‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 140 sur 249 · LIVRE XXX · texte numérisé non relu

LIVRE XXX

s'était servi. Od ne fausse pas impunément le suffrage universel, on ne violente pas sans danger la liberté électorale. On avait, il est vrai, imposé h la seconde ville de la République un maire selon le cœur des démagogues. Mais, pour obtenir ce résultat, on avait profondément froissé rimmense majorité de la population lyonnaise. L'indignation qu'elle ressentit d'un si profond mépris de ses droits et de ses voeux ne devait pas larder à éclater et à produire d'épouvantables catastrophes *.

avaient (luelquos grâces à solliciter du procureur-syndic de la commune de Lyon. Laussel et ses deux complices furent traduits au tribunal révolutionnaire, mais naturellement ils obtinrent leur acquittement. Les loups ne se mangent pas entre eux.

4. La lettre- ostensible des trois commissaires est imprimée au Moniteur, n" 81 . Mais nous avons retrouvé une lettre conGdentielIe écrite à Pache par deux d'entre eux, Rovère et Legendre; on y verra comment ces prétendus apôtres de conciliation et de paix compre* naient leur mission; comment des représentants du peuple, qui avaient re^'u mandat pour parler au nom de la Convention entière, ne travaillaient ({u'au profit de la Montagne.

a Citoyen maire do Paris, notre ami, la commission importante dont nous avons été chargés par la Convention nous a privés du plaisir de dîner avec vous mardi, jour de notre déparL Nous voulons nous en dédommager en correspondant avec vous. Nous avons trouvé cette intéressante cité dans un état bien déplorable pour les vrais jacobins. Elle renferme décidément un parti de contre-révolutionnaires coalisés avec la cour de Turin, rAIIema}>ne et la Suisse, et n'attendant que le moment d'une irruption sur le territoire de la République pour arborer la cociirde blanche et massacrer les vrais patriotes. La seconde section des habitants de Lyon a été pervertie par les écrits insidieux des Roland, des Bri«sol. Enfin il nous reste les élus de la patrie, les sans-culottes réintégrés dans leur club

Ce n'était pas assez pour la France d'être en proie à une épouvantable anarchie, de se sentir isolée au milieu de l*Ëurope en armes, de voir ses premiers succès se changer en désastres. EIIq allait avoir à supporter le plus grand de tous les malheurs, la guerre civile, et de toutes les guerres civiles la plus cruelle et la plus vivace, la guerre de religion.

C'est à ce résultat que devaient inévitablement aboutir

dévasté, reprenant haleine en voyant parmi eux trois commissaires de la Montagne et du comité de surveillance...

«c Un certain Gilibert, brîssotin bien avéré, avait réuni la majorité pour être maire. Il est détenu dans la maison d'arrêt pour délit de provocation au meurtre contre les patriotes. Il a donné sa démission. On procédera vendredi k une nouvelle élection. Tous nos efforts doivent être dirigés dans ce moment à faire nommer un citoyen vraiment patriote; si nous obtenons cet avantage, nous aurons déjà fait un grand pas vers noire but de faire revivre le patriotisme abattu.

« Un chagrin auquel nous ne devions pas nous attendre a été de voir le bataillon des Marseillais sp déclarer le plus fortement contre les vrais patriotes, et nous donnera lui seul plus d'inquiétudes que toute l'aristocratie réunie. Nous avons requis Kellermann de nous envoyer un régiment de dragons; nous l'aurons demain avec un officier général, qtie nous ferons marcher. Faites-nous Tamilié de nous communiquer vos sages réflexions et d'être persuadé que nous vous aimons bien sincèrement.

'( F. RovKRE, Legkndre. »

« P. S. Les calomnies de Brissot nous ont précédés dans celte villp, et nous sommes assurés que ses correspondants dénaturent nos discours et nos actions pour nous faire perdre la confiance. »

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les témérités de TAssemblée constiluante. En promulguant sa fatale constitution civile du clergé, elle avait, sans le savoir et sans le vouloir, enfanté un schisme, qu'avaient entretenu et développé des décrets de plus en plus rigoureux.

Quand on a la force en main, comment résister à la tentation de l'employer? Louis XIV avait poursuivi au désert les assemblées protestantes, enfermé dans des couvents, jeté aux galères ceux de ses sujets qui ne voulaient pas se convertir à sa religion. A leur tour, les philosophes de la Constituante, qui avaient passé leur jeunesse à maudire les auteurs des dragonnades, en arrivèrent bien vite à suivre leurs exemples. A cent ans de distance, à la fin du xviir siècle comme à la fin du xvii% les pratiques gouvernementales furent les mêmes contre de prétendus rebeller dont le culte était différent, dont le sort fut pareil. Les consciences furent égalemeat violentées en vertu de la même maxime qu'on n'eut qu'à modifier d'une manière presque insensible : l'État c'e^t tnoiy avait dit Louis XIV, l'Etat cest nous^ dirent les Jacobins.

Presque tous les départements furent agités par les troubles religieux ; mais les provinces de Bretagne , d'Anjou et de Poitou furent les seules où ces troubles se transformèrent en luttes a|pglantes et acharnées.

