LIVRE IV
Peut-être cet avis eût-il prévalu sans les nouvelles violences de langage et les menaces audacieuses des amis de Pétion. Le dimanche 8 juillet, ceux-ci firent affluer vers rAssemblée la masse des pétitionnaires parisiens qu'ils avaient toujours à leur disposition.
Le CQrps législatif sembla d'abord vouloir respecter lés formes constitutionnelles ; il décréta par deux fois le renvoi pur et simple de toutes les doléances jacobines à la commission des Douze. Mais par deux fois la gauche demanda qu'on revînt sur ce vote. Suivant son habitude, l'Assemblée ne se sentit pas de force à résister plus longtemps à l'insistance de la Montagne. De guerre lasse, elle admit les pétitionnaires à la barre.
Écoutons d'abord la section des Gravilliers :
a Législateurs, une famille éplorée vous redemande un père que des magistrats, par l'abus le plus coupable de leurs devoirs, viennent d'enlever à ses fonctions. Toute la capitale est en deuil, et ce deuil sera bientôt celui de tout l'empire. Nous vous prions de nous rendre un ami, un magistrat fidèle, et de considérer que les circonstances que la malveillance a choisies pour cet acte de rigueur sont trop impérieuses pour permettre le moindre retard. »
le roi de faire le rapport de cette affaire au conseil , à la place du ministre do Tintérieur, Terrier-Monciel, qui s^était abstenu sous prétexte qu*ayant dû fournir les renseignements officiels au département il était obligé de se récuser. Dejoly avait préparé deux projets d'arrêté royal , l'un dans le sens de la clémence , l'aulre dans le sens de la sévérité. Ce fut ce dernier qui prévalut ; on le trouve au Moniteur, p. 822. Nos recherches nous ont fait retrouver le contre -projet. — Nous donnons, à la fin de ce volume, note III, cette pièce intéressanto à plus d'un titre.
La section de la place Royale ne s'exprime pas avec moins de vivacité. Son orateur, Tallien, débutait dans les rôles de comparse politique, en attendant qu'il pût être comptéparmi lespremierssujetsde la troupe démagogique.
ce Un grand attentat vient d'être commis. La ville de Paris est dans la douleur. . . Pétion est suspendu de ses fonctions par un directoire contre-révolutionnaire; Pétion, notre père, notre ami, est sous le coup d'une accusation. Qu'on nous charge aussi de fers, ils nous paraîtront plus légers lorsque nous les partagerons avec Pétion. Nous venons déposer dans le sein du Corps législatif l'adhésion la plus entière à la conduite tenue par le maire et le corps municipal dans les journées antérieures et postérieures au 20 juin... Nous demandons que vous jugiez quelle est l'administration coupable, ou de la municipalité qui a épargné le sang , ou du directoire qui voulait le faire verser. »
Chaque jour des pétitionnaires venaient, nou-seulement au nom de Paris, mais encore, prétendaient-ils, au nom de diverses villes de province, réclamer d'un ton impérieux la réintégration immédiate « du sage Pétion et du vertueux Manuel, ces deux colonnes du patriotisme. » Presque toujours ils ne faisaient que répéter un discours qui leur avait été remis tout fait. Oubliant qu'il s'était intitulé délégué de la ville de Dijon, un d'entre eux s'écria : (( Si d'ici au ili juillet on n'a pas rendu aux vainqueurs