‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 124 sur 249 · LIVRE XXIX · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX

(c On égorge les patriotes dans Liège, s'écrie Duhém, sans leur donner de jurés, et nous en donnerions aux ennemis de la patrie ! Quelque mauvais que soit ce tribunal, il est encore trop bon pour des scélérats.

— II ne faut pas de jurés au tribunal extraordinaire, ajoute Philippeaux, précisément pour que nous puissions conserver cette belle institution. »

Malgré l'atroce propos de Duhem, malgré la raison étrange donnée par Philippeaux, malgré les vociférations de quelques montagnards, l'Assemblée à la presque una- ,

nimité décide en principe qu'il y aura un jury auprès du tribunal révolutionnaire, qu'il sera nommé par la Convention et pris dans tous les départements. "

Ces deux points décidés, le président Gensonné déclare la séance levée ; elle avait déjà duré huit heures. Mais Danton, en entendant prononcer l'ajournement des '^ *

autres questions, bondit à la tribune : « Je somme tous * ^ "^

les bons citoyens de ne pas quitter leur poste, » dit-il de sa voix foudroyante. Chacun reste cloué sur son ' ,^

banc, a Oubliez-vous donc dans quelle position nous sommes? Si Miranda est battu, et cela n'est pas impossible, Dumouriez enveloppé serait obligé de mettre bas les armes. Vous pourriez vous séparer, avant d'avoir pourvu à tout ce ce qu'exige le salut public! Il faut adopter à l'instant même les mesures qui doivent définitivement organiser l'institution que l'audace des contre-révolutionnaires a rendue nécessaire et qui doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du peuple. Rien, je le sais, n'est plus difficile que de définir un crime politique... Mais n'est-il pas nécessaire que des

lois extraordinaires, prises hors du corps social, épouvantent les rebelles et atteignent les coupables? Ici le salut du peuple exige de grands moyens et des mesures terribles. Je ne vois plus de milieu entre les formes

ordineires et cm tribunal révolutionnaire

« L'histoire atteste cette vérité, et puisqu'on a osé dans cette Assemblée rappeler ces journées sanglantes sur desquelles tout bon citoyen a gémi, je dirai, moi : Si ce tribunal eût existé alors , le peuple, auquel on a

♦ si souvent, si cruellement reproché ces journées, ne les aurait pas ensanglantées. Faisons ce que n'a pas fait l'Assemblée législative; soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être. Orgaîfilîsons un tribunal révolutionnaire,

* non pas bien, cela est impossible, mais le moins mal "^ qu'il se pourra, afin que le glaive de la loi pèse sur la

'*4 ^ tête de tous ses ennemis ^ Ce grand œuvre terminé, que la Convention s'occupe de l'organisation du ministère. Soyons prodigues d'hommes et d'argent ; déployons tous les moyens de la puissance nationale, mais ne met- ^ tons la direction de ces moyens qu'entre les mains d'hom-

mes dont le contact nécessaire et habituel avec vous assure l'exécution des mesures que vous aurez combinées pour le salut public. Faites partir vos commissaires; qu'on ne reproduise plus l'objection qu'ils siègent dans tel ou tel côté de cette salle; qu'ils se répandent dans les départements, qu'ils y raniment l'amour de la liberté et que, s'ils ont regret de ne pas

4. Danton, traduit devant Fouquier-Tinville, s'écriait : « Il y a un an que j'ai fait décréter l'établissement du tribunal révolutionnaire. J'en demande pardon à Dieu et aux hommes. »

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