LIVRE XXVI
nom du Comité, proposer de poursuivre Nicole devant les tribunaux, pour avoir outragé la mémoire de Lepeletier de Saint-Fargeau. Mais Lanjuinais fait observer que Ton n'a pas incriminé bien d'autres écrivains qui ont attaqué plus vivement encore des hommes que la nation, à tort ou à raison, avait panthéonisés. « C'est vrai ! c'est vrai ! ajoute-t-on à côté de l'orateur. Lisez donc les feuilles de Marat ! »
Plusieurs orateurs, appartenant aux diverses fractions de l'Assemblée, se succèdent à la tribune et défendent les droits de la presse. D'un commua accord l'ordre du jour est prononcé, et l'on décrète que le journaliste incriminé sortira immédiatement de l'Abbaye ^
4 . Cette question de la liberté des opinions se représentait tous les jours sous une forme ou sous une autre. Elle avait surgi d'abord à roccasion d'une comédie ; nous avons vu (t. V, p. 372) la Convention casser par un ordre du jour motivé l'arrêté de la Commune qui avait rétabli la censure théâtrale à l'occasion de VAmi des Lois, Mais l'autorité municipale ne tint pas compte de ce décret ; elle étendit ses proscriptions non-seulement à la pièce de Laya, mais encore à un vaudeville nommé la Chaste Suzanne, et bientôt à la tragédie de Mérope, Pourquoi ces nouvelles proscriptions? Parce que, dans la première de cesdeux pièces, on voyait une jeune femme injustement accusée; parce que, dans la seconde, Voltaire avait raconté les malheurs d'une reine qui attend un héros pour venger son époux et rétablir son Gis sur le trône.
La Convention, toujours à la remorque de* la Commune, confirma bientôt <34 mars 4793) la sentance portée par sa rivale et inaugura le rétablissement de la censure en proscrivant l'œuvre du philosophe de Ferney. La Commune fit alors un pas de plus et demanda par une délibération formelle à la Convention de décréter :
l« Que le Comité d'instruction publique se fît représenter leréper-
iS HISTOIRE DE LA TERREUR.
Basire et ses amis ne se sentent guère atteints par le blâme indirect dont le Comité vient d'être frappé; seulement ils changent de tactique. Au lieu d'attaquer ouvertement la Gironde et les écrivains qui la soutiennent, ils procèdent par insinuations dans les journaux, par accusations sourdes devant les magistrats dont ils disposent; ils ne reculent pas même devant un faux matériel.
Marat avait niis ses presses à la disposition de tous ceux qui voulaient calomnier ses adversaires. Il se montrait fort peu scrupuleux sur l'origine et la véracité des pièces insérées dans sa feuille. Ses aflidés du Comité de sûreté générale lui communiquent une lettre empreinte des sentiments du royalisme le plus prononcé. (Elle émanait d'un ancien rédacteur de la Gazette de France, nommé Wadeville, et avait été saisie six mois auparavant chez Laporte, l'intendant de la liste civile.) Vami du peuple n'hésite pas à l'imprimer en la faisant suivre de la signature de Brissot de Warville. Les amis du député d'Eure-et-Loir s'émeuvent. Celui-ci court au
toire des théâtres à l'effet de le purger de toutes les pièces propres à corrompre l'esprit républicain;
V Que Ton s'occupât des moyens d'établir un spectacle destiné à l'instruction du peuple ;
3" Que, dans la nouvelle salle qui devait être construite pour le théâtre de l'Opéra, il fût réservé des places gratuites pour les citoyens peu fortunés et que ces places fussent répandues dans toutes les parties de la salle.
Le Comité de salut public, devenu tout-puissant, n'hésita pas à adopter les errements déjà suivis par la Commune et se mit à protéger à sa manière les arts et la littérature. Nous aurons occasion do parler plus tard de ce régime qui fut intronisé par la loi du S août