LIVRE XXVr
Dès le lendemaio^ Buzot dénonce a^ec force le Comité de sûreté générale comme violaot toutes les lois, aussi bien celles qui consacrent la liberté de la presse que celles qui sauvegardent la liberté individuelle, a On vient, dit-il, d'emprisonner Nicole, un journaliste estimable et qui n'a d'autre tort que de ne pas appartenir à un certain parti '. On jette dans les Ters un écrivain qui prêche
pourtant pas suspect de modérantisme, s élève avec^éoergie contre cette violation de la liberté individuelle. Il aaaore que plusieurs juges de paix, notamment celui de la section des Sahs-Gulottes, se sont refusés à prêter leur concours à une mesure aussi vexatoire.
4. Nicole avait, le matin même, adressé au président de la Convention une courageuse pétition dont voici les principaux passages :
<c Des prisons de V Abbaye, le 27 janvier 4795.
a Citoyen président, la liberté de la presse doit être sacrée. L'immortel Lepeletier était intimement convaincu de cette grande vérité, puisqu'il fut le premier à s'opposer à un projet de décret contre la provocation au meurtre... Eh! bien, citoyens représentants, au mépris de tous les principes, au mépris de toutes les lois, j'ai été arrêté hier à deux heures du matin, par ordre de votre Comité de surveillance; mon domicile a été indignement violé par une troupe d'hommes armés et moi-même (rainé pendant la nuit de corps de garde en corps de garde. On a fini par m' envoyer à l'Abbaye, en vertu d'une lettre de cachet signée Bernard (de Saintes), Basire, Montant, Ruamps, Duhem et Rovère.
« Quel est donc mon crime? Le voici : rédacteur du Journal fnmçais, je n'ai pu maîtriser mon indignation à la vue de ces êtres en qui l'audace le dispute à la nullité. J'ai versé le ridicule à pleines mains sur les coryphées de l'anarchie, sur les prédicants de la loi agraire, j'ai arraché une partie du masque dont ils se couvrent. Ils ont horreur de leur nudité, et dès lors ma perte a été jurée.
« Oh! si j'eusse, dans des feuilles incendiaires, demandé 200,000 têtes, si j'eusse provoqué au meurtre, à l'assassinat, si je me fusse rendu Papologiste officieux des épouvantables journées des % et 3 septembre , si enfin je me fusse déclaré en insurrection, je mar-
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le respect des lois et de la Convention. On exerce aujourd'hui sur lesouvrages une inquisition cent fois plus odieuse que n'efÛt été l'application sévère de la loi contre les provocateurs au meurtre et à l'assassinat que j'avais prof>osée \ FauM' donc faire l'apologie du crime pour vivre en liberté ? »
A ces ptroles courageuses un violent tumulte s'élève sur les bancs de la jilfontagne. Julien, Duhem, interpellent viveiaebt l'orateur. Le tumulte devient bientôt général. Le président est obligé de se couvrir. Un décret maintient la parole à Buzot :
« Vous parlez d'union, et vous outragez vos collègues; vous parlez d'union, et vous vous calomniez sans cesse; vous parlez d'union, et les citoyens ne se regardent plus qu'avec épouvante. Tous les cœurs sont fermés, l'ami craint son ami; car aujourd'hui chacun, pour un mot. tremble d'être envoyé à l'Abbaye, où l'attendent les souvenirs terribles du 2 septembre. »
Un nouveau soulèvement de la Montagne ne fait qu'exciter l'orateur Girondin à déchirer le voile sous lequel jusqu'alors il avait dissimulé le fond de sa pensée : u Oui, s'écrie-t-il , la liberté individuelle, base de la
cherais tranquillement dans les rues de la cité, je serais le patriote par excellence.
« Suis-je donc à Alger ou à Tripoli? Les Lenoir, les Breleuil ont-ils encore des bataillons à leur disposition? Ne veut-on donc nous représenter la République sous des formes hideuses que pour nous faire regretter le despotisme des rois? Faut-il donc briser sa plume, parce qu'on n'a pas le courage de flatter un certain parti, parce qu'on ne sait pas composer avec sa conscience?