On a cent fois décrit, Jy lieux qui furent le théâtre de celte guerre et les mœurs des habitante qui y prirent part. Il serait superflu de revenir sur ce sujet. Contentons-nous de mettre en relief quel<pies points .un peu trop laissés dans l'ombre par certain^historiens, et sur-

tout exposons les griefs principaux qui poussèrent ces populations à une révolte ouverte.

Dans ces trois provinces, les grandes villes sont rares, les boui^s sont disséminés de loin en loin, les villages mêmes ne sont pas agglomérés. Ils se composent d*UQ grand nombre d'habitations isolées; chaque champ est entouré de haies, plantées sur les bords de fossés profonds. Des chemins, que les eaux ont ravinés depuis plusieurs siècles, sont les seules voies de communication, nous ne disons pas de maison à maison, mais de village à village, de bourg à bourg. Les paysans, presque tous occupés à Télevage des bestiaux, vont très-rarement à la petite ville voisine, et professent pour les bourgeois qui Thabitent une animosité instinctive. La chasse est leur occupation favorite; passer la nuit à raffut dans les marécages fait leur bonheur. La contrebande sur les côtes et, avant Tabolition de Timpôt du sel , l'exportation frauduleuse de cette denrée des provinces rédimées dans les provinces de gabelle avaient donné à beaucoup d'entre eux l'habitude des ruses, des surprises et des combats nocturnes.

Le gentilhomme breton ou vendéen vivait en bon accord avec ses vassaux. Allant fort peu à la cour, il mangeait ses revenus, généralement assez minces, sur ses propres terres. Le montant des fermages ne se dépensant pas à Versailles et restant dans le pays revenait assez promptement dans les mains de c^ux qui l'avaient payé. Il y avait partout une demi-aisance, de richesse nulle part.

Le clergé de cm contrées était pauvœ et cependant

charitable. Le curé était le conseil de ses paroissiens ; il s'associait . à leurs joies comme à leurs douleurs ; il était presque invariablement attaché durant toute sa vie à la paroisse dans laquelle il avait débuté.

Les premiers événements de la Révolution avaient passé presque inaperçus dans ces déparlemcals neeulés. 31ais, quand il fallut mettre à exécution la loi sur la constitution civile et tous les décrets qui en avaient été la conséquence forcée, quand on vint dire à ces populations simples et religieuses que le district ordonnait à tous les prêtres de prêter le serment constitutionnel ou de cesser leurs fonctions, qu'il avait déclaré vacantes, toutes les cures dont les titulaires avaient refusé le serment, qu'il envoyait des colonnes mobiles do gardes nationales du chef-lieu pour aller de paroisse en paroisse chasser de leur presbytère et de leur église les anciens curés et introniser à leur place des individus recrutég dans toutes les professions et dont on avait fait des prêtres de pacotille, Tétonnement égala la colère, i% résistance se traduisit plus d'une fois en coups de fusil et en émeutes partielles.

Dans leur naïveté, les paysans bretons et vendéens imputaient aux autorités locales les mesures oppressives qui partaient de bien plus haut; car le district sur lequel devait peser tout l(|>poids de leur haine ne faisait qu'appliquer strictement bi<^i.

L'Assemblée constituante avait void^^revenir aux

coutumes de l'Église primitive et n'avait trouvé rien

de mieux pour cela que d'attribu^-Wlection Aai^urés

aux fidèles. On aurait compris à ln^rigueur que tous VI ■%■ 47

les habitants d'une paroisse fussent appelés à participer à la nomination de celui qui devait être leur pasteur. Mais telle n'avait pas été la méthode choisie par le législateur de 1790. Il avait confié la nomination des cures et des vicariats aux électeurs du deuxième degré rassemblés au district. Or, ces électeurs nommés à raison de trois ou quatre par chaque commune étaient la plupart du temps trop éloignés du chef-lieu pour s'y rendre assidûment les jours d'élection ; les nominations étaient alors faites par les habitants de la ville même et des environs. La seule condition imposée aux citoyens pour prendre part au vote était d'assister préalablement à la messe paroissiale de la principale église du chef-lieu. On comprend facilement combien était dérisoire une semblable prescription qui, au prix d'une momerie de quelques minutes, accordait à des incrédules, à des protestants, à des juifs, le droit de participer à la nomination de ministres dont ils ne partageaient pas les croyances. Peu importait d'ailleurs à ces électeurs de savoir si les candidats qu'on leur présentait, et que pour la plupart ils ne connaissaient pas, avaient la moindre vocation, la moindre aptitude pour les fonctions curiales. Ils nommaient et s'embarrassaient fort peu de savoir si la paroisse à laquelle ils allaient imposer un nouveau pasteur aurait à se féliciter ou h se plaindre de leur choix.

Dans les diocèses de l'ouest, très-peu de prêtres avaient consenti à prêter le serment ; beaucoup de cures étaient donc devenues vacantes. D'un autre côté, le recrutement du nouveau clergé n'était pas chose facile; Dieu sait dans quels bas-fonds on fut souvent obligé

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