‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 2)Chapitre 84 sur 262 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

son autorité? Mais d'autres ministres, appuyés par la reine, s'opposèrent à cette proposition, donnant pour motif que la majesté royale ne pouvait s'exposer aux huées des tribunes. Louis XYI se contenta donc d'envoyer, le 3 août, un message à l'Assemblée dans lequel il lui donnait connaissance du manifeste du duc de Brunswick, tout en émettant des doutes sur son authenticité; car il n'en avait pas encore reçu la communication officielle^.

« J'ai porté sur le trône des sentiments pacifiques, était-il dit dans ce message ; mes anciens ministres savent

4 . Dejoly crut devoir, à la suite du conseil de cabinet où il avait proposé l'avis qui n'avait pas prévalu, offrir sa démission à Louis XVI dans une lettre que nous avons retrouvée.

« Paris, ce 8 août 1792, l'an nr de la liberté.

« Sire,

« Permettez, souffrez, je vous le demande en grâce, que je me retire; j'ai vu tous les maux dont nous sommes menacés, je vous les ai présentés avec toute la force, avec tout le courage qui doivent animer un ami zélé de l'ordre et de la liberté.

« Vous m avez rendu justice, vous avez entendu mes observations, vous les avez écoutées avec intérêt, vous avez paru les goûter; j'ai vu plusieurs fois le moment où vous alliez les adopter, mais mon espérance a toujours été déçue; vous êtes sur le bord du précipice, vous le savez, c'est de vous-même que nous tenons la plupart des détails effrayants qui nécessitent les plus grandes mesures; et Votre Majesté reste immobile, et la reine n'en craint pas les redoutables eiTets , et les personnes dont Votre Majesté est entourée ne sont pas effrayées elles-mêmes du danger imminent qu'elles vous voient courir.

a Sire, ils sont bien coupables, bien pervers, ceux qui continuent à vous éloigner du peuple; on ne cesse de vous le présenter comme votre plus cruel ennemi ; sans doute il est irrité, mais il est facile de

quels efforts j'ai fails pour éviter la guerre... Mais j'ai cédé à Ta vis unanime de naon conseil, au vœu manifeste d'une grande partie de la nation et plusieurs fois exprimé par l'Assemblée nationale. La guerre déclarée, je n'ai négligé aucun moyen d'en assurer le succès. »

Ces premières phrases éveillent les colères de la gauche.

(( J'ai accepté la constitution; la majorité de la nation la désirait, j'ai vu qu'elle y plaçait son bonheur, et ce bonheur fait l'unique occupation de ma vie ; depuis ce moment, je me suis fait une loi d'y être fidèle... »

Nouvelles rumeurs.

a Jamais on ne me verra composer sur la gloire ou les intérêts de la nation, recevoir la loi des étrangers ou celle d'un parti... Je maintiendrai jusqu'à mon dernier soupir l'indépendance nationale... »

L'Assemblée reste muette; elle reste muette encore en entendant parler des dangers personnels du roi, et aucune

i'apaiscr ; et que sont tous les sacriGces que je vous propose en comparaison de la gloire dont vous pouvez vous couvrir, du bonheur que vous pouvez assurer à tous les Français?

« Daignez, sire, y réfléchir; les moments pressent, les événements s'accumulent; quelques jours encore, et peutr-ètre votre volonté serat^lle impuissante.

« Sire, pardonnez au dernier effort d'un ministre qui voudrait contribuer à votre bonheur, au bonheur, au repos de son pays ; agréez les propositions qu'il vous a faites; essayez-en au moins une partie; jugez des unes par Teflet que les autres produiront. Sire, il y va de votre couronne, peut-être de votre existence; il y va du bonheur de la France.

« Ces grandes considérations méritent bien que vous vous écartiez de la marche que vos conseils vous ont fait suivre jusqu'à ce jour... Je vous réitère la prière la plus instante de me faire remplacer. »

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