‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 3)Chapitre 74 sur 249 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

Il ne pul malheureusement pas empêcher une autre expédition, que le ministre de la marine projetait depuis plusieurs mois, et qui était sur le point de se réaliser.

Des réfugiés italiens avaient persuadé au conseil exécutif que le peuple de la Sardaignc était mûr pour la liberté, et que les Français n'avaient qu'à se présenter devant cette île pour y être reçus comme des libérateurs. Il y a toujours péril à prêter l'oreille aux suggestions des proscrits. Le roi de Prusse et l'empereur

blie sur les moyens de soutenir les efforts des ennemis qui vont se réunir contre la République française, et particulièrement sur cette question, savoir si la République doit et peut, dans cette campagne, faire la guerre sur mer en même que sur terre, et conséquemment s'il convient de préparer une expédition dans Tlnde.

a D'après les différents faits exposés par le ministre de la marine, d'après le grand nombre de considérations présentées dans cette conférence, l'opinion s'est généralement fixée sur les points suivants :

a La flotte française qui se trouve dans la Méditerranée se trouvant très-fatiguée par les tempêtes; l'armement de 30 vaisseaux, qui se fait à Brest, ne pouvant réellement être terminé à l'époque pour laquelle il a été annoncé; le mauvais succès de quelques demandes faites à Calais et à Boulogne donnant lieu de prévoir de grandes difficultés à se pourvoir du nombre de matelots nécessaire pour cet armement ; l'impossibilité de faire partir pour Plnde dos forces navales suffisantes avant que les Anglais aient le temps d'y porter une escadre; l'état des finances et l'excessive rareté du numéraire ne permettant pas d'espérer qu'on puisse réunir des espèces en assez grande masse pour suffire à la consommation de la guerre maritime en même temps qne des armées de terre portées à l'extérieur de la République ; la prudence prescrivant de réserver la plus grande partie des moyens pour suivre avec plus de vigueur la guerre offensive sur le continent:

« Il parait convenable, quant à présent, de se borner à mettre l'tle de France dans un bon état de défense. »

d'Allemagne savaient ce qu'il leur en avait coûté pour s'être lancés au milieu d'un pays inconnu, sans magasins, sans réserves, sans approvisionnements, sur la seule espérance, dont les émigrés les avaient flattés, de voir les populations accourir à leur rencontre et fournir à tous leurs besoins. C'était la même faute que la France révolutionnaire allait commettre en envoyant, sur des promesses de même nature, sa flotte et ses soldats en Sardaigne.

Il ne s'agissait de rien moins que d'opérer une descente, dans la plus mauvaise saison de l'année, sur une côte où les écueils et les bancs de sable forment presque partout une défense naturelle; de conquérir, avec quelques milliers d'hommes, une île vaste et insalubre, dont les habitants ont les mœurs sauvages et guerrières qui rendirent si difficile aux Génois, et ensuite aux Français, la soumission de la Corse.

Les entreprises les plus folles trouvent toujours des approbateurs. Les raisons et les encouragements ne manquèrent donc pas à celle-ci. C'était, disait-on, le meilleur usage que l'on pût faire de la flotte considérable rassemblée à Toulon, la plus utile diversion que l'on pût tenter pour empêcher le Piémont de concentrer ses forces en Savoie et dans le comté de Nice; ce devait être le complément nécessaire de notre domination en Corse, le gage assuré de notre suprématie dans la Méditerranée.

Écho des passions de sa ville natale, Barbaroux gourmandait chaque jour la lenteur que le ministre semblait mettre à ordonner les derniers préparatifs de

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