‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 77 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

trouvent manquent de tentes, d'armes, d'habits, de linge et de vivres.

La gauche prend texte du rapport de Guadet pour accuser le ministre d'impéritie et de trahison; la droite • demande que l'on s'occupe de renvoyer de Paris le bataillon qui a signalé son arrivée par de si eflroyables désordres. On décide l'envoi à Soissons de trois commissaires chargés de vérifier les faits^, et toute la satisfaction que l'on donne aux malheureuses victimes des brutalités des Marseillais est une vaine et froide proclamation que Lacépède lit au nom de la commission extraordinaire. La représentation nationale, s'élevant contre a les agents de discorde, » y prêche l'union aux fédérés et aux gardes nationaux.

Se voyant assurés de l'impunité, les Marseillais payent L d'audace et viennent eux-mêmes (séance du 2 août au soir), p^r un singulier renversement de tous les rôles, demander vengeance contre leurs adversaires et notifier officiellement leur arrivée à l'Assemblée.

Leur orateur commence ainsi : « Nous venons au nombre de cinq cents acquitter le serment des citoyens de Marseille de combattre pour la liberté... Le nom de Louis XVI ne nous rappelle que des idées de trahison. Hàtez-vous de prononcer une déchéance mille fois encourue. On nous dit de voler à la frontière ; mais La Fayette commande encore à l'armée, et des citoyens libres sont-ils donc faits pour obéir au perfide esclave de

4. Ces commissaires étaient Gasparin^ Lacombe Saint-Michel et Carnot l'atné, tous trois appartenant à rarnice.

la cour? La patrie trouvera parmi nous des vengeurs La Fayette n'y trouvera pas de soldats! »

L'orateur se plaint ensuite des soins qui ont été donnés aux adversaires des Marseillais par les familiers du Château; il s'indigne des poursuites qui viennent d'être ordonnées par le pouvoir exécutif. « Eh bien, que cette procédure s'instruise, s'écrie-t-il! nous resterons en otage à Paris jusqu'à ce qu'elle soit terminée. Nous demandons à être appelés à garder les représentants du peuple, car nous y avons autant de droit que les grenadiers des Filles-Saint-Thomas, dont le roi vient de se faire le défenseur officieux^. »

La gauche applaudit, demande l'impression du discours des Marseillais et l'envoi dans les quatre-vingt-trois départements. Laporte (du Haut-Rhin) profite de cette occasion pour affirmer que c'est la liste civile qui a payé le dîner des grenadiers. En vain Girardin veut appeler la pitié de l'Assemblée sur la famille du jeune Duhamel, qui laisse deux enfants et une femme enceinte. On lui répond que Duhamel était un agent de Goblentz, qu'on a trouvé dans ses poches des correspondances compromettantes ; mais on se garde bien de les produire et, malgré l'insistance de Girardin, l'Assemblée passe à l'ordre du jour et ordonne l'impression de la pétition des Mai*seillais.

Cette scène tumultueuse venait de se terminer, la séance avait été levée et déjà les bancs s'étaient fort dégarnis; il était onze heures du soir. Tout à coup se produit une autre scène, qui donne une idée de l'émolion

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