LIVRE XXXII
— Lille n'est pas sur la route de ces deux villes, et l'on ne fait pas marcher une armée pour se concerter. Persistez-vous à déclarer que vos ordres étaient purement verbaux ?
— Oui.
— Eh bien, voilà des témoins qui ont vu des ordres écrits. ))
Le président montre Saint-Georges, Colin et Dumas, dont Miaczinski ne soupçonnait pas la présence dans l'assemblée. Le général se trouble, balbutie. De violents murmures s'élèvent. « Qu*îl soit général on non, s'écrie-t-on, il faut le fouiller. » Pour éviter ce traitement ignominieux, Miaczinski . tire enfin de sa poche la lettre de Dumouriez. Le président en fait la lecture à haute voix ; aussitôt l'assemblée déclare unanimement qu'il y a lieu de mettre en arrestation l'officier qui a accepté d'exécuter dô pareils ordres.
Duval s'efface devant l'autorité civile et n'élève pas la voix en faveur de son ancien compagnon d'armes. Miaczinski est désarmé et gardé à vue. Puis les autorités civiles requièrent tous les militaires présents de renouveler leur serment de fidélité à la liberté, à l'égalité, à la République, à la Convention nationale ; elles se transportent sur la place et exigent le même serment de toutes les troupes qui y sont réunies. Les cavaliers qui ont accompagné Miaczinski le prêtent sans hésitation, aussi bien que les troupes de ligne. Lorsque les conseils rentrent en séance, le général, qui des fenêtres de l'hôtel de ville a été témoin de la défection de ses propres soldats, veut tâx;her de racheter
sa faute; il demande qu'on Tadmette à se joindre à ses flrères d'armes et à prêter aussi serment. On le lui permet, mais à la condition qu'il ordonnera : l"" aux trois
^ mille hommes qui l'attendent au faubourg de Paris de se rendre au camp de la Madeleine, plus directement commande pa r le feu de la place ; 2" aux deux mille hommes qu'il a laissés à Orchies de venir se réunir h Lille au reste de la brigade. Miaczinski écrit les ordres exigés, puis il est constitué prisonnier è l'hôtel de ville
' jusqu'à ce que le directoire du département ait statué sur son sort.
Tandis que les tentatives sur Lille et Valenciennes avortaient ainsi dans la journée du 2 avril, que se passait-il aux camps de Bruille et de Maulde ainsi qu'au quartier général des bains de Saint-Amand?
Dans les deux camps, les esprits étaient fort divisés; les régiments d'infanterie de ligne et encore plus ceux de cavalerie témoignaient un grand dévouement à leur général. Ils avaient déclaré hautement depuis plusieurs jours qu'ils suivraient toujours et partout la fortune du vainqueur de Jemmapes et de Yalmy, qu'ils l'accompagneraient jusqu'à Paris, s'il le fallait. L'artillerie et les volontaires ne montraient pas à beaucoup près les mêmes intentions. Les généraux et les officiers étaient fort perplexes, mais aucun d'eux n'était préparé à une levée de boucliers aussi prompte et aussi décisive que