‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 194 sur 249 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

Cependant le capitaine Colin, qui a toujours couru ventre à terre et n*a pas mis plus d^une heure et demie à franchir la distance qui sépare Orchies de Lille, s'est rendu sur-le-champ chez le général Duval. Il lui raconte el ce qui s'est passé la veille au soir à Saint-Amand et ce qui se prépare pour surprendre la ville placée sous son commandement. Le général ne veut pas croire au récit du capitaine et menace de le faire arrêter. Surviennent heureusement Saint-Georges et Alexandre Dumas qui confirment en tous points le rapport de leur subalterne.

Enfin arrive Longuet, qui, après avoir remis ses dépêches à Miaczinski, s'est habilement esquivé et a eu radresse de se faire donner un cheval frais, en qualité de courrier du général en chef. Duval ne peut plus douter; car ce que Saint-Georges, Dumas et Colin n'ont pu lui rapporter que par ouï-dire. Longuet le lui confirme comme témoin oculaire. Mais le général veut, avant tout, mettre sa responsabilité à couvert. Il se rend à l'hôtel de ville, où siègent en permanence les conseils

a Mon cher général, je viens de recevoir votre lettre et votre ordre ; mais j'étais surpris que le courrier qui me les avait remis est arrivé à 8 heures da matin, tandis que d'après la date de la lettre je dusse la recevoir la nuit.

a Je vous embrasse et vous aime plus, si je puis, pour le parti vigoureux que vous avez pris; je vous réponds de mes troupes. Je me suis mis à 9 heures en marche pour Lille; j'exécuterai vos ordres ou je périrai. »

Cette lettre fut trouvée, comme celle de Lescuyer, dans la redingote que Dumouriez fuyant laissa entre les mains des volontaires de l'Yonne. Elle fut Tarrèt de mort du malheureux général.

de la commune et du district; il expose ce qu*il vient d'apprendre et déclare que, dans des circonstances aussi graves, Tautorité militaire ne doit agir que de concert avec l'autorité civile. Son discours est couvert d'applaudissements. Ordre est donné de faire fermer les portes de la place, de ne laisser pénétrer en ville que les officiers et généraux qui se présenteraient avec une faible escorte.

Toutes les mesures de précaution étaient prises, tous les préparatifs achevés, quand Miaczinski arrive au faubourg de Paris. Il n'a que cent cavaliers avec lui; on ne voit aucun danger à le laisser entrer lui et ceux qui l'accompagnent. Mais, au lieu de le conduire chez le général Duval, comme il en exprime le désir, on le mène à l'hôtel de ville. Il monte sans dé6ance au premier étage, s'arrête dans la première salle et fait dire à Duval qu'il a besoin de lui parler en particulier ; celui-ci lui fait répondre qu'il est au milieu de ses concitoyens et qu'il ne veut recevoir de communications qu'en présence des autorités lilloises. Miaczinski hésite, il fait un mouvement pour se retirer et aller sur la place rejoindre ses cavaliers ; mais on l'entoure, on Tentraine dans la salle des séances. Là, le président du district lui demande compte de la mission dont il est chargé, et le somme d'exhiber les ordres dont il est porteur.

Miaczinski assure qu'il n'a rien que des ordres verbaux apportés par un aide de camp.

« Quels sont-ils?

— Je dois me concerter avec le général Duval et me rendre à Douai et Cambrai*

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