‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 158 sur 249 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

feu de Tennemi *. « D'ailleurs, cette lettre, ajoute l'exniinistre de la justice, n'est qu'une boutade; elle a été inspirée par la mauvaise humeur dont Dumouriez n'a pu se défendre en voyant entravés et détruits tous ses^ projets sur la Hollande. »

La majorité du Comité de défense générale finit par se ranger à l'avis de Danton et de Lacroix, et les charge d'aller demander au général en chef la rétractation de ce qu'il vient d'écrire.

Pendant que les deux amis s'apprêtent à remplir cette mission diflicile, retournons auprès de Dumouriez. A Louvain, il avait trouvé ses deux lieutenants, Miranda et Valence, qui étaient enfin parvenus à opérer leur jonction, grâce à la prudence excessive que Cobourg avait mise dans la poursuite de l'armée française. Quoique plusieurs corps détachés eussent été rejetés sur

intervention de notre ambassadeur Bf. le duc de Grammont, cette demande a été accueillie avec une libéralité dont nous conserverons une éternelle reconnaissance, fiien plus, les archives particulière»^ de Tarchiduc Albert, l'illustre fils de Tarchiduc Charles, ont été mises à notre disposition par une faveur toute spéciale et nous ont livré plusieurs documents intéressants, surtout des lettres confidentielles de l'empereur François à son frère. Tels sont les documenl»^ qui font la base du récit que Von va lire.

Nous ne nous donnerons pas le puéril plaisir de relever une àune les erreurs volontaires que Dumouriez a semées à chaque page de celte partie de ses mémoires et qui ont été depuis soixante-dix ans servilement reproduites par la plupart des historiens. Nous nous permettrons seulement de signaler celles qui se démontrent par de* rapprochements de dates ou de faits incontestables.

4. Voir, pour ce qui se passa dans le sein du Comité de défense générale, les discours de Bréard, de Penières, de Lasource, de Danton, de Barère (séances des \*' et 2 avril).

la haute Meuse, après l'échec d'Aldenhoven, celte armée était encore forte de 35 à /iO,000 Tantassios et de 7,500 cavaliers. Mais, depuis dix jours qu'elle battait en retraite, elle avait perdu une partie de son matériel, presque tous ses effets de campement. Elle n'avait plus ni cohésion ni entrain; il lui aurait fallu quelques jours de repos dans une bonne position pour se reconnaître et se refaire. Or, Dumouriez , dans la situation où il s'était mis vis-à-vis la Convention, ne pouvait pas s'arrêter un instant; il lui fallait au plus vite une revanche éclatante de son échec de Uollande, il lui fallait a tout prix une victoire qui le rendit maître des destinées de la France.

Décidé à jouer sur une seule carte la conservation ou la perte de la Belgique, le général arrête court la retraite et reprend l'offensive. II marche sur Tirleiiiont que son armée a évacué deux jours auparavant et qu'il réoccupe presque sans coup férir. Cobourg, qui, à ce changement de front, comprend que Dumouriez a rejoint l'armée et veut se mesurer avec lui, rétrograde de plusieurs lieues, se retire derrière une rivière nommée la petite Cette, et s'établit solidement sur les hauteurs qui la dominent. Cent ans auparavant, le 28 juillet 1693, ces mêmes lieux avaient été le théâtre d'une bataille meurtrière, où le maréchal de Luxembourg était resté vainqueur des Hollandais et des Anglais commandés par Guillaume III. Dumouriez espère être aussi heureux que le général de Louis XIV et compte qu'il enlèvera les hauteurs de Nerwinde comme, il y a quatre mois, il a enlevé celles de Jeumiapes.

Page 1