‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 123 sur 262 · LIVRE XI I. Î · texte numérisé non relu

LIVRE XI I. Î

bêtes féroces que le comité de surveillance avait déchaînées se jetaient sur eux en poussant d'affreux hurlements, en proférant d'horribles imprécations. Chaque nouveau meurtre était salué par des cris de : Vive In nation ! comme si la France pouvait devoir son salut à de pareils holocaustes !

Un seul épisode suffira pour faire juger de la froide cruauté des massacreurs, de Tindoniplable intrépidité des victimes. Le carnage tirait à sa fin, la cour était encombrée de cadavres, les bourreaux tombaient de lassitude. On leur amène deux prêtres unis par une amitié fraternelle et qui se tiennent enlacés. « Vois, dit à l'un d'eux le chef de la bande des bourreaux, vois le sort réservé à ceux qui ne veulent pas se soumettre à nos lois ; fais le serment ou à l'instant tu vas aller les rejoindre! — Donnez-nous, répond le prêtre avec résignation, le temps de nous préparer à la mort ; permettez -nous de nous confesser l'un l'autre, voilà la seule grâce que nous vous demandions; nous sommes aussi soumis que vous à toutes vos lois civiles ; nous serions de bien mauvais chrétiens si nous n'étions de bons citoyens. Mais, le serment que vous nous proposez n'est pas seulement un serment civil , c'est un renoncement à des articles essentiels de notre crovance religieuse. Nous préférons la mort au crime dont nous nous rendrions coupables en le prêtant. — Eh bien ! qu'ils se confessent , répondent tout d'une voix les égorgeurs! aussi bien nous n'en avons pas d'autres à expédier pour amuser les voisins; qu'ils se confessent, ils donneront le temps aux curieux du quartier de se lever et de venir nous voir faire justice de ces coquins. En attendant nous

déblayerons la cour. Qu'on aille chercher des chaire' tiers : envoyons à la voirie tous ces aristocrates. »

Les égorgeurs veulent laver la cour, mais bientôt il faut renoncer à ce travail. Le sol est trop imprégné de sang, on se contcsnle de le couvrir de paille. On apporte des bancs ; on invite les prostituées du quartier à veoir s'y asseoir, et, pour que le S[x?ctacle soit complet, on place un lampion auprès de la tète de chaque cadavre. Ces préparatifs terminés, on va chercher les Yleux ecclésiastiques qui s étaient retirés dans un angle de la cour et qui déclarent eux-mêmes quils sont prêts à mourir; on les amène sur le lit de paille préparé d'avance et on les immole. L'assistance rit« chante et applaudit^.

Li Concierj^erie et le Chàtolet regorgeaient de prisonniei^s. Siiuf les oflu iers suisses nremment transférés de 1 Abba\e. M. dt» Nlontmorin. le gouverneur de Fontainobleau, qui a>ait i^r acquitté \*av le tribunal deux jours au|niravant. et quc!t|ucs autres encore, la Conciergerie no ixMifonnail (jue dos individus arrêtés ou condamnés |xmr oiimo do droit coumiun; mais on avait parlé de i\ms|ùralions ilo prisons, d'atoliers de faux assignats doiou\orls : il fallait donc <]ue, dans les égorgemenls en ma>st\ los dotonus ordinain^ et les détonus politiques luss<Mil i^^nfondus. Pour faire oroin^ à des complots et à

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