LIVRE VI
haute voix, exercent provisoirement le pouvoir exécutif, en attendant que la volonté du peuple, notre souverain et le vôtre, se soit largement prononcée dans une convention nationale, aussitôt que la sûreté de l'État pourra k permettre^. »
L'Assemblée avait entendu avec une certaine impatience Pétion et les délégués des sections lui donner des conseils ou plutôt des ordres. Elle renvoya donc leur adresse à la commission extraordinaire sans discussion aucune et leva la séance.
Cette manière de procéder, à l'égard d'une pétition si laborieusement élaborée par les principaux adeptes que la démagogie comptait dans Paris, ne plut que trèsmédiocrement aux jacobins. Le soir même, à la séance du club, on dénonça l'attitude de l'Assemblée comme une insulte faite à la commune et aux pétitionnaires.
Le mécontentement des révolutionnaires parisiens fut plus vif encore, leurs récriminations furent plus ardentes lorsqu'ils apprirent que l'Assemblée venait de casser un arrêté de la section Mauconseil, qui avait apporté un nouveau ferment de discorde dans une querelle déjà si envenimée.
Bien que cette section eût été des premières à envoyer
4. Cette pétition se trouve tn extenso dans Iq Moniteur; elle a élé reproduite dans V Histoire parlementaire^ t. XVI, p. 345.
ses commissaires à l'Hôtel de Ville et qu'elle eût ainsi œopéré à la rédaction de l'adresse collective apportée par Pétion à la barre de l'Assemblée^ elle avait tenu à se signaler par un coup d'audace et avait publié l'arrêté suivant* :
(( . . .Considérant qu'il est impossible de sauver la liberté par la constitution..., qu'on ne peut reconnaître la constitution comme l'expression de la volonté générale..., que Louis XVI a perdu la confiance de la nation...;
« Déclare en conséquence, de la manière la plus authentique et la plus solennelle, à tous ses frères qu'elle ne reconnaît plus Louis XVI pour roi des Français ; déclare qu'en renouvelant le serment si cher à son cœur, de vivre et de mourir libre et d'être fidèle à la nation, elle abjure le surplus de ses serments comme surpris à la foi publique;
a Arrête aussi que, dimanche prochain, 5 août, elle se portera tout entière à l'Assemblée nationale pour lui notifier cette déclaration, et que, selAi ce que décidera l'Assemblée, elle agira, étant prête à s'ensevelir sous les ruines de la liberté plutôt que de souscrire au despotisme des rois ;
1 . Dans le préambule de cet arrêté on prétendait qu'il avait été pris par six cents citoyens réunis pour délibérer sur les dangers de la patrie. La section Mauconseil était composée de dix-sept cents citoyens actifs ; ainsi, en supposant même que le nombre de six cents, indiqué dans le préambule, fût exact, et il esta croire qu'il était fort exagéré, comme cela arrivait presque toujours, l'arrêté n'avait été pris qu en présence du tiers seulement des citoyens ayant le droit de voter.