

par des bataillons de gardes nationaux qui les reçoivent à coups de fusil, leur coupent la retraite. Attaqués de tous les côtés à la fois, enfermés dans un cercle de fer et de feu, ils n'ont plus qu'à chercher individuellenaent un salut presque impossible. Beaucoup périssent sous les quinconces du jardin. D'autres se ruent par le pont tournant sur les ennemis qui leur barrent le passage et arrivent au pied de la statue de Louis XV, au centre de la place.

Là, formant une espèce de bataillon carré, certains qu'ils ne pourront être attaqués par derrière, ils s'apprêtent à résister. Mais tout d'un cpup ils sont chargés par une troupe que, certes, ils ne devaient pas s'attendre à trouver hostile; la gendarmerie à cheval les sabre impitoyablement^. Dès lors ils ne cherchent plus leur salut que dans la fuite ; presque tous y trouvent la mort.

Une demi-heure après l'évacuation des Tuileries, il ne restait plus de ce magnifique régiment des gardes suisses que les deux cent ou deux cent cinquante hommes enfermés dans l'église; des Feuillants et dont nous aurons bientôt à reparler.

Les malheureux soldats massacrés durant la retraite, à travers le jardin, furent, dit-on, enterrés au pied de ce fameux marronnier auquel sa précocité a valu le surnom d* arbre du 20 mars. Ainsi, V arbre bonapartiste, selon la tradition populaire, ne devrait la miraculeuse force de sa

^, Récit du capitaine Pfyffer; récit de Pétion (pièces intéressanlcs ,poar rbistoire), dans Y Histoire parlementaire, t. XVI, p. 444.

végétation qu'à FeDgrais humain fourni par les derniers défenseurs de Tancienne monarchie^.

Ceux des insurgés qui n'ont pas poursuivi la troupe a travers le jardin franchissent précipitamment les divers escaliers qui conduisent au premier étage. Là ils trouvent quelques faibles détachements qui n'ont pu rejoindre le régiment ou n'ont pas entendu battre l'assemblée. Ces soldats isolés vendent chèrement leur vie et ne succombent qu'après avoir immolé chacun plus d'un assaillant. On ne fît grâce à aucun. Tous les officiers et soldats suisses, qu'à raison de leurs blessures la troupe avait été obligée de laisser au Château, furent mis en pièces. M. Bekin, chirurgien-major du régiment, et son aide.

4 . La Suisse a honoré par un monument public le dévouement maFheureux de ceux de ses enfants qui périrent au service de la royauté française. Aux portes de Luceme , dans le flanc d'un rocher coupé à plan vertical, une grotte a été creusée, où un lion de proportions gigantesques est représenté expirant, percé d'une lance, sur un bouclier fleurdelisé qu'il couvre encore de sa force défaillante. Le rocher est couronné de quelques plantes alpestres; on y a gravé les noms des soldats et officiers morts au 40 août et au 2 septembre 1792. Tout près s'élève une chapelle, avec cette inscription :

HELVETIORUM FIDEI AG VIRTDTI INVICTIS PAX.

A quelque opinion que Ton appartienne, ce monument rappelle ce beau vers de Virgile :

Sant lacrymse rerum et mentem mortalia taogunt.

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