LIVRE VITI
M. Richter, furent massacrés au moment où ils prodiguaient des soins aux blessés qu'ils avaient refusé d'abandonner. On poussa la fureur jusqu'à égorger dans leurs loges les suisses des portes. « Ils devaient partager le sort de leurs camarades, puisqu'ils étaient d'intelligence avec eux. » Dans les cuisines on tua tout, depuis les chefs d'office jusqu'au dernier marmiton, « complices de leur maître et devenus étrangers à la nation. »
Pendant ce temps, des 'fous furieux se livraient à un effroyable carnaval démagogique. On jetait par les fenêtres le mobilier royal, les pendules, les plus précieux objets d'art, on brisait toutes les glaces. « Médicis-Antoinette y avait étudié trop longtemps l'air hypocrite qu'elle montrait en public^. » Des portefaix revêtaient les costumes du sacre, s'asseyaient sur le trône; d'ignobles prostituées se paraient des robes delà reine, se vautraient dans son lit^.
Dans les caves, on défonçait toutes les futailles. On faisait couler des torrents de vin, auxquels venaient se mêler des torrents de sang ; car les tueurs se montraient d'autant plus impitoyables qu'on les avait vus plus lâches durant le combat*.
4 . Les phrases guillemetées sont empruntées aux Révolutions de Paris, de Prud'homme, t. XUI, p. 236 et 237.
2. Ces mêmes prostituées se portèrent aux dernières indécences sur les cadavres des Suisses. C'est ce que racontait un témoin oculaire, Napoléon, à M. de Las Cases, à Sainle-Hélène (3 août 4816).
3. Barbaroux, qui ne peut être suspect, puisqu'il avait été l'un des premiers organisateurs de l'insurrection , signale lui-même au mépris de la postérité a ces lâches fugitifs pendant l'action, assassins après la victoire, ces tueurs de cadavres qu'ils piquaient de leurs épées pour
Néanmoins, et nous sommes heureux de le reconnaftre, dans la foule qui avait envahi les Tuileries, il se trouva quelques hommes généreux qui, au risque de leur propre vie, arrachèrent plusieurs victimes à la mort.
Le vieux médecin du roi, Lemonnier, était resté impassible dans son cabinet, écoutant les bruits sinistres qui retentissaient au-dessus, au-dessous, tout autour de lui. EnQn, les envahisseurs s'aperçoivent qu'ils ont passé devant une porte. Ils frappent*brutdement et à plusieurs reprises. Lemonnier leur ouvre.
« Que fais-tu là? tu es bien tranquille ! » lui dit le premier qui entre.
Sans s'émouvoir, il répond :
« Je suis à mon poste.
— Qui es-tu donc dans ce château?
— Je suis le médecin du roi.
— Et tu n'as pas peur?
— De quoi? Je suis sans armes : fait-on du mal à qui n'en peut pas faire?
— Allons ! tu es un bon b ; mais tu n'es pas bien
ici ; d'autres, moins raisonnables, pourraient te confondre avec le reste. Où veux-tu aller?
— Au Luxembourg.
— Viens, suis-moi et ne crains rien. »
L'insurgé force la foule à s'écarter devant lui et Lemonnier, en criant sans cesse :
a Camarades, laissez passer cet homme: c'est le méde-
se donner les honneurs du combat » ( p. 73 de ses Mémoires ) , seulement, Barbaroux prétend que les Marseillais n'étaient pas de ce nombre. Nous ne partageons pas son opinion sur ce point.