LIVRE XI
10 août juge de paix et président de la section du Luxembourg, était venu faire Tappel nominal des prisonniers renfermés, au nombre de cent cinquante ennron, aux Carmes de la rue de Vaugirard. Après cet appel, ils avaient été tous réunis dans le jardin de l'ancien couvent. C'est là que les trouvent les assassins.
Le premier qu'ils rencontrent est l'abbé Girault, si profondément occupé à lire qu'il ne les a pas entendus entrer; ils Técharpent à coups de sabres. Puis, frappant de droite et de gauche tous ceux qui se trouvent à leur portée, ils se précipitent vers l'oratoire placé au fond du jardin en demandant à grands cris l'archevêque d'Arles. Celui-ci s'avance à leur rencontre, écartant ceux de ses compagnons qui veulent le retenir : « Laissez-moi passer, leur dit-il ; puisse mon sang les apaiser ! » — C'est donc toi, vieux coquin, qui es l'archevêque d'Arles? dit l'un des chefs des assassins. — Oui, messieurs, c'est moi , répond le prélat. — C'est toi qui as fait verser le sang de tant de patriotes à Arles? — Je n'ai jamais fait <le mal à qui que ce soit. — Eh bien ! moi, je vais t'en faire, réplique le misérable, et il assène un coup de sabre sur le front de l'archevêque. LNnfortuné en reçoit un second sur le visage, puis un troisième et un quatnème. Étendu sur le sol, il est achevé d'un coup de pique.
Des coups de fusil tirés à bout portant sur les groupes ^îsins abattent un grand nombre de prêtres. Une pour- ^île furieuse commence dans le jardin, d'arbre en ^rt)re, de buisson en buisson. Traqués comme des bêtes fauves, un grand nombre d'ecclésiastiques tombent sous
les balles des assassins. Ouc^ues-uns cependant parviennent à s'échapper en escaladant les murs et trouvent un refuge dans les cours et les maisons du voisinage.
Mais bientôt les assassins voient que cette chasse au prêtre n'est pas le meilleur moyen d'avancer la besogne dont ils sont chargés. Les chefs donnent l'ordre de rassembler tous les prisonniers dans l'église; on y rapporte jus(]u'au\ blessés. Un commissaire de }a section du Luxembourg, porteur de la liste dressée quelques heures auparavant par Joachim Ceyrat, procède à l'appel nominal. On force chacjue protre dont le nom est pronoocéà descendre l'escalier qui conduit au jardin; sur les dernières marches, les assassins les attendent et les tuent.
Après l'archevcVpie d'Arles, les deux principaux ecclésiastiques renfermés aux Carmes étaient deux frères 4u nom de Larochefoucauld , l'un évoque de Saintes, l'autre évoque de Beauvais. Ce dernier avait eu la cuisse cassée par une balle, à la première décharge faite dans le jardin, et avait éti» transporté dans l'église, où il gisail sur un mauvais matelas. L'évoque de Saintes n'avait pas quitté son frcTo, on l'appelle; il donne un dernier baiser au blessé et va couraireusement à une mort qui rachètera, il l'espcTe du moins, la vie de celui qu'il laisse mourant.
Mais à peine l'évoque de Saintes a-t-il succombé sous le fer des assassins qu'on appelle l'évéque de Beauvais. Le malheureux prélat se soulève sur son W de douleur et dit aux sicaires qui l'entourent : « Je ne refuse pas d'aller mourir comme les autres, mais vous voyez, je ne puis marcher ; ayez, je vous prie, la