‹ Histoire de la terreur, 1792-1794 (volume 4)Chapitre 124 sur 262 · LIVRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE XII

des crimes imaginaires, pour donner le change à Topinion publique on sacrifiait ainsi, de propos délibéré, des malheureux dont les uns étaient peut-être innocents, puisqu'ils n'avaient comparu devant aucun tribunal, dont les autres avaient été jugés, mais avaient été condamnés par un tribunal régulier à des peines moindres que la mort.

Le meurtre d'ennemis politiques ne se justifie pas, mais à la rigueur peut se comprendre. II est une chose cent fois plus horrible, c'est le meurtre de criminels ordinaires, commandé et exécuté froidement par des juges et des bourreaux improvisés, se substituant à la justice régulière *.

A la Conciergerie et au Châtelet, le massacre commença assez tard ; mais il se prolongea dans la nuit, et dura toute la journée du lendemain. Y eut-il dans ces deux prisons un simulacre de tribunal? Cela est douteux, car les récits contemporains n'en ont conservé aucune trace. A l'exception des quelques prisonniers qui attendaient à la Conciergerie l'heure de comparaître devant le tribunal du 17 août et qui avaient été spécialement désignés à l'attention des assassins, il n'y avait là que des détenus dont la vie ou la mort n'intéressait que fort médiocrement les organisa teursdes massacres. Peuleurimportaitquel'on

4. Robespierre s'écriait, quelque temps après les massacres de septembre : « Heureusement, il n*a pas péri un seul innocent! » L'odieux rhéteur oubliait, pour les besoins de la cause, que tout prévenu est réputé innocent, et que nul n*a le droit de remplacer de son autorité privée, par une peine plus forte, celle qu'a prononcée le juge compétent.

immolât ceux-ci, que Ton épargnât ceux-là, pourvu qu'il en péril assez pour donner raison aux vagues rumeurs de conspirations, lancées dans la population parisienne.

Le soin de faire le triage des prisonniers, d*après les indications des registres d'écrou, fut laissé à des sicaires en sous ordre ; ce furent des assassins et des escrocs qui, au gré de leurs sympathies ou de leurs haines, décidèrent du sort de complices ou d'ennemis. On conçoit quelle imprtialité dut présider à ces jugements prononcés au nom du peuple souverain. Chose digne de remarque, c'est que les greffes et les locaux affectés spécialement aux employés de ces deux prisons, furent le théâtre de nombreuses déprédations. Beaucoup de ceux qui, ce jour-là, régnaient en maîtres à la Conciergerie et au Châtelet en avaient été précédenjnient les hôtes obligés; ils n'y étaient pas toujours entrés |)Our y donner des ordres, mais pour en subir, lis avciient des vengeance particulières à exercer rontrcî \('> ircoljcTs; ils ne s'en 6rent faute*.

I^»s sicains du comité de surveillance envahirent éa:alomont In Force dans la soirée du 2 septembre; mais les apprêts du innssacre, l'examen du registre d'écrou, la désignation des prisonniers à exécuter et de ceux qu'à la rigueur on pourrait épargner, l'installation d'un simulacre de tribunal prirent assez de temps. Les sanglantes (exécutions ne commencèrent qu'à une heure après minuit.

1. Voir flans Touvratro de M. Granier de Cassagnac, l. lï, p. 39i (M suivanles, les déclarât ions des i^uicheticrs du Chàlelet relativement .lux vols dont ils furent victimes.

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