LIVRE XI
charité de me soutenir et d'aider vous -marnes à me porter où vous voulez que j'aille. » On satisfait à son désir ; on le porte à la place même où vient d'être assassiné Tévêque de Saintes, on le jette tout sanglant sur le cadavre encore chaud de son frère qu'il étreint en expirant.
A quelque pas de là, dans l'église môme de Saint- Sulpice, siégeait l'assemblée de la section du Luxembourg sous la présidence de Joachim Ceyrat. Regorgement durait encore quand plusieurs citoyens viennent demander aide et assistance pour les victimes et s'offrent à arrêter l'effusion du sang.
Mais Ceyrat n^pond : « Nous avons bien d'autres choses à penser; il faut laisser faire : (^'ailleurs tous ceux qui sont aux Garnies sont coupables. » Un des commandants de la force armée de la section pe se paie cependant pas de cette réponse, rassemble une centaine de gardes nationaux et se dirige avec eux vers la rue de Yaugirard. Mais il était déjà trop tard; quand ils arrivèrent, tout était consommé^.
<. Le procès-verbal de la section du Luxembourg s'exprime ainsi : t* citoyen Tanche déclare qu'il s'est efforcé de prendre toutes les ^lesures convenables pour prévenir les accidents qu'on avait lieu /« craitidre^ relativement aux prisonniers détenus aux Carmes, •spioû que sa prudence n'a pu les empêcher.
Les accidents survenus aux Carmes l Que cette expression caractérise bien le langage officiel de Tépoquel
Sur cet exposé, TAssemblée se contente de donner des éloges à la l^rudence et au patriotisme du commandant, et arrête a qu'il sera fait part sur-le-cbamp au conseil général de la commune des événements qui viennent d'arriver et des circonstances qui les ont accompagnés. »
Commencé vers les quatre heures de raprès-midi, le massacre des Carmes n'avait pas duré deux heures. On apporta presque aussitôt après, dans Féglise Saint-Sulpice, les valeurs et les bijoux trouvés sur les malheureuses victimes. Ces eflTets, tout maculés du sang des ministres de Dieu, furent déposés sur Tautel même où naguère s'immolait chaque jour la Divinité, — ooUiddence providentielle qui consacre encore mieux le martvre de ces nouveaux confesseurs de la foi^.
ÂussiiAt que les assassins ont terminé \ear effroyable besogne , ils retournent vers le premier thëfltre de leurs forfaits, au cloître de Fabbaye de Saintr Germain-des-Prés. Dans leur précipitation, ils avaient oublié d'y égorger les prêtres renfermés dans une prison dite de supplément. Cette prison donnait dans le cloître
1 . Nous renvoyons, pour tous les déUiils relatifs aux massacres do couvent des Carmes, à l'ouvrage si intéressant et si minutieosement exact que M. Alexandre Sorel vient de consacrer k cet épisode de» journées de soplembre : l.e couvent des Carmes et le «eniMUwre Sai/it-Sulpice pendant la Terreur. Il serait bien \ivenient à désirW que des écrivains au>si consciencieux que lui consentissent à noos donner la monographie de chacune des prisons où se passèrent les horribles scènes que la ra|)idité de notre récit ne nous a permis que d*eàquisser. Tour notre pari, nous remercions bien sincèrement M. Sorel du service qu'il \ient de rendre à l'histoire en mettant au jour des documents que nous aurons plus d'une fois l'occasion de citer dans ^ cours de cet ouvrage.