‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 63 sur 262 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

l'idée de réjunir en masse les fédérés, les faubourgs de Paris, les environs, et même la garde nationale de Versailles, de les rassembler au bruit du tambour et du tocsin, et de les porter autour de l'Assemblée nationale et du Château. Que serait-il arrivé alors? C'est ce que j'ignore.

<c Cette nouvelle ne me fut pas plutôt connue, que je me rendis sur l'emplacement de la Bastille, où l'on m'avait annoncé que se faisait le rassemblement. Il était alors minuit. Je trouvai des citoyens paisibles, dont les uns dansaient et les autres étaient à table. Je leur parlai, je leur dis ce que j'avais appris, je leur découvris le piège qui leur était tendu, je les engageai à se retirer tranquillement chez eux, et ils m'écoutèrent avec quelque confiance.

a De là, je fus au faubourg Saint-Marceau. J'entrai à la section, qui était rassemblée. Je fis part aux citoyens présents du motif de mes inquiétudes ; on me répondit qu'on venait de recevoir un message par un particulier à cheval, qui les engageait à s'armer pour la liberté et à prendre leurs canons. Plusieurs citoyens m'assurèrent que je pouvais être tranquille, que le faubourg le serait, et qu'ils attendraient tous l'ordre des magistrats pour ^t marcher.

« Sur les deux heures et demie, je rentrai à la mairie, assez satisfait de la disposition des esprits. A cinq heures, j'ai reçu la nouvelle que le tocsin avait sonné et que la générale avait été battue dans le faubourg Saint- Antoine ; qu'il s'y formait un rassemblement considérable et que l'issue était interceptée pour tous ceux qui voulaient en

sortir. Je priai Tun de MM. les administrateurs au dépars tement de police de s*y rendre à Tinstant, et je l'y ai suivi de très-près. J'ai trouvé, en effet, un concours prodigieux de citoyens et les bataillons sous les armes avec leurs canons. Je me suis arrêté de distance en distance pour haranguer ces nombreux citoyens, et, ce qu'il y a de consolant pour le magistrat , c'est qu'il a vu encore, dans cette occasion, que la voix de la raison était plus puissante et plus salutaire que celle de la force. On s'est plaint de ce que la caisse avec laquelle on avait battu la générale avait été enlevée de force dans un corps de garde, et de ce qu'on avait forcé les portes d'une église pour sonner le tocsin.

(( J'ai fait assembler le conseil général, et je lui ai rendu compte. Je lui ai proposé la mesure d'un avis aux citoyens; j'espère qu'une journée dont les commencements paraissaient annoncer des orages , finira par être ralme.

u J'ai, au surplus, donné des ordres à M. le commandant général pour tenir sous les armes de^ forces imposantes.

c( Je suis avec respect, monsieur le président, etc.

« Le maire de Paris,

« Pétion.»

Lafond-Ladebat présidait. Malgré les rumeurs qui accusent Pétion d'être le complice des émeutiers, il est obligé de se rendre à tant d'impudence et il exprime avec bonne foi la sanction de l'Assemblée nationale pour la manière dont le maire de Paris à compris et rempli son

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