‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 34 sur 249 · LIVRE XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE XXVI

« En faut-il davantage? Aux voix le décret d'accusation! » s'écrient plusieurs députés.

« Les mouvements populaires qui ont eu lieu bier^ reprend Maral, sont l'ouvrage de cette faction criminelleet de ses agents. Ce sont les émissaires de Roland qui sont venus dans les sections fomenter les troubles, et parce que, dans Tindignation de mon cœur, j*ai dit qu*ii fallait piller les magasins des accapareurs et pendre ceuxci à leurs portes, seul moyen de sauver le peuple, on demande contre moi le décret d'accusation ! »

A cette nouvelle apologie du pillage et de l'assassinat, l'Assemblée répond par un mouvement d'horreur.

« Aux voix le décret, » crie-t-on de toutes parts.

Marat descend de la tribune en riant et en haussant les épaules. Au moment où il traverse la salle, il lance un regard de dédain sur seç collègues de la droite : « Les cochons, les imbéciles, » dit-il assez haut pour être entendu de toute l'Assemblée *. « Il est temps, s'écrie Lehardy (du Morbihan), de savoir si la Convention, prenant l'attitude qui lui convient, prononcera entre le crime et la vertu ; il est temps de savoir si la moitié de la Convention est composée de scélérats, ou si Marat peut attaquer impunément chaque jour la souveraineté du peuple dont il se dit l'ami. »

ce Je demande, ajoute Lesage (d'Eure-et-Loir) que la discussion soit fermée sur les accusations à diriger contre Marat et que l'on n'entende plus que ses dé-

I. Ces aménités fort peu parlementaires de Vami du peuple sont constatées par le Moniteur lui-même, n° 59.

Penseurs. — Qui osera défendre Marat? » crient plusieurs députés. A cet appel, deux montagnards, Lejeune et Thirion, se lèvent : « Sans être ami de Marat, disentils, on peut défendre la liberté de la presse, »

« Je ne veux pas de défenseur, s'écrie Vamidupeyple; la dénonciation que vous venez d'entendre est une manœuvre delà cabale qui poursuit la députation de Paris; ils veulent m'écarter de l'Assemblée parce que je les importune en dévoilant leurs complots. Vous ne pouvez rendre un décret d'accusation contre moi, puisque vous avez décrété la liberté des opinions; je demande, au contraire, un décret qui envoie les hommes d'Etat aux petites-maisons. »

Buzot réclame ironiquement la parole en faveur de l'accusé : « Je ne rappellerai pas à l'Assemblée, dit-il, qu'elle a rejeté une loi contre les provocateurs au meurtre. Plusieurs événements depuis ont prouvé combien cette loi était nécessaire ; mais de grands inconvénients s'attachent aux décrets d'accîusation portés avec précipitation : ils sont souvent illusoires. Que ne s'ensuivrait-il pas contre la Convention, si elle décrétait d'accusation monsieur Marat, et que monsieur Marat fût acquitté par le jury de Paris? » — L'épithète de monsieur accolée au nom de l'ami du peuple paraît aux partisans de celui-ci la plus grave injure qui puisse être lancée contre lui. « C'est vous qui êtes un monsieur, » crie-t-on à Buzot de Textreme gauche.

L'orateur rappelle que ce qu'imprime Marat « se dit tous les jours dans les tripots où celui-ci va puiser les maximes qu'il débite ensuite à deux sous la feuille; » il

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