‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 205 sur 249 · LIVRE XXXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXXII

victoires ont acquise aif général rebelle sur son arnoée. Sans s'être concertés, les deux groupes de représentants ont pris des arrêtés presque identiques. Ils ont déclaré Dunnouriez suspendu de ses fonctions pour cause de révolte contre la loi et d'attentat à Tautorité du peuple souverain. Ils ont interdit à tout nnilitaire français, de quelque grade qu'il fût, de le reconnaître pour général et de lui obéir ; ils ont ordonné de se saisir de sa personne et de le faire conduire, mort ou vif, sous bonne et sûre escorte, à la barre de la Convention.

Ces arrêtés, aussitôt imprimés, sont répandus de tous côtés. L'adjudant général Cbérin, qui est venu à Valenciennes conférer avec les représentants, retourne au camp de Bruille, porteur d'un grand nombre d'exemplaires. Il les donne et les lit lui-même aux soldats, qu'il exhorte, au nom de la patrie, à rester fidèles à leurs devoirs. On l'arrête; mais, pendant la nuit, il trouve encore moyen de s'échapper et de revenir à Valenciennes, déguise en simple garde national.

Perrin, sous-lieutenant au lO"*' bataillon des fédérés de Paris , est envoyé de Lille dans le même but. Il parvient également à introduire au camp de Maulde un grand nombre de proclamations et à s'esquiver au moment oii on veut le saisir et le conduire au quartier général.

Des émissaires plus subalternes, déguisés en paysans ou en soldats, sont expédiés dans les cantonnements. Les conventionnels prodiguent l'argent à quiconque leur promet de pénétrer jusqu'au foyer de la rébellion et d'y provoquer des manifestations contraires à celles qui

viennent d'éclater en faveur de î)umouriez*. Les commissaires de Yalenciennes. plus rapprochés du tliéatre de raction, essayent de jeter la division entre les généraux; ils écrivent à Valence et à Égalité, pour les réquérir de refuser toute obéissance au rebelle et de faire lire devant les troupes qu'ils commandent la proclamation qui suspend Dumouriez de ses fonctions. MaiSj désespérant bientôt de les détacher de la cause qu'ils ont embrassée, ils investissent du commandement en chef le général Dampierre, qui vient de se prononcer ouvertement «pour la Convention*, et lui ordonnent de recueillir au camp de Famars les soldats isolés qui commencent à quitter les deux camps de Bruille et de Maulde et affluent à Yalenciennes -et dans les villages environnants.

i. « De l'or, de l'or; envoyez nous des fonds. Nous sommes dans un moment où il est impossible de tenir un compte régulier des dépenses secrètes que nous faisons à chaque instant, » écrivaient à la Convention Lequinio et ses deux collègues de Valenciennes.

2. Voici le discours qu'à celte occasion prononça le général Dampierre :

jt Soldais de la République française, vous venez d'entendre les ordres de la Convention ; c'est de cotte assemblée que sortent tous les pouvoirs légitimes ; c'est à elle que tout citoyen doit obéir. Eh bien, celle obéissance que Dumouriez avait juré de maintenir, il eM le premier à y manquer, et c'est dans un temps où l'ennemi est a nos porles, c'est lorsqu'il traite avec nos ennemis, qu'il fail arrêter quatre représentants du peuple et le ministre de la guerre, que nous partagerions ce crime affreux ! N'aurions-nous vaincu à Jemmapes que pour ôire sous le joug d'un nouveau tyran ? Non, la liborlé restera et les tyrans passeront. Je jure de ne jamais vous abandonner, je jure de ne jamais trahir la liberté. »

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