LIVRE VI
voix ne répond avec sympathie, lorsque le monarque paraît implorer de Tamour de son peuple « la plus légère marque de retour^. »
Quelques membres de la droite réclament l'impression, l'envoi aux quatre-vingt-trois départements et à l'armée, honneurs que Ton accordait si souvent à la moindre péti* tion ; mais Lacroix, Ducos, Isnard se lèvent successivement pour demander que l'écrit royal soit purement et simplement renvoyé à la commission extraordinaire.
« Qu'a fait le roi, s'écrie Isnard, pour arrêter le plan de contre-révolution qui couvre la France et se ramifie dans les cours étrangères? Rien. — Pour qui s'arment les cours? Pour lui. — Que nous demandent-elles? De rétablir son autorité absolue, son despotisme. » Après ce virulent exorde, le fougueux girondin accuse successivement le roi de protéger la noblesse factieuse, d'entretenir dans sa chapelle les prêtres les plus rebelles, de s'être refusé durant deux mois à sévir contre les émigrés, contre les traîtres de l'extérieur et de l'intérieur; d'avoir soutenu les corps administratifs violant la constitution; d'avoir laissé une armée et son chef délibérer ; d'avoir chassé des ministres estimables , de désorganiser l'État en ne complétant point son cabinet et en en changeant sans cesse les membres ; de n'avoir rien fait contre ses parents, les princes, qui ont provoqué la coalition contre la France.
Continuant sa fiévreuse argumeiUation , Isnard énu-
4 . Voir au Moniteur ce message contre-signe BigolSainte-Ci^ix, nommé ministre des affaires étrangères le 4<' août.
mère les griefs de la gauche : la coalition connue depuis plus d'un an et non dénoncée; aucune démarche pour nous procurer des alliés ; la véritable force de nos armées dissimulée à la veille de la guerre ; puis, la guerre déclarée, l'armée manquant de tout; la levée des troupes, l'achat et la fabrication des armes entravés; la désorganisation du camp de Soissons; les plans militaires traîtreusement combinés ; le Brabant abandonné , incendié même par nos troupes.
« Enfin, s'écrie en terminant le représentant du Var, on dirait que le roi des Français venge par les flammes la cour de Vienne de l'insurrection belgique, et que le roi de Hongrie venge par le fer la cour des Tuileries de l'insurrection française.
« Voilà, messieurs, des faits qui contrastent entièrement avec la lettre du roi, et s'opposent à son impression. ))
Isnard, en lançant cette ardente philippique, voulait probablement préparer l'Assemblée au coup de théâtre que Pétion, à la tête d'une nombreuse députa tion, devait, suivant ses promesses, venir mettre à exécution au jour et à l'heure convenus.
En effet, à peine l'.orateur est-il descendu de la tribune, que le maire de Paris paraît à la barre pour lire la pétition qui, depuis trois jours, s'élaborait à l'Hôtel de Ville dans un sanhédrin démagogique, présidé par Coilot-