‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 20 sur 249 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

Comité, se fait montrer la pièce et n'a pas de peine à reconnaître que le nom de Brissot a été ajouté par une main étrangère, que celui de Warville a été substitué a celui de Wadeville. 11 saisit la première occasion de se plaindre à la Convention de Tétrange abus que Ton a fait de son nom. « Tout notre tort dans cette affaire, répond Basire, c'est qu'en lisant cette lettre, en y reconnaissant le ton, les allures, le style d'un intrigant, il nous a paru qu'elle devait être de Brissot. » — A cette singulière confession, de violents murmures éclatent dans presque toute la salle. La droite demande de nouveau le renouvellement du Comité de sûreté générale. Mais Marat, qui dans celte occasion semble parler au nom de la Montagne, se contente de répondre : « Non! le Comité ne sera pas renouvelé; il est bon de surveiller des coquins tels que vous ! » Personne ne relève l'insolence du misérable folliculaire, et la Convention, croyant avoir assez fait pour l'honneur de Brissot, renvoie la dénonciation de celui-ci au tribunal criminel en ordonnant qu'il soit informé contre le faussaire et ses complices.

A quelques jours de là, le commissaire de police de la section du Théâtre-Français écrit au président que, d'après une procédure commencée par ordre de l'accusateur public, il existe contre plusieurs membres de l'Assemblée, notamment contre Barbaroux, de fortes présomptions d'avoir voulu entraîner les fédérés Marseillais dans une conspiration contre l'inviolabilité de l'Assemblée nationale. C'était encore le Comité de sûreté générale qui avait euvoyé au parquet du tribunal cri-

minel les premiers éléments de la procédure, et qui faisait poursuivre sous main un de ses adversaires les plus redoutables.

Barbaroux demande la permission de se disculper à l'instant même. « Oui, dit-il, le jour où il a été décrété que les fédérés partageraient avec les citoyens de Paris la garde de la Convention S j*ai harangué le bataillon de Marseille ; je lui ai dit que, si la Convention se trouvait en péril, son premier devoir serait de l'entourer et de la défendre. Je me glorifie d'avoir donné cet avertissement à mes compatriotes , parce que je savais pertinemment qu'il se tramait un complot infernal contre la liberté de cette Assemblée; parce que je savais que le commandant de ce bataillon avait été entraîné dans un conciliabule où on lui avait fait la proposition formelle de nous égorger; parce que j'avais en main des lettres écrites de mon département où l'on excitait nos volontaires à assassiner certains membres de la Convention. Voilà mon crime, je m'en honore. Bien loin de vouloir qu'on supprime cette procédure malgré son illégalité flagrante, puisqu'elle a été dirigée sans votre autorisation contre un membre de cette Assemblée, je demande qu'on l'apporte ici. J'appelle sur ma conduite vos investigations les plus sévères. »

Des bancs de la Montagne se lève alors un membre qui, depuis qu'il faisait partie de l'Assemblée, n'avait encore pris part à aucune discussion et qui ne devait que bien plus tard commencer à jouer un rôle important.

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